Après avoir passé en revue les armées et assisté ce 14 juillet 2012 à son premier défilé du 14 juillet en tant que président de la République, renouant avec un rituel institué par François Mitterrand, mais que Nicolas Sarkozy avait abandonné, à la mi-journée, François Hollande s'est adressé aux Français.
Hollande sous un ciel bleu, oui, c'est possible...
L'exercice a pris la forme d'une interview télévisée lors des JT de TF1 et France 2, réalisée non pas à l'Elysée comme ses prédécesseurs, mais depuis l'Hôtel de la Marine, à deux pas de la tribune où les officiels venaient d'assister à la parade militaire, place de la Concorde.
"Je l'avais dit dans la campagne : je répondrai aux questions des journalistes dans un lieu qui ne soit pas le palais de l'Elysée pour qu'il y ait la plus grande liberté", a de nouveau expliqué le chef de l'Etat.
Avant cela, pour la petite histoire, comme lui-même en a fait une blague récurrente, on retiendra notamment du défilé sur les Champs-Elysées qu'une fois n'est pas coutume, un événement en présence du président Hollande s'est déroulé sous un ciel assez clément.
Des affaires du monde à celle des Français, voire à ses petites affaires...
Relativement absent de la vie politique intérieure, au gré de ses obligations internationales et des prises de contact avec ses homologues étrangers, la semaine dernière encore à Londres, comme il l'avait annoncé avant même son élection, François Hollande a profité de cette première grande interview pour "délivrer un message à la Nation, à travers un discours sur le sens à donner à la direction du pays".
De fait, en réponse aux questions de Claire Chazal et Laurent Delahousse, sur fond de crise économique persistante et d'annonces en série de plans sociaux, il a notamment évoqué le très emblématique cas de PSA, mais il a aussi eu l'occasion de s'exprimer sur des sujets plus légers, tels que la fameuse affaire du tweet de sa compagne, Valérie Trierweiler, récemment relancée par son propre fils, Thomas, ou sur la situation de l'équipe de France de football.
La direction de PSA a menti, l'Etat va s'en mêler...
Au douloureux chapitre économique et social, M. Hollande a affirmé que "la première priorité c'est l'emploi". "Tout doit être engagé pour que l'emploi soit le plus haut possible à la fin de mon quinquennat" a-t-il dit, ce qui passe notamment par le "redressement productif" et industriel du pays.
Sur le dossier Peugeot en particulier, alors que la firme automobile vient d'annoncer des fermetures d'usines et pas moins de 8.000 suppressions d'emploi, comme le gouvernement Ayrault, M. Hollande a déclaré qu'en l'état, le plan de restructuration était "inacceptable" et serait "renégocié".
Sévère à l'encontre des dirigeants du groupe PSA, il les a franchement accusés de "mensonge" et d'avoir (à dessein ou sur ordre...) reporté l'annonce des coupes franches après l'élection. "Ce plan était déjà une rumeur il y a quelques mois, la direction de Peugeot" avait alors nié mener une telle réflexion, a-t-il fait valoir.
Ni "rigueur", ni "règle d'or", mais des ambitions claires...
Très volontariste en matière de sauvegarde de l'emploi, promettant que l'Etat n'abandonnerait pas les salariés de Peugeot, notamment à Aulnay et Rennes, Hollande n'en oublie pas moins l'un des autres grands objectifs de son quinquennat : réduire la dette publique.
En la matière, alors qu'à l'exception de trois ministères jugés prioritaires, partout des postes doivent être supprimés et que les dépenses sont gelées, il a récusé le terme de "rigueur", lui préférant l'expression "effort juste". Par juste, a-t-il rappelé, il faut entendre que les plus favorisés seront particulièrement sollicités, mais pas les "classes moyennes". L'opposition martèle le contraire…
Autre point de désaccord qui n'est pas près de s'estomper entre gauche et droite, M. Hollande a réaffirmé son opposition à l'introduction dans la Constitution d'une "règle d'or" imposant "le retour à l'équilibre budgétaire", cependant il a précisé que cela serait fait, "dans le cadre d'une loi organique".
Jospin, une figure "intègre" pour rénover la République...
Lors de cet interview, il s'est brièvement justifié de la nomination de son ami et ancien ministre de François Fillon, Jean-Pierre Jouyet, à la tête de la Caisse des dépôts et consignations. "C'est le meilleur à cet endroit-là", a-t-il simplement tranché à propos de son ancien camarade de l'Ena.
François Hollande a par ailleurs annoncé une autre nomination, celle de l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, qui présidera la future commission sur la moralisation et la rénovation de la vie politique.
"Il y a des règles qui sont demandées parce que nous sommes dans une période difficile et qu'il y a une exigence de moralisation, de rénovation" a-t-il expliqué, "donc je vais proposer une commission, dans un délai très court, qui sera présidée par un homme incontestable pour son intégrité" et réunira des "personnes de toutes sensibilités".
Cette instance aura pour mission de faire "des propositions pour le non-cumul des mandats -pour que les parlementaires soient pleinement impliqués dans la vie législative-, le financement des campagnes, les modes de scrutin (...) et enfin tout ce qui est charte éthique" a-t-il précisé, reprenant ses engagements électoraux.
"Quand on est élu de la République, il doit y avoir des règles qui s'imposent et donc aucun conflit d'intérêts ne peut être toléré", a ajouté le président.
Valérie, Thomas et les intérférences...
Justement, en matière de conflits, interrogé sur le tweet à scandale de sa compagne, qui, entre les deux tours des législatives avait apporté son franc soutien au candidat socialiste dissident contre Ségolène Royal à la Rochelle, alors que Thomas Hollande, vient de tenir dans la presse des propos on ne peut plus virulents, le président a estimé que "les affaires privées se règlent en privé".
Et d'ajouter qu'il avait fermement rappelé ce principe à ses proches pour qu'ils l'acceptent et le respectent "scrupuleusement". Dont acte. On verra bien ce qu'il en est. Conscient sans doute des dégâts que ce feuilleton a pu causer dans l'opinion, François Hollande a déclaré : "Je pense que les Français sont comme moi, ils veulent que les choses soient claires, qu'il n'y ait aucune interférence" entre sphères publique et privée. Dont acte, encore, forcément, chacun l'attendra au tournant…
En bref, précisons que sur un autre dossier qui fait jaser, le comportement de certains footballeurs appelés en équipe de France durant l'Euro, le président a appelé les Bleus à faire preuve du "respect du maillot", parce que "quand on porte le maillot, il faut aussi penser à ceux qui souffrent".
Retenue, solidarité, simplicité... en somme, en tout domaine, Hollande a tâché d'entretenir son crédo de la présidence "normale".
Eviter la guerre civile en Syrie...
Enfin, à l'internationale, à propos de la Syrie, il a raconté avoir plaidé auprès du président russe, Vladimir Poutine, "le pire c'est d'avoir une guerre civile en Syrie. Donc faisons en sorte de trouver une position politique qui évite la guerre civile. Il est encore temps, plus que temps".
Sur cette question, il a souligné qu'il n'y avait "pas de rupture" avec la précédente majorité, et estimé que la récente conférence des Amis de la Syrie, avait "permis de réunir la moitié des pays de la planète et de dire que nous devons continuer les pressions pour que Bachar al-Assad parte et qu'une transition politique s'effectue".
...laisser la main aux Africains au Mali.
Par ailleurs au Mali, il n'a pas exclu une intervention armée, mais, a-t-il insisté, il convient "que les Africains eux-mêmes puissent organiser le soutien" à ce pays, dont la moitié nord est contrôlé par des groupes armés islamistes.
"Nous devons apporter toute notre solidarité. Au Conseil de sécurité, il y a une résolution qui permet justement de faire cette intervention avec le soutien de l'ONU", a rappelé le président français. En tout état de cause, il a estimé qu'avant une éventuelle opéraiton "dans le cadre de l'Union africaine et des Nations Unies", il fallait "un véritable gouvernement au Mali qui puisse prendre ses responsabilités".


































