Jean-Charles: Je prends le métro et le train pour aller de Paris à Bécon et les incidents techniques se multiplient. Que fait-on pour les infrastructures et la régularité des trains?
Nous proposons un plan d'urgence pour la qualité de service. Les trains connaissent de nombreux retards parce que les voies n'ont pas été assez entretenues. En six ans, la situation s'est considérablement dégradée. Actuellement, les conventions entre la SNCF, la RATP et la Région prévoient des sanctions financières en cas de non-respect de la régularité.

Mais ces contreparties ne vont pas à l'usager. Je propose donc la création d'un tarif "engagement respecté ou remboursé" qui prendra la forme d'une décote sur le Pass Navigo en fonction du taux de retard sur la ligne. En outre, sur le service minimum en cas de grève, il faut également changer les conventions. S'il y a service minimum, il doit aussi y avoir tarif minimum. C'est une question de volontarisme politique. A ce titre, je rappelle que la gauche avait voté contre la loi sur le service minimum à l'Assemblée.

Jean-Charles: Etes-vous pour ou contre un péage urbain à Paris ? Quelle est votre vision en matière de voitures?
Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, a souhaité une réflexion sur le péage urbain en lien avec le développement des transports en commun et des parkings. A Paris, durant mon mandat, il sera absolument impossible de mettre en place le péage urbain puisque les transports et les parkings manquent. La vraie priorité, c'est les transports en commun, notamment de banlieue à banlieue. Nous avons aussi un projet pour la voiture. Les Verts ont convaincu la majorité régionale de ne plus investir dans les routes. On ne fera pas des lignes de tramway et du rail partout. En Ile-de-France, 80 tronçons routiers sont suffisamment larges pour accueillir une voie de plus. Sur cette voie réservée, on peut faire rouler des bus, des taxis, du covoiturage et peut-être des véhicules propres. Lors des retours de week-end, on pourrait ouvrir cette voie à tout le monde.

Florence: J’ai des horaires décalés et il n'y a aucun transport quand on commence tôt ou que l'on finit tard. Que proposez-vous?
L’extension de l'amplitude horaire est extrêmement coûteuse. Je suis prête à m'engager à faire une étude et à regarder, pour chaque ligne, quels sont les besoins. Les lignes automatiques comme la 14 et bientôt la 1, pourraient circuler toute la nuit à condition que cela ne se heurte pas aux problèmes d'entretien de la voie.

Dominique: Vous proposez de construire 70.000 logements par an en Ile-de-France. Comment comptez-vous vous y prendre?
La Région signera avec les maires des contrats incitatifs permettant d'avoir un équilibre entre les constructions de logements sociaux, de logements intermédiaires et en accession à la propriété. L'autre problème est celui du foncier. Sur ce plan, la région est très passive et l'agence foncière régionale pourrait avoir plus d'initiatives. J'ai travaillé avec l'architecte Jean-Michel Wilmotte sur un projet de résidences étudiantes flottantes. Ce projet consiste à créer sur la Seine, la Marne et les canaux une barge sur laquelle on poserait des cabines de bateaux de 15 à 28 mètres carrés. Ces logements ne coûteraient que 1.000 euros par mètre carré. Plus généralement, le Grand Paris va permettre d'avoir une discussion sur le logement. Le projet retient onze territoires stratégiques sur lesquels on va créer un million d'emplois en dix ans, et où l'on va construire tout en empêchant l'étalement urbain. La région y jouera un rôle moteur.

Antoine: Votre programme est très détaillé sur la question de l'égalité des chances. Mais les écoles de la deuxième chance ne sont pas une nouveauté…
Les écoles de la seconde chance sont très peu nombreuses. Mon programme prévoit de doubler le nombre de ces écoles destinées aux jeunes en situation de décrochage de 14 à 16 ans. Par ailleurs, je propose la création de bourses de reprise d'études pour les 16-18 ans. Je veux également soutenir les "cordées de la réussite", dispositif mis en place par la secrétaire d'Etat à la Ville, Fadela Amara. Des professeurs d'universités viennent dans les lycées pour repérer des jeunes qui ont du talent mais qui manquent d'appuis. Pour l'instant, la Région refuse de cofinancer ce dispositif, ce que je ne trouve pas normal. Tous les lycées d'Ile-de-France doivent en bénéficier.

Florence: La question de la petite enfance est survolée dans votre programme. Avez-vous des propositions?
L'UMP et le Nouveau centre ont fait voté au conseil régional un plan crèche de 20.000 places mais il n'a pas été réalisé. Il n'y a pas de compétence régionale spécifique sur la garde d'enfants. Pourtant, j'ai placé les crèches parmi mes dix priorités. Je veux en créer à proximité des gares rénovées et soutenir les crèches d'entreprises.

Antoine: Comment allez-vous financer votre programme sans recette fiscale supplémentaire?
La taxe professionnelle va être supprimée mais elle sera intégralement compensée. Je me suis engagée à ne pas augmenter les impôts. Il y a du gaspillage et du saupoudrage de crédits : 15% du budget de fonctionnement de la région peut être réorienté. L'autre source de financement, c'est le partenariat public-privé (PPP). Quand on investit 100 millions d'euros en maîtrise d'ouvrage publique, on doit avancer l'argent tout de suite. Avec le PPP, c'est le privé qui avance les fonds sur une période donnée. Cela permet de dégager beaucoup d'argent pour investir sur la durée. Avec ces deux outils, je peux financer mon projet qui représente 1,7 milliard d'euros par an.

Antoine: Si vous êtes élue, abandonnerez-vous votre poste de ministre?
J'ai pris cet engagement. J'ai envie de faire des choses pour la région et un mandat de quatre ans, c'est rapide. Je ne suis pas pour le cumul des fonctions. Président de région, c'est un travail à plein temps. Cette région manque de souffle et de puissance, et elle a besoin d'un vrai projet : on a l'impression qu'elle est simplement gérée, sans vision ni volonté. Quand on voit Londres, Barcelone ou Madrid, on se dit qu'il y a quelque chose de fabuleux à faire avec les énergies qui se trouvent ici.