Paris Saint-Lazare, 8h08, ce matin. Un train surchargé en provenance de Rouen via Mantes déverse ses passagers. Un bon millier de personnes qui, ce matin, ont presque toutes revêtu un masque de vache et avancent sur le quai en beuglant joyeusement de concert.

Ces usagers, qui viennent de Rouen, de Vernon ou encore de Mantes-la-Jolie, apprécient tout particulièrement l'opération concoctée par quatre associations de voyageurs d'Ile-de-France et de Haute Normandie regroupées dans l'Assemblée des associations d'usagers de Paris-Saint-Lazare. Sur les pancartes brandies, on peut lire "Usagers de Paris-Saint-Lazare en colère", "Nous ne sommes pas du bétail" ou encore "Vernon à 45 minutes de Paris, c'est possible".

Par cette opération pacifique, les associations veulent alerter une fois de plus la SNCF sur la dégradation continue de leurs conditions de transport sur cette ligne fréquentée chaque jour par 50.000 voyageurs. "En cinq ans d'observation de cette ligne, on se rend compte que les créneaux où la situation est correcte sont de plus en plus courts, tempête Louis Gomez, président du Comité des usagers de l'ouest francilien. Le matériel et les infrastructures sont vétustes, la ligne saturée, et il suffit qu'un train soit en retard pour qu'il y ait un effet boule de neige. L'investissement a trente ans de retard et il n'y a eu aucune anticipation".

Sur un an, le comité de Mantes a ainsi dénombré 72 trains supprimés et 346 en retard, avec un cumul de 116 heures et 28 minutes de perdues. A Vernon, les retards cumulés pour chaque usager atteindraient 9h28 sur le seul mois de décembre et 5 heures en janvier.

Selon les associations, outre la vétusté et le manque de matériel roulant, le passage au cadencement et les arrêts supplémentaires dans les gares d'Ile-de-France depuis fin 2008 ont aggravé les retards.

"Nous faisons des propositions et des diagnostics mais la direction de la SNCF ne nous entend pas, poursuit Louis Gomez, qui réclame notamment un interlocuteur unique au sein de l'entreprise publique de Paris à Rouen. Le projet de prolongement du RER E jusqu'à Mantes, c'est très bien, mais c'est pour 2020. Que fait-on aujourd'hui ?"

Parmi leurs propositions, les usagers demandent à la SNCF de séparer le trafic banlieue du trafic grande ligne, une spécificité du réseau Saint-Lazare, avec la création d'une voie dédiée. Ils demandent aussi une meilleure gestion des incidents avec des trains et du personnel supplémentaires et une véritable information des usagers.