Vous avez réalisé six mois d’entretiens et d’enquêtes auprès de salariés, représentants du personnel et des services de ressources humaines sur le stress lié aux transports en commun. Pourquoi cette étude ?
Dans le cadre de nos activité sur la prévention des risques professionnels, nous travaillons avec des entreprises qui déménagent de Paris vers la petite couronne (Suresnes, Bezons, Rueil…). Elles sont confrontées à la problématique des dysfonctionnements des transports en commun. Nous avons constaté que cette dimension avait un impact sur la santé des salariés. Il y a un an, on a décidé de faire une étude approfondie sur les problèmes des transports en commun, pour les salariés et les entreprises. L’étude est publiée juste avant les régionales, mais cela n’a rien à voir avec une commande de l’Elysée, de l’UMP ou du PS.
Qu’est-ce qui ressort de votre étude ?
Les salariés qui ne peuvent plus se fier à la ponctualité des transports en commun anticipent en prenant une demi-heure de marge supplémentaire pour être à l’heure au travail ou à un rendez-vous important. C’est du temps privé qui est gâché. Très souvent, les retards du matin sont absorbés en ne prenant pas de pause le midi. C’est gênant pour la santé et pour la convivialité des équipes. Les personnes les plus éloignées subissent une triple peine : elles habitent loin à cause des loyers chers en centre ville, elles souffrent de la fatigue des transports (certains font des transhumances de deux heures à l’aller et deux heures au retour) et au sein des entreprises, des promotions leur échappent car elle sont souvent en retard et manquent de disponibilité. On disqualifie les personnes qui habitent loin.
Ce constat n’a rien de nouveau. Qu’apportez-vous de plus ?
Il y a un ressenti émotionnel fort mais personne n’avait qualifié les effets de manière systématique. Il y a très peu d’études là-dessus. Les chiffres, on les connaît : une heure et demi de trajet moyen, huit millions d’usagers, dont un million sur le RER A… Le problème, c’est de savoir ce qu’on fait. Est-ce qu’on accepte que les gens soient licenciés parce qu’ils sont en retard ?
Est-ce un problème spécifiquement parisien ?
Il y a des situations un peu similaires à Lyon ou à Marseille, mais les difficultés se concentrent en Ile-de-France. Par exemple, on étend de manière considérable La Défense vers Nanterre. Or la ligne A est déjà saturée. Il y a eu 20 000 retards l’an dernier sur cette ligne. Comment fait-on ? A Paris, je pense qu’il y aura bientôt des émeutes. Il y a déjà des bagarres dans les rames. On met les gens dans des situations très difficiles.
Que proposez-vous pour améliorer les choses?
Les responsabilités sont partagées, il faut un débat collectif associant les politiques, les salariés, les syndicats, la médecine du travail… Nous avons publié un manifeste en dix points, demandant un Grenelle des transports en région parisienne et la création d’un observatoire du stress lié aux transports en commun. Il faut aussi qu’au sein des entreprises, le document unique sur la prévention des risques au sein des entreprises intègre le facteur des transports, et que le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des condition de travail) soit consulté avant de prendre la décision de déménager.

































