"Le mur de la honte" ou "Le monument élevé en l'honneur de la lacheté" : le promoteur marseillais Eric Foillard n'a pas de mots assez dur pour qualifier la passerelle piétonne construite en 2007 par le Port de Marseille Fos au niveau du quai de la Joliette (IIe).

L'édifice serait passé inaperçue si la démolition d'une autre passerelle, celle de l'A55, en cours d'enterrement, ne l'avait mise en lumière. Conçue pour relier la gare maritime de la Major au J1, la passerelle se trouve désormais en face des fenêtres d'un bel immeuble haussmanien dont la rénovation a été conduite à partir de 2008 par Eric Foillard. Un détail génant, pour un ensemble immobilier destiné à une clientèle de prestige qui a acheté précisément ici pour la vue mer.

Résultat : "22 réservataires ont annulé leur achat en découvrant que la passerelle leur masquait la vue sur la rade de Marseille" s'agace Eric Foillard. Depuis, "99 % des 80 appartements disponibles ont été commercialisés", selon lui. Mais son combat pour la destruction de la passerelle n'a pas cessé pour autant. "J'ai une implication personnelle dans la renaissance de ce quartier" explique volontiers Eric Foillard, qui a conduit via Lone Star la réhabilitation de la rue de la République.

Et tant pis si son obstination (il a déposé plusieurs plaintes pour défaut de permis de construire et lancé une pétition en ligne qui aurait recueilli 600 signatuures) fait parfois sourire les politiques. "A chaque fois que je les rencontre, Guy Teissier et Jean-Claude Gaudin me demandent : "Alors toujours en guerre contre la passerelle ?" s'amuse Eric Foillard. "Je ne manque pas de leur rappeler que mon modèle, c'est Churchill", l'homme qui a résisté aux nazis seul contre tous.