“Ce que je pense de cette manifestation ? Rien, je suis retraité”. Pierre, 84 ans, n’est ni pour ni contre. Bien au contraire. Il regarde passer le long défilé de ce mardi avec un air dubitatif. “Si j’étais encore actif je manifesterais sans doute pour défendre mes droits. Mais moi, j’ai bossé jusqu’à 63 ans, alors je ne suis sans doute pas un bon exemple”.

A côté de lui s’est assise Fatima, 70 ans. Elle fait une pause en rentrant des courses. Cette aide-soignante à la retraite est très remontée : “Si j’avais de bonnes jambes et moins mal au dos, j’irais mani­fester !” Mais après une vie passée à manipuler des patients, c’est au-dessus de ses forces. “C’est bien beau de vouloir nous faire travailler plus longtemps, mais si c’est pour être cassé à la retraite, c’est pas la peine ! J’ai travaillé jusqu’à 64 ans pour avoir une retraite correcte. On m’a toujours refusé de compter les quinze années où j’ai travaillé en Algérie, quand elle était française."

Le doyen de la bande s’appelle César, “comme l’empereur !” Quatre-vingt-huit printemps au compteur et toujours vaillant, avec son autocollant CGT sur la chemise : “Je suis venu à pied de Villefranche, alors je me repose un peu”. César a connu “l’avant-congés payés, quand le patron faisait un peu ce qu’il voulait”. Puis il y a eu la semaine de quarante heures, les trente-neuf heures en 1982, les trente-cinq heu­res… Le rapport avec la réforme des retraites ? “J’ai eu une vie assez longue pour me rendre compte qu’il faut lutter pour obtenir quelque chose”. Et mardi, il a fait un aller-retour depuis Villefranche pour soutenir ceux qui “luttent pour conserver ces acquis”.