« Ce matin j’ai failli me faire écraser par une voiture dans la rue, je n’entends plus !». Calée dans le canapé bleu du salon de son appartement de la route d’Espagne, Rose Frayssinet raconte ce qui est son quotidien depuis le 21 septembre 2001 : l’explosion de l’usine AZF n’a fait qu’aggraver les soucis d’audition que cet ingénieur à la retraite de 67 ans rencontrait depuis son enfance.

« Regarder la télévision et écouter la radio est impossible pour moi aujourd’hui, quand je vais au cinéma je suis obligée d’aller voir des films sous-titrés, je n’entends même plus mes petits enfants au téléphone ». Mais Rose Frayssinet n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort : cette militante écolo des Amis de la Terre répète à l’envi qu’elle n’a plus qu’on la prenne « prenne pour la sourde de service » quand elle reçoit les journalistes.

Car aujourd’hui le combat de Rose Frayssinet est ailleurs. Si la fermeture du site de la SNPE et la disparition de la nitrocellulose des Ballastières au bord de la Garonne demeurent sa priorité, « c’est de la folie d’avoir construit le Cancéropôle à proximité », jeudi elle espère que le verdict rendu dans le cadre du procès AZF condamne Grande Paroisse et Total.

« Je n’imagine pas le contraire sinon ça laisserait une impunité à tous les autres directeurs d’usines. Et surtout ça représenterait une seconde catastrophe ». Cela permettrait surtout à Rose Frayssinet de « tourner une page et de croire en la justice ».