Voir le maillot jaune en maillot de bain, on n’en a pas tous les jours l’occasion. Cinq Anglaises rosissent près d’Andrew, qui termine une pomme. “J’ai vu l’arrivée du Tour à Paris en 2006”, lance ce passionné de cyclisme, venu à vélo. Mais pas un coureur à l’horizon pour l’instant. L’heure est aux jets de babioles publicitaires.

Porte-clés de la gendarmerie, échantillons de lessive, bracelets fluorescents. Des objets qui font la joie de Clément, six ans et demi. “J’ai eu une casquette”, et pas n’importe laquelle : la plus courue, celle avec les pois rouges du meilleur grimpeur ! Un seul regret pour le petit bonhomme enduit de crème solaire : “Ils n’ont pas lancé de saucissons.” Habillé de jaune de la tête aux pieds, Aymeric, 5 ans, est lui aussi plus intéressé par la caravane publicitaire que par l’exploit sportif.

A quelques hectomètres, Karim, 37 ans, est carrément désabusé. “Dans les années 80 ils couraient pour le maillot, maintenant c’est pour le chèque”, lance-t-il, bouée gonflable et parasol sous le bras, tout en brumisant son rejeton.

Deux Français en tête
Il est 13 h 15. Le bruit de l’hélicoptère trahit l’approche des coureurs. Le premier adjoint au maire, qui déambule sur la Prom, confirme : “Ils viennent d’entrer sur le territoire de la commune”. Quatre échappés, parmi lesquels les Français Stéphane Augé et Cyril Dessel, déboulent à plus de 50 km/h. Puis 1 minute et 25 secondes après, c’est au tour du peloton, emmené par les équipiers du maillot jaune. Tout juste le temps d’immortaliser ou d’encourager ces champions, que la plupart des spectateurs ne connaissent pas, et le Tour de France s’éloigne déjà. Portable à l’oreille, une ado ironise : “Ça a duré, quoi, douze se­condes !”