Décidément, à l'UMP comme dans les ministères, la majorité présidentielle n'en finit pas de se prendre les pieds dans la Toile.

A chaque initiative en direction des internautes, d'une manière ou d'une autre, le parti majoritaire semble naviguer de couacs en flops. 

Il est encore bien trop tôt pour juger de la pertinence de sa dernière réalisation online, "les créateurs de possibles", mais après 48 heures d'existence, les débuts du site laissent songeur.

Internet et l'UMP ou l'apparente incompréhension
D'abord, il y a eu l'arrivée ratée du porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre sur Twitter, service dont il s'était fait bannir en moins d'une journée compte tenu de l'accueil que lui avaient réservé les utilisateurs (lire "Lefebvre de retour sur Twitter").

Puis il y a eu le clip des jeunes de l'UMP, un buzz réussi au nombre de visionnages, mais tout à fait contre-productif tant les internautes ont pu s'en gausser. Sans parler de la question des droits d'auteur de l'interprète du morceau, allègrement bafoués par le parti qui a voté la loi Hadopi contre le piratage (lire "Triste ou seulement ridicule ?").

Plus récemment encore, ce sont certains dérapages verbaux sur le site mis en place par le ministère de l'Immigration dans le cadre du débat sur l'identité nationale, qui ont fait couler beaucoup d'encre. Quoi qu'ait pu en dire le ministre Eric Besson, la modération des commentaires n'a pas toujours été à la hauteur (lire "un site pour débattre de l'identité").

Manifestement, si l'on juge aux "créateurs de possibles", le site que l'UMP vient de mettre en ligne, sur le modèle du site de campagne de Barack Obama, la leçon n'a pas encore été bien digérée.

Cette fois, ce n'est pas la nature xénophobe des commentaires qui défraie la chronique, mais leur caractère parfois franchement décalé, qu'ils tiennent à l'évidence de la boutade ou d'une certaine incompréhension de la démarche participative.

La plate-forme participative de l'UMP
Concrètement, il s'agit d'un site communautaire, une plate-forme web 2.0 de facture assez classique, une sorte de Facebook ou de Twitter destiné à recueillir et à permettre le débat autour des idées des Français. C'est rien de moins qu'une "révolution dans la manière de faire de la politique grâce à Internet : vous n'êtes plus spectateur, mais véritablement acteur du débat citoyen" explique l'éditorial du site.

Une fois une initiative créée, elle peut bien sûr être approuvée et rejointe par d'autres membres. L'initiateur bénéficiant de tout un arsenal d'outils en ligne pour l'aider à fédérer les bonnes volontés autour de son idée, de l’organisation de réunion locale en porte-à-porte, d'envoi de lettres en distribution de documents.

Certes le site arbore l'arbre symbole de l'UMP, mais au bleu blanc rouge qui identifie le parti, on a préféré un code couleur neutre, bleu et gris. En dehors de la vague ressemblance du logo, rien n'indique d'ailleurs qui édite le site, sinon les mentions légales en pied de page.

Une ouverture voulue discrète... et qui l'est
En chantier depuis plusieurs mois, avec un budget consistant d'un demi-million d'euros, lescreateursdepossibles.com se veut, le "projet phare de la stratégie de modernisation du mouvement populaire" avait expliqué, Xavier Bertrand, le secrétaire général de l'UMP en septembre dernier.

Sans doute échaudé par ses précédentes déconvenues sur le Net, le parti a discrètement ouvert le site hier jeudi, sans même l'annoncer sur son propre site.

Dans un premier temps, Besnoit Apparu le secrétaire d'Etat au Logement et Monsieur numérique de l'UMP a pourtant communiqué sur le chiffre de 60.000 inscriptions en quelques heures, mais vite repris par la presse, il a reconnu son erreur : ce vendredi soir, le site ne compte qu'environ 1.500 membres, et un peu plus de 300 contributions.

Pas ou peu de modération sur le site
Sur lescreateursdepossibles.com, toutes les initiatives, de tous les citoyens sont donc les bienvenues, dès lors que l'on prend la peine de s'inscrire. Un pari audacieux.

A parcourir les premières contributions, on pourrait juger la modération absente, laxiste ou dramatiquement lente. Il n'en est rien, quitte à froisser ses propres troupes, le parti aurait donné pour consigne à ses trois modérateurs de ne censurer que les commentaires racistes et antisémites, mais par exemple pas ceux émanant manifestement de militants de l'opposition.

De quoi laisser libre court aux militants de tout bord, aux plaisantins plus ou moins inspirés, ou encore aux citoyens préoccupés par des questions très très locales...

"De la création d'un parking vélo à Saint-Quentin " à l'augmentation du nombre de bus "à Nantes, sur la ligne 4 aux heures de pointe", de la "souscription pour la restauration de l'orgue de l'église de St Vincent Sterlanges" à "l'aménagement du carrefour entre les échangeurs de la RD34 et la RD53 dans le canton de Moy de l'Aisne", tout ne parlera en effet pas à tout le monde...

Les militants de droite ont trouvé leur Facebook
Au chapitre politique, on notera bien sûr la présence de quelques contestataires, "pour la suppression du bouclier fiscal" pour "revoir la copie sur Hadopi", pour "soutenir le filtrage et la censure d'internet comme le demande le président" ou encore pour "protester contre la baisse du remboursement par la Sécu de certains médicaments".

Néanmoins, à l'approche des élections régionales, il est surtout frappant de constater le nombre de militants du parti majoritaire qui utilisent la plate-forme à des fins politiciennes locales.

De ceux qui entendent "changer la région Ile-de-France avec Valérie Pécresse" à ceux qui veulent "élire Christophe Béchu à la tête des Pays de la Loire", en passant par les partisans de Valérie Letard dans le Nord-Pas-de-Calais, de Raymond Couderc en Languedoc-Roussillon ou encore d'Hervé Novelli dans le Centre, chaque tête de liste UMP régionale apparaît.

Au niveau national, les militants y vont aussi de bon coeur, affichant leur soutien à tel ou tel ministre, et bien sûr au président de la République.

A droite toujours, on notera l'expression inévitable de grands thèmes traditionnels, notamment "le rétablissement de la peine de mort, une nécessité pour notre société" selon un certain Crayon Laglonon, qui précise sa pensée "Les philosophes les imbéciles, parce que ton père était débile, te pardonneront, mais pas moi, j'aurai ta tête en haut d'un mât".

De même, on peut lire sur le site au moins trois allusions hostiles à l'interruption volontaire de grossesse, "pour défendre la vie de la conception à la mort naturelle" plaide Olivier Saxon, ou pour "aménager le droit à l'avortement" pour le plus modéré Augustin Haguel.

Humour de gauche et sarcasmes
De leur côté, les opposants à l'UMP ne sont pas en reste. Sur le mode du sarcasme, ils sont à l'évidence quelques-uns a avoir investi les lieux.

"Parce que c'est un homme de lettres, de convictions, élégant et raffiné, sûr de son verbe et d'une rhétorique sans faille. Déjà immortel dans nos coeurs, Frédéric Lefebvre doit l'être aux yeux de la nation" explique ainsi Machin Machin qui préconise que "Frédéric Lefebre soit nommé à l'Académie française " tandis que l'une des personnes qui l'a rejoint dans cette initiative le verrait plutôt au Panthéon, et "au plus tôt".

Plus loin, le même plaisantin plaide "Pour que Jean Sarkozy ait enfin un ministère" et suscite des réactions étonnantes d'incompréhension, ainsi un internaute "espère que c'est ironique".

Quand Mamie Furax voudrait "rétablir la Gabelle pour couvrir le déficit de l'Etat", sur un ton tout aussi narquois, Yvan Lefab voudrait voir "élever des statues de notre bon président" dans chaque ville et village, pour que "tout le monde se prosterne avant d'aller travailler." Là encore, les réactions peuvent témoigner d'une certaine perplexité chez les visiteurs du site.

A publier pêle-mêle, grands projets de société, prêches militants, "petits" problèmes de voiries, authentiques blagues et vraies suggestions, on finit par ne plus distinguer le lard du cochon... Des 317 initiatives déjà proposées, beaucoup sont certainement tout à fait sincères et sans doute inspirées, mais rien ne les distingue de la masse.