Mis à jour 19-03-2008 00:11
"On est à la limite entre le suicide assisté et l’euthanasie"
Bernard Senet, médecin généraliste à Velleron, dans le Vaucluse, a accepté d’aider Chantal Sebire à mourir

Bernard Senet.
Photo : DR
Pourquoi vous êtes-vous
porté volontaire ?
Cela fait plus de vingt ans
que je milite à l’association pour le droit à mourir dans la dignité
pour l’IVV : le droit à l’interruption volontaire de la vie. Comme
le médecin traitant de Mme Sebire n’a pas souhaité être sa caution,
j’ai accepté, bien que nous habitions à 600 km de distance, d’être
le médecin qui – si la justice le permet – se procurera le produit
et l’aidera à le prendre.
Avez-vous déjà aidé quelqu’un
à mourir ?
Quand on est médecin généraliste
et qu’on s’occupe de patients graves, on est parfois amené à les
accompagner en fin de vie. Et une à deux fois par an, il m’arrive
d’aider des gens à partir avant l’heure « naturelle ». L’ADMD
reçoit de nombreuses demandes de ce type. Elle y répond rarement car
le geste, en France, est interdit. Mais aussi parce qu’en aucun cas
on ne veut se spécialiser dans le « pousse seringue ».
Chantal Sebire réclame-t-elle
l’euthanasie ou le suicide assisté ?
D’après la définition juridique,
elle réclame un suicide assisté, c’est-à-dire que je lui prescrive
et lui procure une dose létale, qu’elle prendra quand elle le voudra,
et sous mon contrôle. Mais, en réalité, Mme Sebire est aveugle, de
plus en plus handicapée et affaiblie par la maladie. Elle a besoin
d’être aidée. On est donc à la limite entre le suicide assisté,
tel qu’il se pratique en Suisse, et l’euthanasie –comme en Belgique.
Mais, dans le fond, même si la symbolique de la seringue est très
lourde, le suicide assisté et l’euthanasie sont guidés par la même
intention. Pour moi, c’est pareil. Ce qui compte, c’est que les
deux parties –médecin et patient- sachent que le produit ingéré
va entraîner la mort.
Le député UMP Jean Leonetti,
rapporteur de la loi sur la fin de vie d’avril 2005, s’oppose à
la demande de Chantal Sebire.
La loi Leonetti est hypocrite.
Elle dit qu’on peut placer une personne sous coma artificiel et cesser
de lui donner à boire et à manger, pour abréger sa vie. On peut donc
laisser des personnes mourir de faim et de soif en leur tenant la main
pendant cinq à quinze jours, mais on n’est pas autorisé à aider
un patient, qui le demande et qui est de toute façon condamné par
la maladie, à boire une potion chez lui, qui va lui donner la possibilité
de mourir en vingt minutes ! La loi Leonetti protège les médecins contre
les poursuites. Elle ne prend en compte ni la volonté du patient, ni
son entourage.
Dans le cas de Mme Sebire et
de la requête qu’elle a déposée au tribunal, les rôles s’inversent :
c’est la patiente qui protège le médecin, qui veut lui éviter des
poursuites pénales. C’est très louable de sa part.
Un conseiller de Nicolas
Sarkozy propose à Mme Sébire un nouvel avis médical…
C’est scandaleux. Cette dame
se bat depuis huit ans contre une tumeur très rare, qu’on ne peut
atteindre ni pas la chimio, ni par le laser, ni par une opération.
Elle a de fréquentes hémorragies, sa tumeur n’est plus qu’à deux
millimètres de sa narine. Elle est au-delà de toute ressource thérapeutique
et on veut revoir ce diagnostic ? Cette manière de botter en touche
constitue un véritable mépris de sa personne.
Et aussi
Chantal Sébire demande le droit de mourir
Pour l’euthanasie… de la bioéthique!






