Pourquoi avez-vous souhaité réaliser ce film documentaire ?
J’ai déjà réalisé trois films pour Arte sur la biodiversité et ce qui la menace. J’ai beaucoup voyagé et partout où j’allais, je tombais sur Monsanto à qui appartiennent 90% des OGM cultivés dans le monde. Si aujourd’hui son but est de mettre la main sur la production de semences, dans le passé, elle a été l’un des producteurs de l’agent orange (défoliant contenant de la dioxine massivement répandu sur les forêts du Viêt-nam pendant la guerre, ndlr) et des PCB, connus comme pyralènes en France. J’ai travaillé de découverte en découverte… la question qu’on se pose est comment peut-on faire confiance à cette firme quand on voit comment elle s’est comportée dans le passé.
PCB, dioxine, hormone de croissance bovine, votre documentaire raconte une histoire de mensonges et de mépris totale de la santé publique…
Il y a un cynisme inouï qui se répète de produit en produit, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Et encore avec les OGM. Dès qu’un journaliste ou un scientifique fait son travail, il est licencié ou mis au placard. Ils utilisent des méthodes sales pour décrédibiliser leurs adversaires. On se demande pourquoi. Le cas d’Ignacio Chapela, chercheur à l’université américaine de Berkley, qui a étudié la contamination du maïs mexicain par le maïs transgénique, montre qu’ils ne veulent pas affronter un débat scientifique. Ils procèdent donc par la diffamation. S’ils n’ont rien à cacher, qu’on mène une vraie étude et qu’on n’en parle plus.
Compte tenu du sort réservé à ses opposants, n’avez-vous pas peur de ce qui pourrait vous arriver ?
Je me demandais effectivement ce qui allait m’arriver. Je suis plus sereine aujourd’hui car j’ai reçu un soutien énorme du public sur mon blog, par les associations et par les médias. Il y a des critiques qui traînent sur des sites pro-OGM qui essaient de me discréditer, à ceux qui m’écrivent, je réponds point par point… leur discours ne tient pas. Le documentaire a par ailleurs été revu dans les détails par des avocats.
Vous donnez la voix à Monsanto par des documents d’archive, des vidéos et par les promesses qu’elle affiche sur son site Internet. Pourquoi l’entreprise a refusé vos demandes d’interview ?
Ils ont eu peur de mes questions. Je ne voulais pas recueillir le laïus d’un chargé de relations publiques. J’avais demandé à rencontrer des personnes très précises, par exemple l’inventeur du soja transgénique Roundup ready (un soja résistant à l’herbicide Roundup, fabriqué par Monsanto, ndlr) qui représente 70% des semences commercialisées par l’entreprise. Ils sont incapables de répondre à des questions précises. Ils agissent dans l’ombre.
Pensez-vous que ce film représente un tournant dans le débat sur les OGM notamment ?`
On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas. Cela sera, je l’espère, l’occasion d’engager un débat enfin sérieux. Une fois que les OGM sont là, on peut difficilement faire marche en arrière. C’est un sujet qui nous concerne tous car on parle de l’avenir de la planète. On ne peut pas laisser Monsanto s’emparer de la nourriture du monde. C’est à nous de jouer. Le consommateur a un rôle très important. Quand après le coton, le soja, le colza et le maïs, Monsanto a voulu mettre sur le marché un blé résistant au Roundup, les céréaliers nord-américains l’ont refusé parce que 80% de leur production est exportée vers l’Europe et le Japon, et ils craignaient un boycott de la part des consommateurs.
Ce film est diffusé, alors qu’en France, on s’inquiète de plus en plus de la pollution des fleuves au PCB. Incitera-t-il les chercheurs à faire plus de recherche dans ce domaine ?
Pendant la réalisation de mon documentaire, j’ai pu constater une tendance à la privatisation de la recherche qui a perdu de son indépendance. Un exemple pour tous, le professeur Robert Bellé, de la station biologique marine de Roscoff, qui dépend du CNRS et de l’Institut Pierre-et-Marie-Curie, qui a testé les effets sanitaires de l’herbicide Roundup. Il a conclu que le Roundup déclenche la première étape qui conduit au cancer… et il a été interdit de communication (alors que Monsanto continue à faire de la publicité pour le Roundup même à la télé, ndlr). Il y a un véritable cri d’alarme à lancer pour ce qui concerne l’indépendance de la recherche.
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Mis à jour 18-03-2008 07:34
"On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas"
Marie-Monique Robin, auteur du livre et du documentaire "Le monde selon Monsanto", revient sur son enquête sur l'histoire de cette multinationale américaine, aujourd'hui leader mondial des OGM

Marie-Monique Robin, journaliste. Photo : DR

"Le monde selon Monsanto : de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien", un livre de Marie-Monique Robin, ARTE éditions/La Découverte, 372 pages, 20 euros.
A la télé
Le film documentaire "Le monde selon Monsanto" sera diffusé sur Arte mardi 11 mars 2008 à 21 heures. UN forum de discussion avec Marie-Monique Robin sera ouvert sur le blog www.arte.tv/lemondeselonmonsanto après la diffusion.
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