Ce
devait être une vente "exceptionnelle" et inédite. Depuis
plusieurs mois, la célèbre maison de vente aux enchères Tajan préparait cet
événement au cours duquel 101 lots ayant appartenu à l'Abbé Pierre devaient
être dispersés. Mais, comme l'a révélé Libération mardi, le
tribunal de Paris, saisi en référé, a suspendu la vente le 28 janvier dernier.
Motif : l'association Emmaüs Internationale (légataire universelle de l'Abbé
décédé le 22 janvier 2007) estime que ces biens ont été "frauduleusement"
soustraits à l'Abbé. En clair, volés.
Emmaüs accuse nommément Jean-Christophe Ménétrier, à l'origine de la vente, et a déposé le 8 janvier une plainte pénale, contre x et à son encontre, visant ces faits. Jean-Christophe Ménétrier fut un proche de l'Abbé dans les dernières années de sa vie. Surtout, il affirme être son fils naturel. Une allégation pourtant démentie par un test ADN de recherche en paternité réalisé en 2004. Il appartient désormais à la justice de trancher ce litige et de dire à qui appartiennent les précieuses "reliques" de l'infatigable défenseur des démunis.
Metrofrance.com est aujourd'hui en mesure d'apporter de nouvelles pièces inédites à ce dossier. Nous nous sommes en effet procuré l'intégralité du catalogue de la vente présentant en détail les 101 lots qui devaient être dispersés. Ce document a été établi par l'étude Tajan, avec le concours d'un expert réputé en manuscrits et autographes, Alain Nicolas.
Dans
un communiqué cité par l'AFP mardi, la maison Tajan affirme avoir rapidement
renoncé à organiser la vente "faute de certitude sur la volonté du
vendeur de transmettre le produit de la vente à des associations ou de
l'utiliser pour créer un musée". Une version suprenante. Car, à
l'origine, la vente a été organisée sans aucune finalité caritative. Son produit,
estimé aux bas mots par l'expert à 150.000 euros, devaient revenir à l'étude et
au vendeur, à savoir Jean-Christophe Ménétrier. Ces faits sont attestés par le
catalogue que dévoile aujourd'hui Metrofrance.com, qui ne mentionne
aucunement que les fonds devaient revenir à une association ou être destinés à
créer un musée Abbé Pierre.
Toutefois, Tajan et Jean-Christophe Ménétrier indiquent que le catalogue aurait pu contenir un "appel aux dons" en faveur d’Emmaüs, ou que certaines sommes provenant de la vente auraient pu être reversées à une œuvre. Lors de l'audience devant le juge des référés, l'étude Tajan était aux côtés de Jean-Christophe Ménétrier pour obtenir que la vente ne soit pas suspendue comme le réclamait Emmaüs. Dans l'ordonnance du juge on peut ainsi lire "La société Tajan [...] souligne la gravité d'une mesure de suspension d'une vente aux enchères publiques qui atteint la réputation de la société de vente et la qualité marchande des objets en cause". Enfin, l'avocat de la société d'enchères, Me Lecoq-Vallon, a confirmé à Metrofrance.com que Tajan avait bien fait appel de la décision du juge du suspendre la vente.
Aujourd'hui, la maison d'enchères attend que cet appel soit examiné, ce qui n'interviendra pas avant plusieurs mois. En attendant, les objets litigieux ont été placés sous scellé à titre conservatoire pour un an et se trouvent dans un coffre fort de Tajan. La société d'enchères se veut désormais prudente. Par la voix de son porte-parole, Tajan indique à Metrofrance.com que "quelle que soit l'issue judiciaire de cette affaire [elle] ne procédera éventuellement à une "vente Abbé Pierre" que si les fonds collectés sont affectés à une oeuvre caritative". Tajan cite comme exemple similaire la vente de la garde-robe de François Mitterrand qu'elle a organisée le 29 janvier dernier. Celle-ci s'est déroulée à la demande de la veuve de l'ancien président, Danielle Mitterrand, au profit de son association France-Libertés. Les souvenirs de l'ancien chef d'Etat ont rapporté près de 150.000 euros.
Sur le fond de l'affaire Abbé Pierre, Jean-Christophe Ménétrier proteste de sa bonne foi et maintient qu'il est bien propriétaire des manuscrits et objets qui devaient être dispersés aux enchères. A l'appui de ses dires, il produit plusieurs documents auxquels Metrofrance.com a eu accès. Il s'agit, pour la plupart, de lettres manuscrites de l'Abbé Pierre indiquant lui avoir remis ou donné plusieurs manuscrits. Exemple, cette lettre datée du 12 avril 2005 : "Je reconnais avoir fait don, en grande amitié, à Jean-Christophe Ménétrier, de plusieurs biens m'appartenant (courriers, photos, manuscrits, objets personnels, documents) [avec] la tâche d'ordonner tous ces matériaux afin de les faire connaître, dans la mesure où ils peuvent avoir quelque utilité dans le cadre de l'Association "Le Bel Oeuvre" .

































