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Mis à jour 27-02-2008 20:22

"Le consommateur joue un rôle majeur dans le soutien du bio"

Elisabeth Mercier, directrice de l'Agence BIO, explore les possibilités de développement de l'agriculture biologique en France

L’objectif du Grenelle de l’environnement de passer 2 à 6% la surface cultivée en bio de va-t-il aider au développement du secteur?
C’est une phase d’impulsion indispensable. Le plan pour se donner les atouts pour atteindre 6% de la surface agricole utile cultivée en bio en 2012 est en cours de mise en œuvre. Il prend en compte toutes les actions : la recherche et l’enseignement dans les établissements agricoles, les mesures pour encourager les conversions des agriculteurs en bio, la structuration de la filière et l’introduction de 20% d’aliments bio dans la restauration collective d’ici à 2012. Un fonds de 3 millions d’euros par an, pendant 5 ans, servira à consolider la structure de la filière de la production à la transformation, de la distribution jusqu’au consommateur. C’est indispensable : en 2006, 40% du lait bio produit est retourné dans le circuit conventionnel faut de structures adéquates.

Tripler les surfaces cultivées en bio en 5 ans… est-ce que c’est viable ?
C’est possible mais audacieux. Nous avons cependant des atouts de notre côté. D’abord, l’intérêt des consommateurs, la bonne notoriété du label bio et la prise de conscience par rapport aux enjeux environnementaux. Le consommateur joue un rôle majeur dans le soutien du bio : on ne pourrait développer un secteur qui ne correspond pas à une attente de la société. Le consommateur vote par ses achats. C’est un vote en faveur de la protection de l’environnement, du bien être animal, des entreprises adossées à un territoire. Ensuite, il faut souligner l’implication des collectivités locales qui peuvent faire beaucoup pour aider les agriculteurs à la transition. Enfin, il ne faut pas oublier le professionnalisme des acteurs de la filière qui peuvent fournir un soutien formidable, par leur expérience, à ceux qui souhaitent se renseigner avant de se convertir ou de s’installer.

Les autres formes d’agriculture « durables », comme l’agriculture raisonnée, menacent-elles la place de la bio ?
L’agriculture bio est ce qu’il y a de plus accompli en termes d’agriculture respectueuse de l’environnement. Elle se pratique sans produits chimiques (engrais, pesticides, ndlr), sans OGM, elle est soumise à un cahier des charges rigoureux et ses produits sont systématiquement contrôlés. Les autres démarches vont dans le même sens. Je suis convaincue que l’agriculture biologique est appelée à se développer. Aujourd’hui en France elle ne représente que 2% de la surface agricole utile, alors qu’en Autriche, ce chiffre monte à 16%, 10% en suisse, 8% en Italie et 7% en Suède.

Cultiver en bio, c’est un retour au passé ?

L’agriculture bio est source d’innovation. Pour éviter l’utilisation de produits chimiques, elle explore des innovations technologiques. Une fois éprouvées, elles sont même adoptées par l’agriculture conventionnelle. Pour éviter le désherbage chimique, par exemple, des machines ont été conçues pour faire ce travail sans faire des dégâts sur les rangs. Deuxièmement, il ne faut pas dire que les rendements diminuent lorsqu’on est en bio. Il y a des pays africains qui bénéficieraient d’un développement de l’agriculture biologique. Comme le montrent de nombreux exemples autour de la planète, les méthodes bio peuvent amener à de rendements bien meilleurs selon le pays, sa situation géographique et le nombre de personnes à nourrir.

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