Après 507 jours de dérive dans les glaces de l’Arctique, Tara est revenu ce samedi à son port de rattachement, Lorient. Des dizaines de bateaux sont allés à sa rencontre dans la rade, sous un soleil festif. Clubs de voile, d’aviron, les familles des Taranautes et même des musiciens bretons jouant de la cornemuse… L’équipe a été accueillie en héros. Et il y a de quoi. Pendant plus d’un an et demi, 20 hommes et femmes se sont relayés sur la goélette Tara pour mener à bien une expédition périlleuse au cœur des glaces, à fin de récolter des données sur le changement climatique dans le cadre de l'Année polaire internationale.
Partie de Lorient le 11 juillet 2006, Tara s’est amarrée à la banquise le 3 septembre, pour se laisser prendre dans les glaces. L’équipe a ensuite débarqué le matériel scientifique et monté une base. Quelques jours ont suffi pour que tout soit prêt pour une dérive prévue pour durer deux années suivant le mouvement naturel des glaces. « On a mis le bateau dans la glace sans savoir ni où on allait, ni quand est-ce qu’on allait en sortir », témoigne Grant Redvers, chef de l’expédition. Puis ce fut la tempête. La glace se brisa, éparpillant le matériel sur dix km2 de blocs de glace. La mission aurait dû être interrompue si l'équipe à bord ne s'était pas donnée corps et âme pour tout récupérer. Dix jours de travail ont fallu pour que la dérive de Tara puisse continuer.
Dix-sept mois de dérive
Une seule fois une expérience de ce genre a été accomplie auparavant… il y un siècle. C’est un navigateur norvégien, Fridtjof Nansen, qui avait réussi l’exploit avec une dérive longue de trois hivers polaires. La dérive de Tara n’aura en revanche duré que 17 mois. C’est beaucoup pour les hommes et les femmes à bord, dont le capitaine Hervé Bourmaud, 35 ans, et le néo-zélandais Grant Redvers, 33 ans, qui ont assurée une permanence pendant toute la durée de l’expédition. Mais c’est moins de ce qui avait été prévu au départ se basant sur des statistiques déduites de 20 années d’observations, comme l’explique Jean-Claude Gascard, coordinateur du programme européen Damocles, projet pilote de l'Union européenne pour l'Année polaire internationale. Ce fait est en soi une preuve de l’effet du réchauffement climatique sur la banquise. « On s’était donné rendez-vous ici à Lorient pour le mois d’août, il manque donc 200 jours au compteur », poursuit-il.
Selon ce directeur de recherche au CNRS, « la dérive a entraîné Tara a une vitesse deux à trois fois plus élevée que ce que nous avions prévu. A quoi cette accélération est elle due ? Les vents qui sont le principal moteur de la dérive, ont peut-être changé d’orientation moyenne et de force. Il est également fort probable que la glace, en devenant plus mince, soit aussi devenue plus mobile et donc soit entraînée plus facilement par les vents ». Les scientifiques ont en effet constaté un amincissement de 50% des glaces en mer en 20 ans. « De plus de 3m d’épaisseur moyenne, on en est aujourd’hui à 1,5 mètres », affirme le scientifique. Autre fait majeur mis en lumière par les activités scientifiques menés à bord de Tara : au cours de l’été 2007, un retrait majeur de la banquise a été constaté. En l’été 1979 elle s’étendait sur 7 millions de km2, en 2007, elle ne recouvrait plus que 4 millions de km2.
« On va vers un nouveau régime climatique », selon Jean Claude Gascard. Les données recueillies par la mission Tara Damocles, « un vrai trésor de guerre », serviront justement à élaborer des nouveaux modèles climatiques plus fiables pour l’avenir. « On est partis dans la bonne direction, mais le temps est compté : la glace fonde rapidement, il faut agir vite », poursuit-il. C’est la première leçon à tirer de cet aventure au bout de l’Arctique.






































