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21-02-2008 19:04 Nadia Loddo

"La PAC doit être plus équitable"

A l’occasion du salon de l’agriculture, le ministre de l’Agriculture et de la pêche, Michel Barnier, présente les enjeux pour l’avenir de l’agriculture française.

Michel Barnier

Michel Barnier

C'est le premier salon de l'agriculture post Grenelle. Quel message adressez-vous au monde agricole ?

D'abord le Grenelle n'est pas terminé. La première phase de quatre mois de débat démocratique a vu la participation des agriculteurs et de leur ministre. Le résultat c'est que l'agriculture durable n'est pas une option, c'est une nécessité. Nous voulons construire une agriculture économiquement forte et écologiquement responsable. Et c'est ce que nous faisons. Le troisième message est qu'entre le productivisme qui a été longtemps pratiqué et qui est encore pratiqué, et l'avant-garde qui constitue l'agriculture biologique, que nous voulons soutenir, il y a un champ considérable : celui de l'agriculture durable et la pêche durable. C'est ce champs-là que les agriculteurs sont décidés à investir.

La France , est-elle en retard dans ce domaine ?

On a sans doute plus de responsabilité que les autres car nous sommes la plus importante et plus puissante économie agricole en Europe. Il est vrai qu'on a été l'agriculture la plus productive est souvent la plus productiviste. Il ne s'agit pas de donner de bons ou de mauvais points, mais ce que je constate c'est que globalement il y a un mouvement en profondeur des agriculteurs pour gérer plus sobrement l'eau, pour cultiver autrement, pour utiliser moins de produits pyhtosanitaires. J'ai été récemment dans la Somme qui est traditionnellement un grand bassin de production sur grandes cultures. En mutualisant leurs efforts, les agriculteurs ont prouvé que sans recherche agronomique supplémentaire, il était possible de réduire de 30% la fréquence d'usage des phytosanitaires rien qu'en utilisant le temps de manière plus raisonnée. D’ailleurs, un plan d’action pour une réduction de 50% des pesticides en 10 ans va être établi d’ici à la fin du semestre.

Pour l’agriculture bio, vous vous fixez l’objectif de tripler la surface cultivée en 5 ans. Quels sont les obstacles ?

Il y a beaucoup obstacles car le bio coûte plus cher à produire et parce que on en consomme pas assez, bien qu’il y ait une demande croissante. Par conséquent, peu de producteurs ont fait la conversion. Du coup on importe. J'ai approuvé des mesures pour aider à l'installation en bio et éviter les antagonismes entre différentes formes d'agriculture. On agit aussi sur la consommation en fixant un objectif de 20% de bio dans les restaurants collectifs d’ici à 2012. Enfin, il faut aider à la recherche (10 millions d’euros de budget alloué à l’INRA, ndlr) et à la structuration de la filiale (15 millions d’euros sont prévus à cette fin). Si les agriculteurs ont des méthodes qui leur permettent d'utiliser moins de phytosanitaires sans graver sur leur budget, ils les utiliseront. Nous voulons soutenir cette filière : 6% de la surface agricole en 2012 semble peu, mais passer de 2 à 6%, comme on l’entend, c'est un objectif important.

Comment va évoluer la PAC (politique agricole commune). Est-ce que elle va aider plus les agriculteurs bio ?

La PAC doit consacrer l’agriculture durable et elle doit être plus équitable et plus préventive. On peut équitablement diminuer certaines aides aux cultures qui bénéficient de prix à la hausse comme les grandes cultures céréalières de blé, de maïs, par exemple. A budget stable cela permettra d’aider les filières mal aidées jusqu'à ce moment comme l’agriculture biologique, l’élevage ovin, ou la production de lait dans les zones fragiles. Concernant la prévention, il faut créer de systèmes de gestion de crise et des marchés pour prévenir les risques sanitaires, les aléas climatiques, aussi bien que les risques économiques, comme la grave crise de la filière porcine que nous traversons.  

Est-ce qu’il y a un accord sur l’avenir de la PAC en Europe ?

La plupart des pays européens sont d'accord pour garder une politique agricole car ils sont conscients que c'est le prix à payer dans le budget (o,40% du PIB communautaire) pour garder le modèle agricole européen qui ne ressemble pas au modèle chinois, ni au modèle américain. En Europe, l'agriculture est repartie sur tout le territoire et nous y tenons car c'est ce qui fait vire les territoires et qui nous donne des produits diversifiés, des goûts, des couleurs, une traçabilité, une qualité et une sécurité, qui sont le résultat de ce budget qui paye le contribuable pour l'agriculture. L'Europe est un grand territoire de production agricole : c'est l'un des points forts de notre économie. Quand on parle de croissance, de compétitivité, d’emploi, l’agriculture est un actif stratégique. Regardez le commerce extérieur français - car il faut aussi de bonnes nouvelles - le poste agriculture et agroalimentaire produit un excédent de 9 milliards d’euros. Clairement, l'Europe doit appuyer son agriculture.

Quand on dit Europe, on dit aussi politique commune de la pêche. Nicolas Sarkozy a parlé à Boulogne-sur-Mer d’un assouplissement des quotas de pêche. Quelle est aujourd’hui la position de la France ?

J'étais avec le Président quand il a parlé des quotas à Boulogne. Il a dit quelque chose qui ne m'as pas choqué car j'avais moi-même affirmé la même chose en décembre, après une longue nuit de négociations chaotiques. On en est sortis à 7 heures et demi, après une nuit de négociations et j'ai dit devant les journalistes qu’on pouvait gérer ces quotas différemment, sur une base pluriannuelle, de trois ans, par exemple et non pas tous les ans. Les pêcheurs ont besoin de plus de stabilité. Il y a aussi un problème entre ce qu’observent les scientifiques sur la nature des stocks et   ce que voient les marins pêcheurs. Nous avons besoin de quotas, il y a des espèces en danger, il faut tenir compte des stocks, car sans poisson, pas de pêcheurs. Surtout, il faut éviter cette contestation permanente entre scientifiques et pêcheurs en essayant de rapprocher leurs points de vue.

Les agrocarburants suscitent la polémique car beaucoup craignent une mise en concurrence entre l'alimentation humaine et la demande en énergie. Comment réguler ce marché ?

La polémique fait partie du débat démocratique : il ne faut pas en avoir peur. Pour moi la priorité c'est l'alimentation : on ne sacrifiera la production à fin alimentaire au profit des agrocarburants. Je suis sûr qu'on a besoin des agrocarburants car on a besoin de diversifier notre énergie. Notre pays n'a ni gaz, ni pétrole. On ne peut pas se permettre de dépendre des autres. Défi énergétique est fondamental : le KW moins cher, le fuel qui pollue moins est celui qu'on ne consomme pas. Ensuite il faut consommer autre chose : la première source ce sont les énergies renouvelables. Le bilan énergétique et économique de ces agrocarburants   évolue avec temps. Les derniers études de l'Ademe montrent un bilan écologique positif et leur bilan économique devient de plus en plus positif avec l'augmentation du prix du pétrole. On peut améliorer leur bilan écologique avec ce qu'on appelle la deuxième génération d'agrocarburants qui va permettre d'utiliser l'ensemble des plantes et donc d'augmenter leur rendement sans augmenter la surface cultivée.

Autre dossier épineux, les OGM. Le débat reste passionnel alors qu’un projet de loi est sur la table. Quelle est votre vision du dossier ?

Je voudrais que la raison l'emporte sur la passion car c'est un sujet important et sérieux à la fois pour économie agricole et de la capacité du continent européen à ne pas dépendre de l’extérieur, et aussi pour l'environnement. Il faut se garder d'un côté et de l'autre de sentiments totalement idéologiques et accepter d'en discuter. Le maïs MON 810 a été interdit en 2008 en attendant l’avis communautaire. Si à l'avenir on autorise à nouveau des cultures, il faut que ceux qui en cultivent acceptent d'en parler et que ceux qui sont contre acceptent la loi du pays. Face aux risques pour l’environnement, le président de la République a pris une décision fondée sur le principe de précaution en activant la clause de sauvegarde. Maintenant, comment utiliser ce temps ? Il faut aller au bout de l’évaluation scientifique. La Haute autorité provisoire a affirmé avoir besoin de temps. Dans son premier avis, il y avait néanmoins des éléments positifs pour la santé humaine, moins de mycotoxines dans le maïs OGM, mais elle soulignait les risques de dissémination. Il y a beaucoup de travail à faire pour permettre la cohabitation la plus sereine possible entre ceux qui veulent cultiver avec OGM et ceux qui souhaitent cultiver sans.

Les associations écologistes mettent justement en cause la possibilité d’une coexistence sereine entre cultures : l’avis de la Haute autorité indiquait en effet des distances de dissémination de plusieurs kilomètres…

Le risque de dissémination ne vaut que de maïs à maïs : il n’y a pas de risque pour les autres cultures. Mais s'il y a   des interrogations on va aller au bout de la discussion, c'est pour cela qu'on a pris ce temps.

Y a-t-il aujourd’hui des essais en cours ?

Il y a des essais actuellement en plein champ ils n'ont jamais été interrompus. Le président de la République a toujours dit qu'on continuerait la recherche. Il y a des essais sur la vigne, des essais sur le peuplier et plusieurs demandes de tests en plein champ sur des surfaces de quelques hectares sont à l’étude. Quand vous voulais faire des essais pour un nouvel avion il faut bien les faire dans le ciel, et pas seulement en labo. On a besoin de cette recherche pour des raisons industriels, agricoles, thérapeutiques… la mucoviscidose, par exemple, est une maladie qui peut se soigner avec des recherches OGM. Je n'ai pas de position idéologique, je dis simplement : ne refusons pas le progrès par idéologie.

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