La planète Terre, pourra-t-elle nourrir les 9 milliards d’habitants qu’on attend en 2050 ? C’est une des questions que s’est posé Ghislain de Marsily, professeur émérite de géologie appliquée à l’Université Paris VI, lors du lancement, mardi à l’Unesco, de l’année Internationale de la planète Terre. Sa réponse est oui, mais à quel prix.
« Le problème, souligne ce membre de l’Académie des sciences, est la conservation de la biodiversité. » La FAO estime en effet que des 13 milliards d’hectares de la surface terrestre, seuls 4,2 seraient cultivables. Aujourd’hui environ 1,5 milliard d’hectares sont cultivés. Pour nourrir 9 milliards de personnes, 2,5 milliards d’hectares devraient être mis à la disposition de l’agriculture, ce qui impliquerait le défrichage d’espaces jusqu’à lors laissés à la nature. « Ou bien, il faudrait multiplier par 10 le taux de construction de canaux, barrages… », explique-t-il, ce qui cause autant de problèmes environnementaux.
Dans son tableau, le professeur imagine 600 000 hectares dédiés aux cultures destinées à produire de l’énergie (biocarburants, par exemple). « C’est insuffisant, affirme-t-il, à ce niveau-là, c’est pas la peine d’en faire. » Un milliard d’hectares demeureraient des espaces naturels protégés : « Est-ce que c’est assez ? », se demande le professeur. Personne n’a de réponse pour l’heure.
Des pistes d'action
Devant ce scénario de pression de l’homme sur le reste des espèces vivantes sur la planète, la solution serait-elle de limiter la croissance démographique ? « Seule la Chine a réussi à stabiliser sa population par des mesures drastiques », explique Ghislain de Marsily. Il paraît difficile de généraliser de telles politiques alors même que de tentatives dans cette direction, en Inde notamment, n’ont pas eu de succès. La clé de la solution semble surtout résider dans un changement de mentalités.
Le professeur souligne trois pistes pour mitiger les conséquences de la croissance démographique sur l’environnement. D’abord, il faut penser globalement et prendre conscience que chaque pays ne peut pas viser l’autosuffisance alimentaire. « Il faut optimiser la localisation des nouvelles terres mises en culture pour avoir un minimum de déforestation », souligne-t-il par exemple. Il y a ensuite une marge importante de progrès dans la disponibilité de nourriture si on lutte contre le gâchis : la quantité de nourriture jetée par un ménage dans les pays riches est près de 30% de la quantité achetée ! Dernière piste, « comment nourrir le monde, dépend aussi des habitudes alimentaires de ses habitants ». Quand on sait que la quantité de nourriture produite est fonction de l’eau introduite, cela va de soi que les productions les plus économes en eau ont aussi un bilan moins lourd pour les ressources de la planète. Or, pour produire une tonne de blé il faut 1000 m3 d’eau, alors qu’une tonne de bœuf en nécessite 13 fois plus. Va-t-on vers un monde végétarien ?
Pour que le développement de l’humanité se fasse de façon durable, la question de la gestion de ses ressources en terre et eau est essentielle. Le professeur de Marsily a prouvé que les sciences de la Terre ont un rôle à jouer à l’avenir pour mieux prendre en compte ces multiples enjeux. C’est justement le but de cette année internationale.
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Mis à jour 12-02-2008 20:35
La croissance démographique, un défi pour la planète
Lors de la conférence de lancement de l'Année internationale de la planète Terre, le professeur Ghislain de Marsily a souligné comment l'augmentation inévitable de la population mondiale met sous pression les ressources de la planète

Ghislain de Marsily, professeur émerite de géologie appliquée à l'Université Parsi VI. Photo : DR
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