Communiquer sur le tri des déchets, c’est un boulot à plein temps ! Fred, 34 ans, le sait bien. Depuis 10 ans, il est employé en tant que messager du tri à la Communauté d’agglomération Plaine centrale du Val-de-Marne (qui regroupe les communes d’Alfortville, Créteil et de Limeil-Brévannes (94) – un peu moins de 140 000 habitants). Comme tous les matins, Jérôme, le coordinateur, repartit les taches entre les cinq messagers. La matinée de Fred débute, sous une pluie torrentielle, par la visite d’un gardien d’immeuble.
Sur un territoire composé à 74% d’habitat vertical, le gardien d’immeuble est un important relais entre le messager et les citoyens. M. Slimani nous accueille et nous montre le récent aménagement de ses locaux poubelles. Dehors, un petit bâti avec des trappes pour la collecte sélective : plastique et papier ou verre. A l’intérieur, les déchets résiduels… Pourtant, tout ne marche pas comme il faudrait. Dans le bac à emballages, on retrouve, par exemple, un carton à pizza souillé.
Le point vert
« Dès que les gens voient le point vert sur un emballage, ils pensent qu’il est recyclable ou recyclé », constate Fred. En réalité, ce logo indique simplement que le fabricant reverse à l’éco-organisme Eco-emballages une participation pour contribuer, comme la loi le prévoit, au recyclage des emballages qu’elle met sur le marché. Les fonds ainsi obtenus sont reversés aux collectivités locales pour financer la collecte sélective de ces mêmes emballages. Le carton souillé ou les pots de yaourt, sont des « faux amis ». Il s’agit bien de papier et de plastique, mais ils ne sont pas recyclables. Ou plus précisément, ils ne sont pas recyclés car il n’existe, pour l’heure, pas de filière industrielle qui les retraite.
« Les gens nous disent souvent : ‘je paye les impôts, je paye le gardien, et en plus je dois trier !’ Or, payer des impôts ça ne donne pas le droit de faire n’importe quoi ! », s’indigne Fred. C’est alors par l’argument économique qu’il essaie de faire passer le message. Le tri mal fait finit en effet par coûter plus chère à la collectivité car les déchets doivent être déplacés deux fois : d’abord jusqu’au centre de tri, puis, s’ils ne sont pas recyclables, à l’incinérateur. C’est pourquoi Fred est formel : l’absence d’affiche expliquant le tri chez M. Slimani est à pallier. « Je pensais que la plaque ‘ordures ménagères’ sur la porte aurait suffit… », se justifie le gardien.
Le tri est mal maîtrisé
« Même si par rapport à il y a 10 ans, le tri est aujourd’hui accepté, dans la pratique, il est loin d’être appliqué de façon rigoureuse », constate Fred. Il est vrai que ce n’est pas facile d’être des trieurs parfaits ! A part les règles qui changent avec le temps, le tri n’est pas organisé de façon homogène sur tout le territoire national… même les bacs changent de couleur. Le rôle des messagers est alors loin d’être anodin.
Pour mieux cibler leur action de sensibilisation, le service environnement et déchets urbains a fait équiper les camions du prestataire de collecte d’un surprenant système GPS. A l’aide d’un boîtier, le conducteur peut notamment signaler si un bac a été refusé à cause de ‘tri non conforme’, ou si les déchets sont déposés ‘en vrac’ ou en ‘tas sauvages’ sur le trottoir. L’information arrive en temps réel au QG de Plaine centrale et le messager du tri peut se rendre sur place pour constater l’infraction ou simplement pour effectuer des opérations de communication. « Dans l’habitat collectif, on rencontre le gardien et on peut éventuellement distribuer des guides du tri ou faire du porte à porte », explique Fred. Mais attention, si vous habitez un pavillon, vous serez immédiatement repéré !
Une motivation de fer
Nous sommes allés voir à une adresse où un bac non conforme avait été signalé. Personne n’était là. Fred a alors glissé un petit papier dans la boîte à lettres. On y apprend que le dépôt de déchets en vrac est passible d’une amende de 45 à 150 euros… Le non-respect des consignes de tri n’est pas sanctionné par une amende et un numéro vert est là pour répondre à toute question sur la collecte des déchets. C’est d’ailleurs ce que va occuper l’après-midi de Fred... ce qui ne le ravit pas !
« J’adore être sur le terrain et surtout faire des animations avec les enfants à l’école, c’est pour ça que j’aime le métier de messager du tri », raconte Fred. Après toutes ces années sur le terrain, sa motivation n’a pas faibli, assure-t-il. Au contraire, ses convictions écolos se sont renforcées. « J’ai une copine qui travaille dans l’informatique qui gagne mieux sa vie, mais qui me dit : ‘je me sens inutile’. En revanche pour moi, l’action qu’on mène apporte un vrai plus à l’environnement», conclut-il avec satisfaction.







































