A six semaines des élections municipales, le journaliste Yvan Stefanovitch, publie Bertrand Le Magnifique. Quatre cents pages dans lesquelles l’auteur analyse la personnalité du maire de Paris et épluche les comptes de l’Hôtel de Ville et la gestion de la capitale depuis 7 ans. Interview.

Votre ouvrage aurait dû s’intituler Bertrand Le Maléfique…
Monsieur Bertrand Delanoë se prend pour un roi. Il vit dans sa tour d’ivoire là-haut. Il n’a plus trop le contact avec ses sujets. J’ai écrit ce livre avec l’aide d’anciens conseillers à lui. S’ils lui reconnaissent de nombreuses qualités, notamment son charisme et sa générosité, ils n’hésitent pas à pointer du doigt ses défauts. Son côté rancunier notamment qui risque de lui faire perdre les élections. Il est adepte du rapport de force, c’est un tueur. Pour les élections municipales, il a pris le contrôle de la fédération PS de Paris, dans l’hypothèse de devenir patron du parti socialiste cette année.Il l’a fait en coupant les têtes ce ceux qui lui résistent : ceux qui ont soutenu Jack Lang en 2001 ne sont plus sur les listes, comme ceux qui ont osé discuter ses choix, ceux qui ont soutenu Ségolène l’année dernière…

Quel bilan dressez-vous de cette mandature ?
Elle est nettement meilleure que celles de Jacques Chirac ou Jean Tiberi. Bertrand Delanoë a nettement réduit les gaspillages. Il y en a encore, mais par rapport à ce que c’était avant, c’est le jour et la nuit. Salaires fictifs, chauffeurs à tout va, piston pour les logements, tout ça, c’est fini ou presque. Il y a eu un effort considérable aussi au niveau des crèches. Même si il y a une stratégie derrière. Tout ce que fait Delanoë doit se voir médiatiquement et ça marche. Il a un service de communication cent fois plus performants que celui de Chirac ou Tiberi. En sept ans, 1 milliard 700 millions d’euros ont été dépensés pour les crèches. Pourquoi ? Parce que la crèche est visible. Des assistantes maternelles qui travaillent dans des logements sociaux, même si ça coûte moins cher, ça n’a pas d’intérêt car il n’y a aucun bénéfice d’un point de vue communication. Pas étonnant que le budget à la Direction générale de l'information et de la communication de l’Hôtel de Ville soit passé de 3,87 millions d'euros à 10,2 millions d'euros en 2006.

En sept ans, les impôts n’ont jamais augmenté…
La municipalité est étranglée. À Paris, il manque 600 éboueurs. Dans les crèches, il manque 1300 personnes. Dans les espaces verts, 1000 personnes. Alors c’est sûr, on peut ne pas augmenter les impôts pendant 7 ans. D’ores et déjà, il a annoncé une hausse s’il est réélu.

Vous êtes convaincu que la gauche va perdre le XIIe arrondissement. Pourquoi ?
En 2001, la gauche a gagné cet arrondissement alors qu’elle ne pensait pas du tout l’emporter. Ça s’est joué à 1000 voix. Le PS a mis a la tête du XIIe Michèle Blumenthal, qui n’a pour seule qualité que d’être pro-Delanoë, car toute la section était pro Jack Lang. C’est une ancienne professeur d’histoire, elle est sympa, mais elle n’a pas sa place à la tête d’une mairie. En réalité, la mairie du XIIe est dirigée par Bernard Gaudillère, directeur de cabinet de Delanoë. L’erreur de casting va coûter cher. Dans un arrondissement de gauche, les électeurs vont voter à droite. Les sondages le confirment, Jean-Marie Cavada obtient aujourd’hui 52% des intentions de votes…

L’enjeu va se jouer dans le XIVe..
Le XIVe est mieux tenu que le XIIe. Pierre Castagnou est une personnalité du PS, un baron, et il est apprécié…L’élection va se jouer à quatre-cinq sièges, pas plus. Dans des arrondissements comme le XVIIIe ou le XIXe, Delanoë risque de passer au premier tour s’il y a un effondrement des Verts, et donc, d’avoir moins de sièges.

Vous publiez ce livre à six semaines des élections. Votre but est-il de dissuader les électeurs de voter Delanoë ?
Pas du tout. Delanoë a des qualités et il a de grandes chances d’être élu… Et je suis loin de faire l’éloge de Mme de Panafieu. Il faudrait quand même qu’elle travaille de temps en temps. On peut reprocher beaucoup de chose à Delanoë mais personne ne pourra dire que ce n’est pas un grand bosseur.

Et si la droite gagne ?
SI la droite gagne, ce ne sera pas grâce à Françoise de Panafieu mais parce que la gauche aura perdu le XIIe. De la même manière qu’elle ne sera jamais maire de Paris. Si la droite gagne, c’est Jean-Marie Cavada que l’on verra à la tête de Paris. Il a 67 ans, il ne va pas concurrencer Sarkozy à l’Elysée. C’est bouclé.

Voyez-vous des similitudes entre Delanoë et Sarkozy ?
Clairement. Ce sont des as de la communication, grâce à Franck Louvrier pour l’un et Laurent Fary pour l’autre. Ensuite, ce sont deux Louis XIV, l’un est à L’Elysée, l’autre à l’Hôtel de Ville, l’un étale sa vie privée, l’autre fait preuve d’une prudence de sioux. SI Delanoë a choisi de mettre au grand jour son homosexualité en 2000, c’est pour qu’on le laisse tranquille après.

La vie privée du maire reste très préservée…
Bertrand Delanoë est quelqu’un de très discret. Il n’a jamais caché son homosexualité, mais, quelle que soit sa fonction, il ne marchera jamais dans la rue main dans la main avec quelqu’un. De même, c’est le seul homme politique qui n’ait pas de téléphone portable. Il a une ligne fixe à l’Hôtel de Ville, avec laquelle il joint ses amis et ses proches, mais il préserve sa vie privée. Pourquoi il n’y a jamais eu de photos de lui faites par des paparazzis devant son appartement ?

Comment percevez-vous l’après 16 mars ?
Si Delanoë est réélu, il y a de fortes chances qu’il laisse Anne Hidalgo (sa première adjointe ndlr) aux commandes et qu’il aspire à des fonctions plus importantes.

Bertrand Le Magnifique, Enquête au cœur du système Delanoë de Yvan Stefanovitch, éditions Flammarion, 400 pages, 20 euros.