Mis à jour 20-01-2008 19:41
Ce que Sarkozy a promis aux pêcheurs
Après les déclarations du Président à Boulogne-sur-Mer, le flou règne sur l'avenir qu'il souhaite pour la politique européenne de la pêche
La pêche en eaux troubles...
Le nombre de bateaux de pêche français a chuté de près de 40% en 15 ans, pour atteindre 5.346 navires métropolitains en 2005, soit 9% de la flotte européenne. Mercredi, Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la pêche, avait présenté un plan d'action de 310 millions d'euros sur trois ans pour venir en aide aux marins-pêcheurs, notamment destiné à la modernisation des bateaux pour réduire la consommation de gazole dont le coût n'a cessé d'augmenter.
Démagogie d’avant élections municipales ou position dans la continuité du Grenelle de l’environnement ? Les propos de Nicolas Sarkozy, devant les pêcheurs de Boulogne-sur-Mer samedi, restent flous, mais suscitent la polémique. Pour aider la pêche, « la première chose, c'est l'affaire des quotas: il faut qu'on en sorte, a affirmé le président de la République, et on a une opportunité pour en sortir : c'est que la France va présider l'Union européenne du 1er juillet au 31 décembre ».
Les quotas de la politique commune de la pêche (PCP), fixés en décembre pour l’année qui suit, ne satisfont, en effet, ni les pêcheurs, ni les écologistes. Pour les premiers, il s’avère difficile de faire des prévisions pour l’année à venir, ne sachant pas ce qu’ils auront le droit de pêcher. Effet pervers : « dans l’incertitude, les pêcheurs ont tendance à se dire : ‘je prends tout ce que je peux cette année’ », explique Stéphan Baucher, responsable de la campagne Océans à Greenpeace. De plus, « le système des quotas n’a pas de cohérence en termes de territoire : il faudrait le décentraliser », ajoute Charles Braine, responsable de la campagne pêche au WWF.
Les unités de gestion
« S’il s’agit de revenir sur les quotas avec plus de souplesse, en cours d’année ou de mettre en question les quotas eux-mêmes, ce serait une catastrophe », précise Stéphan Baucher. « Si en revanche, il s’agit d’aller vers des ‘unités de gestion concertées’ sur 5 à 15 ans, comme nous avons demandé lors du Grenelle, c’est positif. » Les Unités d’Exploitation et de Gestion concertées associent autour d’un territoire cohérent tous les acteurs de la filière pêche et des autres usages de la mer qui élaborent, par la concertation, une gestion de proximité dans le cadre de la PCP. Une fois définie une zone homogène au niveau biologique, « on fait l’inventaire globale des espèces qu’y résident, explique Stéphan Baucher, ce qui permet de connaître les interdépendances fortes entre espèces et la complexité de la chaîne alimentaire et de considérer l’écosystème dans son intégralité. Mais les pêcheurs n’en veulent pas de cette approche-là.»
Nicolas Sarkozy a plaidé de son côté pour une « sorte d'états généraux » entre scientifiques et pêcheurs et Michel Barnier pour des quotas triennaux, ce qui semble aller dans la bonne direction. Mais c’est à Bruxelles que sera tranché l’épineux dossier. « Le discours de Nicolas Sarkozy est présomptueux, commente Charles Braine, car il aura beau être à la présidence de l’Union européenne, la décision ne sera pas prise si d’autres sont contre. » Comme le rappelle Stéphan Baucher, « ce sont des dossiers très longs à faire évoluer : les temps de la politique sont bien plus lents de ceux de l’effondrement des stocks de certains poissons menacés ».











