Depuis combien de temps observe-t-on une mortalité élevée chez les abeilles ?
En France, la problématique de la mortalité des abeilles a commencé dans les années 1994/1995 avec l’utilisation agricole des pesticides systémiques. Le pesticide enrobe en effet la semence : les graines traitées ont l’apparence de la mort aux rats. À première vue, l’utilisation de ces pesticides paraissait positive car l’agriculteur semait et jusqu’à la récolte, il n’avait pas besoin d’effectuer de traitement aérien. Sauf que, l’ensemble de la plante en devient toxique. Les producteurs des deux pesticides systémiques mis en cause, le Régent et le Gaucho, avaient assuré qu’il n’y aurait toutefois pas de problème pour les abeilles, ce qui s’est révélé faux.
Les toxines de ces produits se diffusent dans toutes les parties de la plante, de la graine à la feuille, rendant toxiques pour les insectes les parties des plantes qu’ils visitent, les tuant par contact et ingestion. Un deuxième effet des pesticides systémiques est leur persistance dans le sol pendant plusieurs années et la rémanence dans les cultures. La toxicité persistante dans la terre pendant quelques années se transmet en effet aux cultures suivantes.
Ces pesticides ont été interdits ?
Dans les années 1994 1995, les apiculteurs ont déploré le désastre représenté par la disparition des abeilles à l’époque de la floraison du tournesol et du maïs, plantes traitées avec des pesticides systémiques. Il a fallu apporter une expertise scientifique pour démontrer l’insuffisance des évaluations apportés pour l’autorisation du Régent et du Gaucho. Seuls les fabricants avaient en effet apporté leur expertise. En 2004, le Conseil d’Etat a ainsi fait retirer le Régent et a partiellement suspendu l’utilisation du Gaucho lequel est encore autorisé pour les céréales et qui fait encore des dégâts. Il y a quand même eu une nette amélioration pour les abeilles.
Pourquoi contestez-vous l’autorisation accordée par le ministère de l’agriculture au pesticide Cruiser ?
Le Cruiser, autorisé le 9 janvier dernier contient une molécule encore plus toxique de ses prédécesseurs. Nous demandons le retrait de ce produit car il existent déjà des expertises de l’INRA et du CNRS et d’autres spécialistes de l’abeille qui démontrent sa toxicité. Nous avons demandé le 3 janvier au ministère de faire état aux experts de l’Afssa, de ces travaux. Le ministère s’appuie sur l’avis de l’Afssa pour autoriser un produit. Ces expertises ont été présentés le 16 janvier, mais l’Afssa ne paraît pas prendre en compte les éléments avancés.
Que contestez-vous dans l’avis de l’Afssa ?
Nous n’avons pas pu consulter l’expertise de l’Afssa que le jour de son autorisation. Nous avons découvert un protocole médiocre car il démontre notamment une méconnaissance de l’organisation de la colonie et des évaluations insuffisantes au niveau des surfaces concernées et du temps d’exposition des abeilles. L’autorisation a été donnée alors même que sur le terrain, dans les pays ou le Cruiser est utilisé, il engendre des énormes problèmes. En Italie, les apiculteurs dénoncent son utilisation à la suite de la mort de dizaines de milliers de colonies d’abeilles.
Que souhaitez-vous obtenir ?
Nous demandons un retrait immédiat car cette autorisation qui est contraire aux conclusions du Grenelle et son plan de restauration des pollinisateurs. Une autorisation ne devrait intervenir que lorsqu’on a une certitude, en revanche, le ministère autorise pour une période d’évaluation d’un an.
Au-delà e la France et de l’Italie, comment se portent les abeilles ailleurs dans le monde ?
La mortalité des abeilles est désormais un problème mondial, des Etats-Unis au Canada, de l’Australie à l’Europe. Aux Etats-Unis, la mortalité des abeilles atteint les 40-80%. Dans ce pays, les organismes génétiquement modifiés sont déjà utilisés depuis10 années et leur impact sur l’environnement n’a pas été suffisamment évalué. Plus de 99% des OGM sont des plantes pesticides, d’où la nécessité de mieux évaluer leur impact sur les abeilles. Nous ne sommes pas contre des expérimentations en milieu confiné et nous sommes favorables au progrès, mais il faut d’abord évaluer.
Pourquoi est-il aussi important de veiller à la protection des abeilles ?
Les abeilles sont bien aimées du grand public… elles font du miel et c’est bon. Ce que malheureusement ne savent pas toujours les décideurs politiques est que l’abeille est à elle seule responsable de 90% de la biodiversité végétale, sauvage et cultivée, de la planète. Le rôle de pollinisateurs des abeilles est essentiel pour 35% des ressources alimentaires mondiales. Aucune technologie humaine ne peut les remplacer : on ne peut pas se passer des abeilles.
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Mis à jour 17-01-2008 11:30
"Nous demandons le retrait de l'autorisation du Cruiser"
Béatrice Robrolle-Mary, présidente de l'association Terre d'abeilles, s'inquiète de l'effet du pesticide Cruiser sur les abeilles en France, à l'heure même qu'en Italie les apiculteurs dénoncent la responsabilité de cet insecticide dans la mort de plusieurs dizaines de milliers de ruches
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