Qu’est-ce que va changer la loi sur la « rétention de sûreté » examinée aujourd’hui par l’Assemblée Nationale ?
Pour le moment, un condamné qui est considéré comme dangereux, avec un risque de récidive constaté par des experts, peut se retrouver complètement libre lorsqu’il a purgé sa peine de prison. Avec cette loi, une commission composée de magistrats décidera si cette personne doit être placée en rétention. C’est à la fois une mesure de protection de la société et une mesure de soins.
Interviewé par RTL, Robert Badinter estime que cette loi crée un précédent dangereux car elle revient, selon lui, à sanctionner des faits qui n’ont pas encore été commis. Que pouvez-vous lui répondre ?
Qu’il existe déjà une mesure comparable : l’hospitalisation d’office. Quand un forcené est enfermé chez lui, armé et menaçant, il est interpellé, un psychiatre l’examine et le préfet ou le maire décident de l’interner. Il s’agit d’une mesure administrative que personne ne conteste. La retention de sûreté fonctionne sur le même principe.
Selon vous, il ne s’agit donc pas d’une rupture de nos principes juridiques ?
Non, la vraie rupture, c’est de dire qu’il davantage prendre en charge des gens qui commettent des actes graves, les suivre afin qu’ils ne récidivent pas. Que quelqu’un qui viole ou tue un enfant puisse ressortir et recommencer, c’est insoutenable pour les victimes, et c’est grave pour toute la société. C’est ma responsabilité politique de prévenir les crimes plus barbares.
La « rétention de sûreté » va-t-elle être appliquée à d’autres criminels que les pédophiles ?
Oui. Un amendement devrait l’étendre aux criminels les plus dangereux comme par exemple celui qui a violé et tué Anne-Lorraine Schmitt dans le RER. Typiquement, un individu comme Guy Georges, tueur en série, serait visé par les nouvelles dispositions.
Combien de personnes seront concernées en 2008 ?
Elles sont peu nombreuses mais correspondent à des cas très lourd. Nous en avons recensé entre 30 et 50. Deux centres de rétention seront créés, dès cette année à Fresnes, en banlieue parisienne, et à Lyon, l’an prochain. Je tiens à préciser que cette loi concerne d’abord les reoonnus comme dangereux à la fin de leur peine et qui nécessitent des soins.
Cette réforme passera-t-elle aussi par une plus grande utilisation du bracelet electronique ?
Oui, j’ai permis extension de l’application du bracelet electronique mobile. Une expérimentation a eu lieu dans le nord de la France, avec des délinquants sexuels lourds, qui a été concluante. En 2008, il y aura 3000 bracelets électroniques disponibles.
D¹une manière générale, le taux d¹aménagement des peines a augmenté de 40 % en un an. En clair, cela signifie que les alternatives à la prison sont de plus en plus utilisées. C’est pour moi très important : je tiens à ce que toutes les sanctions soient effectivement exécutées. Il faut penser à la sortie de prison dès la condamnation. J’ai souhaité axé ma politique sur l¹aménagement des peines. Je ne suis pas pour le tout répressif ou le tout carcéral. Je suis pour une réelle exécution des sanctions et une réelle réinsertion des détenus.
Vous attendiez-vous à rencontrer autant de résistance dans la réforme de la carte judiciaire ?
Oui. Parce qu’elle concerne des professions différentes, des administrations et qu’elle préoccupe naturellement les élus locaux. Tous n’ont pas forcément les mêmes conceptions. J’ai tenu à me déplacer sur le terrain pour écouter, comprendre, trouver des solutions. Cette réforme est complexe mais comme elle est nécessaire, elle se fera.
On a appris la semaine dernière que les ministres allaient être notés. Cela vous inquiète ?
Non ! D¹abord ce ne sera pas une note mais une évaluation régulière de l’application des réformes et de la réalisation des engagements de campagne du Président. Ensuite cela fait longtemps qu’on en parle. Je suis étonnée que ça sorte maintenant. Pour moi, les critères peuvent être le taux d’aménagement des peines, l’exécution des sanctions. J’ai été formée par le Président. L’évaluation, le fait de dire ce que l’on a dit, je connais cela depuis plus de cinq ans.
Nicolas Sarkozy décroche dans les sondages. Est-ce à cause de la conjoncture économique ? Parce qu’il affiche trop sa vie privée ?
Il y a une urgence à réformer profondément la France et les Français sont impatients de voir les mesures annoncées se réaliser. Alors on peut être populaire et ne rien faire. Mais parfois, il faut être un peu impopulaire pour faire passer certaines réformes. Peut-être aussi qu¹il faut mieux expliquer. Je reconnais que les enjeux de la réforme de la carte judiciaire n’ont pas toujours été compris.
Vous êtes candidate aux municipales à Paris, dans le VIIe arrondissement. On ne vous voit pas beaucoup dans le quartier…
J’y suis tous les jours et d’ailleurs j’y habite depuis le 1er janvier.
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Mis à jour 07-01-2008 20:38
« C’est ma responsabilité politique de prévenir les crimes les plus barbares»
La loi décriée sur l’enfermement des criminels ayant purgés leur peine est examiné aujourd’hui par les députés.

Rachida Dati Photo : D.R
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Bio express
Rachida Dati est né le 27 novembre 1965 à Saint-Rémy (Saône-et-Loire). Son père est un maçon marocain, elle a dix frères et sœurs.En 1987, après avoir obtenu une maîtrise de sciences économiques, elle intègre le groupe Elf-Aquitaine puis rejoint le groupe Matra de Jean-Luc Lagardère, qui finance son mastère à HEC.
En 1997, sur les conseils de Simone Veil, elle entre à l’école nationale de la Magistrature.
De 1999 à 2002 , elle exerce comme magistrate, notamment à Bobigny et Evry.
En 2002, elle rejoint le cabinet de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, comme conseiller technique. Depuis, elle a toujours fait partie des équipes de celui qui est aujourd’hui président de la République.
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