Ah, Glenn Gould ! Irritant, décadent, excentrique, mégalo, gonflé, sûr de lui... Un génie, un vrai ! Ceux qui ne connaissent pas ce pianiste canadien, né il y a 75 ans et mort il y a 25 ans, seront surpris par ses drôles de manières. Il s’asseyait très bas devant son clavier, chantonnait ou bougeait tout le corps en jouant, vêtu d’un gros manteau et d’une paire de mitaines été comme hiver... Voilà pour la partie visible.
Audace et merveilles
L’allure du bonhomme a beaucoup fait pour sa publicité. Il était d’ailleurs le premier à s’en amuser. Mais Gould ne serait pas devenu l’objet d’un véritable culte sans l’essence de son art, son jeu reconnaissable entre tous, détaché de toute tradition, et son répertoire très personnel, allant des virginalistes anglais du XVIIIe siècle à Schönberg, Krenek et autres pourfendeurs modernes de la tonalité. Les romantiques, Chopin, Liszt et compagnie ? Il les avait en horreur. Mozart ? “Mort trop vieux !” selon lui. Le public se précipitait aux concerts de ce jeune fou à gueule d’ange qui prenait des libertés totales avec les partitions. Lesquelles sonnaient comme vous ne les aviez jamais entendues...
Une vie en 80 disques
A l’âge de 32 ans, Gould décide d’arrêter sa carrière de concertiste pour commencer ce qu’il appelait son “histoire d’amour avec le microphone”. Ce solitaire pathologique poursuivit donc sa carrière en enregistrant des disques, qui firent s’arracher les cheveux aux critiques. Ces enregistrements, pour la plupart sensationnels, ont connu réédition sur réédition, mais on ne pourra plus faire mieux après ce très beau coffret, que Sony Classical vient de sortir en édition limitée. A l’intérieur, l’intégrale des albums studio, soit 80 CD dans des pochettes reproduisant les vinyles originaux, avec un son remastérisé. En bonus : la B.O. que Gould a composée pour le film Abattoir 5, des interviews et divers enregistrements inédits. De quoi remplir une vie, grâce au musicien le plus possédé par son art qui ait jamais existé.


































