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10-12-2007 Nicolas Rauline

"En France, on nie l'identité de peuples indigènes"

L'ONG Survival vient de publier une liste noire des pays oppressant les populations indigènes. Si la France n'y figure pas, un problème demeure toutefois en Guyane. Interview de la porte-parole de Survival France, Magali Rubino...

A l'occasion de la Journée internationale des Droits de l'homme, l'ONG Survival International a publié une "liste noire" des pays oppresseurs des droits des peuples indigènes. La porte-parole du bureau français, Magali Rubino, détaille cette liste.

Vous venez de publier une liste noire des pays oppressant les droits des peuples indigènes. Comment avez-vous établi cette liste ?

Magali Rubino (Survival France) : Nous avons d’abord inclus les quatre pays n’ayant pas signé la Déclaration des droits des peuples indigènes, pourtant approuvée par l’Assemblée des Nations Unies. Ces quatre pays, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, sont pourtant ceux où vivent les Indiens les plus célèbres dans l’imaginaire collectif : les Indiens d’Amérique du Nord, les Maoris et les Aborigènes.

Pour quelles raisons n’ont-ils pas signé cette déclaration ?
Cela fait près de dix ans que l’on planche sur ce texte et ces pays s’y sont opposés dès le départ. C’est dans la continuité de leurs positions. Ils trouvent la déclaration trop contraignante et craignent que cela ouvre la porte à l’auto-détermination de ces peuples. C’est ridicule car le texte est avant tout une déclaration de principes. Nous le considérons, au contraire, comme trop peu contraignant. Nous militons pour un autre texte, de l’OIT, qui obligerait les pays à appliquer concrètement certains principes.

Qu’attendez-vous de cette déclaration ?

Nous espérons qu’elle soit un peu l’équivalent de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Quels sont les autres pays de la liste noire et pourquoi ?
Nous avons choisi ces pays selon les combats que nous menons au quotidien. Ces pays représentent un danger pour la survie de certains groupes indigènes. C’est le cas notamment en Indonésie, au Botswana, au Brésil, au Pérou, au Paraguay et en Malaisie.

Y a-t-il des situations d’urgence parmi ces cas ?

Oui. Pour prendre un seul exemple, ce qui se passe au Pérou est très grave. Nous avons identifié plusieurs groupes d’Indiens isolés. On soupçonnait leur existence depuis quelque temps, mais nous n’avions pas pu les repérer. Un avion a récemment pris des photos aériennes de ces groupes. Or ils habitent une région que le gouvernement péruvien compte exploiter, une région où il y a du pétrole. Le Pérou refuse donc de reconnaître l’existence de ces peuples, alors même que nous en avons des preuves formelles. Dans un passé encore récent, les confrontations avec des groupes indigènes ont été très violentes. Jusque récemment, des chercheurs d’or exploraient des zones au Brésil et n’hésitaient pas à tuer des Indiens quand ils en rencontraient. On peut redouter la même chose aujourd’hui.

Les gouvernements ne sont pas les seuls en cause…

Il y a en effet un gros travail à réaliser auprès des compagnies pétrolières. Certaines ont essayé de se doter de codes de conduite récemment, mais ces codes font peur ! Une compagnie péruvienne a ainsi diffusé à ses employés des phrases à crier aux Indiens s’ils les rencontrent. En gros, cela disait ‘On n’est pas venus dans votre village pour chercher des femmes, nous en avons déjà’. C’est affligeant et on ne peut pas vraiment être rassurés si leur manière d’entrer en contact avec les Indiens est celle-là !

Dans la liste, vous avez privilégié des pays où il y a urgence, où certains groupes sont directement menacés. La liste pourrait-elle être étendue à d’autres causes ?

Oui. On peut tout simplement prendre l'exemple de la France. Ici, on ne parle pas de peuple indigène, on refuse de reconnaître une spécificité à certains groupes, alors que la situation est la même en Guyane. Il y a eu quelques aménagements avec les Kanaks en Nouvelle-Calédonie, mais la Guyane étant un département, on ne parle pas de leur droit à la terre. Du coup, on nie complètement l’identité de ces peuples et la situation sociale en Guyane est catastrophique. Un exemple : lors de l’ouverture d’un parc national en mars dernier, les Indiens avaient été consultés. Ils avaient soumis des idées alternatives, mais se sont rendus compte qu’au final, l’arrêté était exactement le même qu’avant la consultation. On n’a pas pris leur avis en compte. Quand on parle de peuples indigènes, en France, cela ne concerne que l’étranger.

La cause des peuples indigènes a été très médiatisée il y a quelques années, notamment avec l’engagement de Sting aux côtés de Raoni. Elle l’est moins aujourd’hui. Pourquoi ?

C’est vrai que le grand public va peut-être s’y intéresser davantage si des stars s’engagent. Une ‘chance’ aujourd’hui pour notre cause, c’est qu’en général, ces peuples connaissent parfaitement l’environnement et peuvent nous aider à comprendre beaucoup de choses sur l’écologie. Les Inuits, par exemple, alertent les gens sur les conséquences du réchauffement climatique depuis des années.

Et aussi
Le site de Survival France

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