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05-12-2007 22:04

"Les parents sont la chose que les enfants observent le plus"

Marcel Rufo est le grand spécialiste français de l’adolescence

Photo : Nicolas Richofer/Metro

Chef de service à l’hôpital de la Timone à Marseille, et responsable médical de la Maison de Solenn à l’hôpital Cochin à Paris, Marcel Rufo est le grand spécialiste français de l’adolescence. Dans son nouveau livre, « La vie en désordre, Voyage en adolescence » (Seuil), celui qui est également chroniqueur sur Europe 1 se remémore sa propre enfance, et décrit de nombreux cas passionnants qui nous éclairent sur les relations complexes entre les parents et leurs enfants.  
 
Dans votre livre, vous racontez que petit garçon, vous passiez des heures à lancer une balle contre un mur et que c’était peut-être une façon d’éloigner vos névroses…  
Je me sentais un peu abandonné pour être honnête. Mes parents travaillaient sur les marchés et me laissaient trois, quatre, cinq mois dans notre famille en Italie. A l’adolescence, j’adorais les romans d’anticipation… Ca, le jeu de balles, c’était fuir ma réalité d’enfant unique d’un couple un peu « difficile ». Je crois que c’est quand on apprécie les défauts de nos parents, pas leurs qualités, qu’on devient vraiment leurs enfants. Or au début, on voudrait que nos parents n’aient que des qualités. Et nous, on n’est jamais tout à fait l’enfant que nos parents souhaitaient avoir !   

Quels étaient les défauts de vos parents ?   
Mon père était très pudique, ne parlait pas beaucoup, et je me demandais souvent « est-ce que je l’intéresse ? ». Ma mère était tout en excès, toute en passion, comme la mère de Romain Gary dans « La promesse de l’aube ». Quand j’avais le prix d’excellence, elle me disait « fais-moi un signe quand tu seras à l’estrade ». Et puis c’est tout. Mais elle était là. C’était un bon mélange.   

Comprendre vos parents vous a-t-il aidé dans votre métier ?   
Disons que ça m’a rendu modeste avec la notion de « trop bons parents ». Des parents imparfaits, ça peut-être très utile. Les parents que je rencontre ont toujours tendance à se culpabiliser lorsque leurs enfants vont mal. Moi je m’appuie sur ma propre histoire pour dire « mais non, les parents peuvent aller plus ou moins bien, ça n’explique pas tout, loin de là ! »   

Dans beaucoup cas que vous racontez, les parents ont quand même un rôle central dans les névroses de leurs enfants…   
Les parents sont la « chose » que les enfants observent le plus. Ils observent et sont également émetteurs de la pensée parentale. C’est bien plus important que la génétique ! Lorsqu’on fait le regroupement familial, au lieu d’un test ADN, on devrait plutôt se demander si l’enfant ressemble à ses parents, dans ses actes, ses comportements. Quand vous voyez une chaîne d’ADN vous ne criez pas « papa ! », non ? (rires)  

Est-ce que chaque cas est unique ? 
 
Chaque cas est unique, avec des similitudes. Vous posez le problème du rationalisme et du désordre. Moi je préfère le désordre. Il y a une tendance mortelle en psy qui est de faire une classification stricte à l’Américaine en disant :  « tel symptôme = tel médicament ». Moi je préfère l’histoire, la narrativité. Mais je ne pense pas être majoritaire dans mon métier. Je suis même minoritaire.   

Votre travail à la Maison de Solenn consiste à ce que l’hôpital ressemble à tout sauf à une prison… Comment avez-vous eu l’idée de cet hôpital « transparent », ouvert sur la ville ?   
Dès le début, en emmenant des patients au cinéma, ou en week-end avec moi et en m’apercevant que c’était très difficile. Je devais tout faire moi-même, y compris bouillir l’eau ! La question de la Maison de Solenn, au-delà des ados, c’est « qu’est-ce que l’hôpital ? ». Pour moi, il doit être inscrit dans la ville et dans la vie. Il doit être « dehors dedans ». Etre à l’hôpital, ce n’est pas être enfermé entre quatre murs.   

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La Maison de Solenn fait des petits…   
C’est plus contagieux que la varicelle ! 25 ont déjà ouvert, 25 autres vont ouvrir. On sera à 100 dans les 5 ans qui viennent.   

Constate-on une pénurie de vocations en pédopsychiatrie ?   
Hélas ! Dans 20 ans, il y aura 40% de pédopsychiatres en moins, sans relève. On risque d’assister à la mort de cette discipline alors qu’elle aura à peine apparu. Bon, c’est BAC + 14, c’est un peu pénible... Je pense que l’avenir, c’est d’ouvrir le champ de la pédopsychiatrie aux psychologues, aux puéricultrices, aux généralistes, aux infirmières. Qu’elle soit transversale. Une discipline qui réussit ne doit pas appartenir à un noyau dur de spécialistes. En tout cas ce serait dommage qu’elle disparaisse car c’est le public qui a fait son succès. 80% des consultations sont spontanées !   

Vos écrivez beaucoup, vous faites de la radio sur Europe 1. C’est pour démocratiser votre discipline ?  
Bien sûr. Si on ne rend pas une spécialité populaire, elle n’existe pas. Moi en revanche je ne me sens pas populaire. Quand je me rase le matin, je ne me vois pas président !  

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