En 2005, « Les cerfs-volants de Kaboul », premier roman de Khaled Hosseini connaissait un succès planétaire : 42 traductions, huit millions d'exemplaires vendus dont plus de 400 000 en France, et une adaptation au cinéma signée Marc Forster. L’auteur américain d’origine Afghane revient avec Mille soleils splendides. Les Cerfs-volants de Kaboul avait pour protagonistes deux garçons, cette fois-ci, Hosseini choisit deux femmes : Mariam, femme soumise à son mari, qui ne parvient à tomber enceinte et Laïla, adolescente de 14 ans, maman avant l’heure. Sur fonds de violence et de misogynie, l’auteur raconte comment deux femmes que tout oppose vont s’allier pour fuir un pays où elles n’ont aucune liberté. Entretien.

Mille soleils splendides est-il la suite logique des Cerfs Volants de Kaboul ?
Le lieu est le même, il y a aussi des dénonciations, des sentiments, mais l’histoire est très différente. Mille soleils splendides parle de femmes, de maternité, et cette fois, Kaboul est vue dans l’œil d’un habitant, et non d’un exilé.

Etait-ce plus difficile pour vous de parler de femmes ?
J’avais sous-estimé la difficulté. J’ai écrit Les Cerfs Volants de Kaboul en quinze mois, en étant docteur à plein temps. Mille Soleils splendides m’a demandé deux fois plus de temps, et j’ai arrêté de travailler pendant l’écriture. Je ne voulais, en aucun cas, que le lecteur puisse se rendre compte que le roman avait été écrit par un homme et j’ai tout fait pour me mettre dans la peau d’une femme. Tous les espoirs et toutes les déceptions devaient être perceptibles.

En 2003, vous avez passé plusieurs semaines à Kaboul, qu’avez-vous retenu de ce voyage ?
J’ai discuté avec un maximum d’habitants, toutes catégories sociales confondues, pour essayer de comprendre à quoi ressembler le quotidien à Kaboul, avec Massoud et les moudjahidine. Un témoignage m’a particulièrement frappé. Un homme m’a dit qu’un soir, les tirs de rocket étaient si nombreux, qu’il était possible de lire le journal. Ou encore ce médecin qui m’a dit que pendant les affrontements avec les moudjahidine, sa salle d’attente était tellement bondée de blessés qu’il devait opérer sans même faire d’anesthésie.

Vous êtes retourné à Kaboul il y a deux mois…
Je n’ai pas eu le choc que j’avais eu en 2003. La ville est en partie reconstruite, les télécommunications se sont développées… Toutefois, je ne me suis pas senti en sécurité. En 2003, une nouvelle arme a été introduite en Afghanistan : l’attentat suicide à la bombe, dont le nombre ne fait que croître. La menace est permanente et la crainte palpable au quotidien. Chaque seconde, on se dit qu’un drame peut arriver…

Que pensez-vous de la manière dont les médias couvrent l’actualité en Afghanistan ?
La couverture de l’Afghanistan dans les médias se fait dans trois cas précis : les attentats suicides à la bombe, le nombre de personnes tuées par les forces de l’Otan, et bien sûr, la drogue… C’est pour cette raison que les films et les romans sont importants, ils donnent à voir une autre facette du pays : les gens ordinaires.

Vos livres sont plutôt tristes, avec des côtés optimistes et d’autres pessimistes, comment expliquez-vous qu’ils soient des best-sellers ?
Même s’il s’agit du roman, il y a une réalité certaine, avec des émotions fortes. Mes histoires sont universelles, elles parlent d’amitié, abordent le décès, la maternité, la trahison, la jalousie…

Pourquoi avoir choisi le roman ?
Jamais je n’aurais pu écrire des documents historiques. La fiction m’est venue spontanément. J’aime créer, j’aime quand les personnages font des choses inattendues et puis, ça me donne une certaine liberté.

Comment vos ouvrages ont-ils été accueillis en Afghanistan ?
Neuf lettres sur dix étaient très positives. Les Afghans se sont identifiés bien souvent à mes personnages. Les mauvaises critiques de lecteurs étaient essentiellement toujours faites à l’égard de sujets dits sensibles du pays. Les tensions ethniques par exemple.

Les cerfs volants de Kaboul sortira au cinéma en février prochain. L’adaptation vous a-t-elle plu ?
Bien sûr. Je n’ai été qu’un consultant officieux, près à répondre à toutes les questions du réalisateur Marc Forster et du scénariste David Benioff, qu’il s’agisse de la langue, des vêtements… Je ne voulais en aucun cas être intrusif. Je suis ravi, car le scénario est resté très fidèle au livre.

Mille Soleils Splendides sera-t-il adapté au cinéma ?
Sony a acheté les droits, et Steven Zaillan, qui a co-écrit La liste de Schindler, travaille sur le scénario.