Comment analysez-vous les événements de
Villiers-le-Bel ?
Le scénario est toujours le même : un problème
avec la police – bavure ou accident – qui génère des rumeurs. Ces rumeurs
peuvent être vrais, comme c’était le cas à Clichy-sous-Bois en 2005, ou
totalement infondés. Dans tous les cas, elle génère une colère et une
incompréhension qui amène à la violence. Dès la première nuit, il y a des
destructions importantes et des affrontements très rudes avec la police. Un
haut fonctionnaire de police a qui j’ai parlé hier m’a d’ailleurs dit
« Depuis 2005, tout le monde est plus aguerri. Nous et eux ». On est
dans une logique de guerre.
Comment en est-on arrivé là ?
On s’aperçoit que les relations entre
policiers et jeunes sont toujours aussi compliquées. On est resté dans le
schéma défini par Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur. La police de
proximité a été sacrifié au profit d’une police d’intervention et de maintien
de l’ordre, qui crée des tensions quotidiennes dans les quartiers. Pour le
reste, les problèmes de quartiers – éducation, transports, emploi - restent entiers. Les jeunes qui brûlent les
voitures ne sont que le bras armé de toute une population qui se débat dans des
problèmes insolubles. La facilité avec laquelle la violence a explosé à
Villiers-le-Bel est le symptôme éclatant que rien n’a bougé dans les banlieues.
Existe-t-il un risque de contagion comme en 2005 ?
En 2005, le mensonge était manifeste. Nicolas Sarkozy
affirmait que les policiers n’avaient pas poursuivi les jeunes. Or, le garçon
qui avait survécu disait le contraire. C’est ce mensonge qui a mis le feu aux
poudres. Là, on a deux morts, des affrontements mais la suite dépendra de la
qualité et de la sincérité de la communication faite par le gouvernement. Depuis Clichy, le pouvoir a compris que la
communication jouait un rôle clé dans ce type de crise.

































