Tenir son public sous tension pendant deux heures et demie quand on a à peine
25 ans, voilà qui plante un personnage. Pour sa première grande tournée, Keny
Arkana ne semble pas vraiment impressionnée. Dans une salle mythique – l’Olympia
– la jeune Marseillaise a crié, sauté, couru… comme si elle connaissait les
moindres recoins de cette scène. Une jolie performance d’autant que sa présence
scénique ne sacrifie pas la justesse de son rap. Keny Arkana est même capable
de performances vocales peu communes aujourd’hui dans le hip hop.
Le public était monté en puissance avec les deux groupes de la première partie : le
Lyonnais Experimental puis Kalash, un véritable groupe de scène, marseillais
comme Keny Arkana. Puis l’ambiance montait encore d’un cran avec l’entrée de la
jeune femme. Tee-shirt « Sarko nuit gravement à nos pensées », sweat
à capuche, bandana, pantalon court et tennis, la rappeuse a recréé sur scène
une partie de son univers : un banc, un graf réclamant l’annulation de la dette des
pays du Tiers Monde, une guitare…
« Nettoyer l’Elysée au Karcher »
D’entrée, Keny Arkana prend possession de la scène et l’ambiance devient
véritablement survoltée une fois « Nettoyage au Karcher » passée. La
salle reprend en chœur « on va nettoyer l’Elysée au Karcher ». Autre
ambiance qu’au très officiel Prix Constantin, il y a quelques jours, quand l’artiste
avait entonné la même chanson ! Le concert prend alors, un temps, un air
de meeting politique. Keny lance un appel à une réunion associative pour
dimanche, elle clame sa solidarité avec le mouvement étudiant contre la loi
Pécresse, appelle le public à lever le poing au cri de « Résistance ».
Un « El pueblo unido jamas sera vencido » est même improvisé.
Performances vocales
Puis Keny Arkana montre ses autres facettes. Capable de passer de « La
Rage », un morceau où son flow se transforme en cri et son cri en variation
vocale peu commune, à « Ils ont peur de la liberté », un morceau plus
ragga, puis de revenir à une chanson plus enragée, puis un rap a capella pour
terminer sur une interprétation acoustique de « J’me barre », un
morceau racontant ses fugues des foyers dans lesquels elle a été placé
adolescente… Le public de l’Olympia a été conquis.
Sans faire de bruit (en tout cas dans les médias), Keny Arkana est en train de
devenir l’une des artistes les plus créatives du hip hop français. Elle y
apporte en tout cas un vent de fraîcheur plutôt agréable. De par ses origines (argentines), de par son
parcours et par le mélange des genres qu’elle n’hésite pas à faire. « Un
autre rap est possible », en quelque sorte. Keny Arkana semble en train de
le prouver…
Keny Arkana au Prix Constantin :
Ses prochaines dates
Le 28 novembre au Rockstore à Montpellier
Le 4 décembre au Cargo à Caen
Le 6 décembre au Transbordeur à Lyon
Le 8 décembre au Plan à Ris-Orangis
Le 14 décembre au Dock des Suds à Marseille
