La 11e semaine de l’emploi et du handicap lancée lundi par l’association ADAPT a pour but de faire tomber les préjugés des entreprises vis-à-vis des demandeurs d’emploi handicapés, et à les inciter à embaucher. Même si, d’après Emmanuel Constans, président de l’ADAPT, « on a déjà franchi une étape grâce aux efforts de sensibilisation », un rapide coup d’œil sur la situation de l’emploi et du handicap en France montre qu’il y a encore du chemin à faire.
Le taux d’activité des handicapés est nettement inférieur à celui de la population en général (44% contre 68%). 250 000 d’entre eux sont au chômage, ce qui représente un taux deux fois plus élevé que celui de la population active (20% contre 9%).
Un des freins à leur embauche est leur niveau de formation, assez faible : 51% des demandeurs d’emploi handicapés ont un niveau BEP/CAP, 80% n’ont pas le bac. Cela est notamment dû, en amont, au déficit de scolarisation des enfants handicapés (problèmes d’accessibilité ou d’encadrement adapté).
Incitations-sanctions
La loi handicap du 11 février 2005 prévoit des incitations à l’embauche, sous forme d’allégement de charges ou de déduction supplémentaire. Valérie Létard, secrétaire d’Etat à la solidarité, a ajouté lundi la possibilité d’ « attribuer aux entreprises une subvention forfaitaire pour qu’elles puissent adapter le poste de travail mais aussi les locaux de l’entreprise aux personnes handicapées. »
Au-delà de ces incitations, la loi mise aussi sur les sanctions. Elle oblige les partenaires sociaux à négocier l’emploi des travailleurs handicapés au niveau des branches professionnelles (tous les trois ans) et au niveau des entreprises (tous les ans). De plus, elle étend à la Fonction publique l’obligation d’employer au moins 6% de travailleurs handicapés. C’est déjà le cas, depuis la loi de 1987, pour les entreprises privées de plus de 20 salariés. Si une entreprise ne joue pas le jeu, elle doit normalement reverser à l’Agefiph, fonds pour l’insertion professionnelle dans le secteur privé des personnes handicapées (ou le FIPH pour la fonction publique) l’équivalent de 600 fois le Smic horaire par travailleur handicapé non employé. Malgré cette mesure, 20 000 entreprises sont encore en deçà des 6%.
Embauche difficile mais satisfaisante
59% des entreprises jugent « difficile » l’embauche d’un travailleur handicapé : crainte d’une performance moindre et donc d’un report de la charge de travail sur les autres membres de l’équipe ; malaise avec le handicap ; coût de l’adaptation du poste et du lieu de travail.
Il apparaît au contraire que 93%* des entreprises sont satisfaites des travailleurs handicapés qu’elles emploient. 82% des salariés ayant un ou plusieurs collègues handicapés les perçoivent comme aussi performants, et 80% n’ont pas constaté de surcharge de travail. De plus, 88% disent que travailler avec une personne handicapée est une expérience enrichissante, de nature à modifier le regard sur le handicap et à donner du sens à leur travail. (sondage Louis Harris)
Handicapés au travail : bannir les préjugés
Les entreprises françaises embauchent encore trop peu d’handicapés

Photo : DR
Létard: "Si l’Etat n’est pas exemplaire, il ne peut pas exiger des efforts des entreprises"
Portrait : « Un collègue à part entière »
| La semaine pour l’emploi des personnes handicapées |
|---|
|
Le but de l’ADAPT est de sensibiliser, à travers plus de 150 actions
dans toute la France, le monde de l’entreprise à la problématique du
handicap et à l’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi
handicapés. « Nous devons inciter tous les professionnels, qu’ils
soient handicapés ou non, à travailler ensemble, car tout le monde y
gagnera à terme ». Cette semaine, ce sont les recruteurs qui vont aller
à la rencontre des candidats dans des forums, des job datings et des
handicafés. La liste des événements sur |
Chiffres
Chaque année, 468 000 Français en âge de travailler (de 20 à 64 ans)
connaissent une situation de handicap. Seuls 215 000 d’entre eux sont
officiellement reconnus comme étant handicapés. 85% des handicaps
s’acquièrent pendant la période d’âge actif, seuls 15% des handicaps
remontent à la naissance ou à l’enfance. Source Agefiph
Sondage

































