Quel premier bilan dressez-vous du
Grenelle de l’environnement ?
Il
y a encore étapes à suivre : le
mode de financement, les modalités d’application, le passage devant l’Assemblée
et les décrets d’application. Mais à ce stade, le bilan est très positif. Il
est positif d’abord parce qu’on est passés à une phase de travail et que, comme
le pacte écologique le souhaitait, on a réuni tous les acteurs sortant
l’écologie d’un ghetto. Si les engagements qui ont été pris au Grenelle sont
tous mis en œuvre, on aura fait un saut qualitatif énorme. On aura notamment
fait des avancées considérables dans le domaine du bâtiment, dans le domaine du
transport, dans le domaine de la gouvernance et probablement dans le domaine de
la fiscalité.
Je pense qu’il y a des sujets sur lesquels il va falloir remettre
le cœur à l’ouvrage comme l’agriculture, et d’autres sur lesquels on a été
faibles. Sur les déchets, par exemple, parce qu’on s’est intéressé simplement à
l’aval, à ce qu’on fait des déchets, mais on ne s’est pas intéressés à l’amont,
comment on responsabilise les producteurs et comment, par la réglementation et
la norme, on va opérer une décroissance du flux des déchets. On a été faibles
sur l’éducation, mais le Grenelle va se poursuivre sur ce thème. Quand je parle
d’éducation c’est au sens large. Il ne s’agit pas seulement des classes vertes,
mais comment on forme les grands corps de l’état, comment on rend obligatoire
dans toutes les grandes écoles la dimension du développement durable, comment
rendre obligatoires les formations pour ceux qui sont déjà aux commandes.
Dernière chose, si la trame verte pour la biodiversité est opposable, et cela
reste pour l’instant imprécis, ça sera structurant. Par contre on a été très
faibles pour ce qui concerne les DOM et les TOM, alors qu’il faut le rappeler, la France est parmi les 10
pays les plus importants pour la biodiversité pour grâce à l’outre-mer.
Vous travaillez avec
Barroso, est-ce qu’il y a des avancées… est-ce que le Grenelle sort des
frontières de la France ?
J’ai
proposé que la France
crée un groupe renforcé à 8 en Europe, car c’est plus facile d’avancer à 8 qu’à
27. Ce d’autant plus qu’il y a 8 pays qui représentent 80% des émissions de gaz à effet de serre en
Europe. Si eux, ils se mettent d’accord notamment sur la taxe carbone, il sera
plus facile de la faire accepter aux petits émetteurs.
L’Europe
a pris des engagements d’atteindre 20% d’énergies renouvelables, de réduire de
20% les émissions de GES et 20% et d’une
réduction de la consommation d’énergie de 20% d’ici à 2020. Je pense qu’on veut
aller plus loin : il y a des choses qu’on a proposé dans le Grenelle et
dans la Pacte
écologique que je vais essayer de faire remonter grâce à ma proximité avec
Barroso. Prenez la restauration collective : c’est un vrai marché pour le
bio, les labels, mais aussi pour
l’agriculture durable.
Est on prêts pour
une mobilisation telle celle que préconise Lester Brown dans son plan B ?
Je
ne pense pas qu’on soit prêts encore. Prenez le pétrole, regardez la panique
dans laquelle on est parce qu’on attend toujours le point crucial : on n’a
pas de plan B pour l’après-pétrole. Nous avons du pétrole partout, pas
seulement dans les réservoirs des voitures, mais, par le plastique, dans les
meubles, les téléphones portables…. Comment fait –on demain si l’on n’a plus de
pétrole. On va attendre le dernier moment pour déclencher ce plan Marshall, ça
c’est sûr. Il serait mieux de le déclencher progressivement mais radicalement pour être prêts à temps.
Aujourd’hui on est dans le réactif : on a un problème avec les pécheurs,
on va donner un peu d’argent, on va avoir un problème avec les routiers, on va
donner un peu d’argent… comme si ça allait tenir. A un moment ou à un autre il
n’y aura plus de pétrole au robinet. Plus on attend, plus ce sera
démocratiquement et socialement éprouvant. C’est donc maintenant qu’il faut
déclencher cette mobilisation.
Y a-t-il aujourd’hui une
volonté de la part des gouvernements ?
C’est
plus facile au niveau européen. Mais je pense au même temps qu’il ne faut pas
toujours attendre que la vertu soit contagieuse ou collective parce que même
sur un plan purement économique plus on se prépare tôt, plus on prend un
avantage économique.
On
a déjà fait un pas énorme. Avant on était dans le marketing, dans l’affichage.
La conviction qu’il va falloir bouger elle est là, la volonté aussi, mais elle
est partiellement entravée par des réalités quotidiennes. Parce selon qu’on
raisonne sur une échelle de temps courte ou une échelle de temps courte, les
priorités peuvent apparaître différentes. Il y a des réalités sociales à
prendre en compte : qu’est-ce qu’on fait avec nos pêcheurs, on peut les
subventionner ou peut-être les aider à se reconvertir. Si on avait su anticiper
on aurait pu leur proposer des bateaux de pêche avec des motorisations
différentes, on a attendu le dernier moment. Le problème est compliqué et c’est
bien pour cela qu’il a fallu changer.
Un des succès du Grenelle c’est justement
qu’on a changé tout le système de gouvernance, en mettant un numéro deux du gouvernement
à sa tête, en faisant en sorte que le Président s’implique, que le Conseil
économique et social se donne un troisième collège, que l’Assemblée se donne
une septième commission. Tout cela passe inaperçu, mais c’est très important
pour la suite des choses.
La vision des politiques est
souvent à court terme, liée aux échéances électorales, est-ce que cela
change ?
C’est
plus facile de réaliser les choses quand l’opinion est mature. Nous, on a
participé à créer la maturité de l’opinion sur ces sujets-là. On a eu une
démarche assez habile et constructive. On a montré aux politiques avec le Pacte
écologique qu’il y avait une disponibilité de l’opinion. Deuxièmement on est
arrivé avec du concret : quasiment tout ce qu’il y avait dans le Pacte écologique
a été acté au Grenelle. On les a aidés, mais maintenant c’est l’heure de la
responsabilité politique.
Le Giec aussi a donné une
plus grande visibilité aux problématiques environnementales ?
Le
Giec c’est la référence en termes de réchauffement climatique : c’et
important pour les décideurs comme pour les citoyens de savoir que ce groupe a
une autorité incontestable. Ce n’est pas une personne, ce n’est pas un groupe
de scientifiques ou un seul pays. C’est international et c’est
pluridisciplinaire.
Ce
groupe a été crée a un moment d’incertitude sur l’effet de serre. Avec une
prudence presque excessive, conforme à la rigueur scientifique, ils ont proposé
des modélisations qui s’avèrent exactes. Au fur et au mesure ils revoient leurs
fourchettes et, malheureusement, quand ils les revoient c’est à la hausse.
Qu’est-ce qu’on peut
attendre de cette nouvelle réunion du Giec ?
On
peut s’attendre qu’on soit un point de départ pour qu’on se mette vite d’accord
sur l’après Kyoto. Tant que Bush est là je ne pense pas qu’il y ait un
ralliement officiel de l’administration américaine. Les objectifs de Kyoto que
nous avons acceptés impliquent une division par 4 de nos gaz à effet de serre
et Kyoto ne représente que 6% du trajet. Une division par quatre si l’on tient
compte de l’augmentation du PIB, c’est une division par 10. C’est énorme et si
on veut que le changement nécessaire soit acceptable, il faut y aller
progressivement en fixant le cap. Il y a des outils, la norme, la
réglementation, la fiscalité.
Lire la suite de l'interview