Que pensez-vous de l’accord trouvé hier à Bruxelles ?

Internet a changé la donne en matière de jeux. Aujourd’hui, l’Union Européenne veut ouvrir  les paris sportifs en ligne. En tant qu’entreprise, ce qui m’intéresse, c’est que l’on soit dans un cadre qui ne soit plus contesté et dans un cadre responsable, propice au contrôle, car le jeu est une activité sensible qui doit être régie, dans l’intérêt des joueurs, par des règles strictes.  

Considérez-vous Internet comme une menace ?

Aujourd’hui, l’ensemble des paris sportifs représente 400 millions d’euros de chiffre d’affaires à la Française des Jeux, dont 10 millions réalisés sur Internet. Notre offre en ligne, qui existe depuis 2001, est très encadrée. C’est pourquoi elle représente moins de 2% de notre chiffre d’affaires, contre 15% pour les loteries scandinaves. S’agissant de l’ouverture du marché, la Française des Jeux sera toujours à l’aise dans un cadre de responsabilité et d’équité. Mais nous devons avoir le temps de nous préparer afin de pouvoir affronter la concurrence.  

Quels sont les risques du jeu sur Internet ?

Les paris sportifs sur internet cumulent trois risques. Le risque que les parieurs jouent trop. Les risques de corruption sportive : on l’a vu dernièrement avec le tennis. Enfin, les risques liés à Internet, qui permet à un opérateur de s’installer partout et de choisir sa localisation en fonction des avantages fiscaux d’un pays ou des facilités règlementaires d’un autre. La législation actuelle fondée sur un contrôle territorial doit être adaptée à la spécificité d’Internet. Il faut que le jeu soit réservé aux majeurs, que la consommation de jeux soit encadrée, c’est-à-dire qu’il y ait un plafond pour que personne ne se ruine en jouant 24 heures sur 24. Enfin, il faut que les paris aient un intérêt sportif.  

L’ouverture à la concurrence est-elle souhaitable ?

Cela va dans le sens de l’avènement d’Internet. Mais je rappelle que cela comporte aussi certains risques. Avec la multiplication des opérateurs, si ces opérateurs ne partagent pas les informations, il y a un risque, notamment en matière de blanchiment d’argent. Nous sommes prêts à partager les meilleures pratiques, comme nous l’avons fait avec 72 loteries européennes lorsque nous avons mis en place notre code européen sur les pronostics sportifs.  

Après les paris en ligne, peut-on envisager une ouverture plus large ?

La mise en demeure de la commission européenne concerne les paris en ligne. La Commission n’a pas posé la question des autres jeux. L’ouverture des paris sportifs sur internet est déjà en soi un événement important.