Le 18 juin 2003, un groupe de sympathisants de l’organisation des moudjaïdins du peuple iranien (OMPI) manifestent aux abords du bâtiment de la Direction de surveillance du Territoire (DST). Le motif ? Protester contre une arrestation massive perpétrée la veille à Auvers-sur-Oise auprès de sympathisants de l’OMPI, au cours de laquelle la présidente du conseil national de la résistance iranienne, Maryam Radjavi est arrêtée.
Au cour de cette manifestation aux abords des bâtiments du contre-espionnage français, trois manifestants s’immolent par le feu. Une personne, Sedighe Modjarevi succombe à ses blessures, tandis que deux autres manifestants sont gravement brûlés.
Aujourd’hui, la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris juge deux prévenus, Mahmood Alami, 55 ans, et Hossein Amini Gholipour, soupçonnés d’avoir encouragé la victime, Sedighe Modjarevi, à s’immoler. Pour la première fois, Marzieh Babakhani, grièvement brûlée après s’être aspergé d’essence, témoigne de son geste, et assure qu’elle « préfère mourir comme cela plutôt que d’être expulsé vers l’Iran ».
Que s’est-il passé dans la matinée du
17 juin 2003 ?
Nous étions une
centaine de membres et sympathisant du conseil national de résistance iranienne
regroupée dans un camp d’Auvers-sur-Oise. À six heures du matin, nous avons été
réveillés par des hauts parleurs qui criaient « Police !
Police ». Nous avons vu plusieurs centaines de policiers, armés et
cagoulés qui ont procédé à des interpellations.
Dans un premier temps, j’ai cru que c’était des gardiens de la révolution déguisés en policiers qui venaient nous arrêter. Je ne pouvais pas penser que c’était des policiers français qui étaient là. La veille, ils étaient encore là pour nous protéger. Comment est-il possible qu’une opposition venue se réfugier dans la patrie des droits de l’homme soit pointée du doigt, de la sorte, du jour au lendemain.
Nous avons fui notre pays afin d’échapper à un régime dictatorial qui tuait ces opposants. Il ne faut pas oublier que par le passé, les plus importants renseignements conte le régime iranien avaient été donner par les moudjaïdins du peuple à l’ensemble des états du monde. Ce matin-là, 1300 policiers ont arrêté 164 personnes qui étaient des combattants de la liberté. Après mon arrestation, je me suis dit qu’il n’y avait qu’une seule option : défendre ma conception de la liberté, coûte que coûte, et combattre le fascisme religieux qui avait cour en Iran.
Comment en êtes-vous arrivé à ce
geste extrême ?
J’étais une femme de 42
ans qui avait consacré sa vie à la défense de la démocratie et de la liberté.
En cela, j’étais prête à tous les sacrifices. Je me suis dit que la
seuie chose que j’avais, c’était mon existence. Alors j’ai pris ma décision.
Avez-vous conscience que votre geste
a pu paraître incompréhensible, voir extrême aux yeux de l’opinion
publique ?
Quand je suis passé à
l’acte, je n’ai pas pensé à cela. Dans la résistance française, lorsque les
combattants de la liberté avalaient du cyanure pour échapper à l’ennemi, on ne
se posait pas ces questions. Je ne choisis pas les épreuves, je veux les
surpasser. Je suis une femme musulmane. Dans ma religion, il est interdit
de se suicider, c’est un péché de desepérer de la volonté de dieu. Je voulais
être le porte voix d’une jeunesse opprimée.
Je devais parler de ces injustices. J’ai une cinquantaine d’amis français qui ont compris mon geste. Il faut savoir qu’aujourd’hui, la situation en Iran est plus grave que jamais. Les opposants sont arrêtés, d’autres sont pendus sur place publiques. Jamais dans l’histoire moderne de l’Iran, un régime religieux fasciste n’a autant été protégé par des puissances occidentales. Regarder les médias en France, pourquoi ne parle t-on pas de la situation dans ce pays. Tout le monde sait qu’il a été condamné à 53 reprises par l’ONU. Par son intégrisme, par son terrorisme, l’Iran fait désormais peur au monde entier. Cela doit cesser.
Craignez-vous la décision du
tribunal ?
Pas du tout. Je n’ai
aucune crainte. Je considère être la première victime de ce tribunal. On est en
train d’accuser une femme éprise de liberté. Une femme libre doit pouvoir agir
comme elle le souhaite. Les décisions ont été prises sans l’aide de personne.
J’ai fait le choix de mon geste en conscience, et les autres aussi. Je suis
vivante aujourd’hui, donc je témoigne.


































