“Trente ans pour faire la lumière sur ce dossier, quelques heures pour moi.” Neuf heures de réquisitions, quand même. Qu’importe si, dans la salle d’audience bondée, ça roupille un peu, ça consulte ses SMS ou ça épluche discrètement la presse. Les jurés tiennent bon, s’aidant un peu de leurs mains pour soutenir leurs têtes probablement alourdies par quatre semaines d’un procès dense et complexe.L’avocat général revient dans les détails sur “cette affaire, placée sous le signe de la malédiction”. Il développe les signes de l’irrésistible influence qu’avait l’accusé sur la victime. Agnès Le Roux, c’était “une sorte de maillon faible lorsque traîne dans les parages Jean-Maurice Agnelet. Il a la stature et la beauté physique”. Une aura à laquelle, comme d’autres, ne résiste pas l’héritière de casino du Palais de la Méditerranée mystérieusement disparue à la Toussaint 1977.

“Sangsue sentimentale”
L’époque est alors à la guerre des casinos. Soutenu par Jacques Médecin dans son projet de faire de Nice le Las Vegas français, Jean-Dominique Fratoni cherche un moyen d’éliminer la concurrence du Palais de la Méditerranée. Il y parviendra grâce à Agnès. Une attitude dictée par Agnelet, affirme l’avocat général : “Elle n’a été dans cette posture de revendication [de sa part d’héritage, ndlr] que quelques mois avant sa disparition ; à une époque où non seulement Agnelet est à ses côtés, mais où Agnelet la manipule.”

En contrepartie, 3 millions de francs sont versés sur un compte suisse commun à Agnès Le Roux et à Jean-Maurice Agnelet, puis rapidement transférés dans une autre banque, où seul Agnelet dispose des droits de retrait. Ce dernier n’aurait alors plus eu besoin de la jeune femme éprise, devenant très encombrante. “Agnès va devenir une sorte de sangsue sentimentale. Il a le sentiment qu’elle ne se détachera jamais. Il est affolé, cet homme. Agnès souffre mais ne lâche pas. Agnès signe son arrêt de mort”. Comme à Nice l’an dernier, il réclame vingt ans de réclusion. Le verdict est attendu cet après-midi.