Pour Clara
Extraits des six nouvelles lauréates du premier prix Pour Clara
Le premier Prix Clara 2007,
destiné aux écrivains de moins de 17 ans, a été remis par Christine
Albanel, la ministre de la Culture, à six auteurs (Amandine Pohu, Noémie Eloy,
Maud Lecacheur, Hermine Lefebvre, Ludivine Manric et Paola Termine) retenus
parmi plus de 600 adolescents qui ont participé à un grand concours de
nouvelles organisé en collaboration avec le quotidien L’Actu.
Les six textes ont été rassemblés
dans un recueil intitulé "Pour Clara" que publient les Editions
Héloïse d’Ormesson. Le prix a été créé en mémoire de Clara, une
adolescente décédée en 2006 des suites d'une malformation cardiaque. Les
bénéfices de l'opération seront versés à l'association pour la recherche en
cardiologie de l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris.
Le jury 2007, présidé par Erik
Orsenna, et qui comprenait notamment quatre adolescents, a choisi six
textes qui "dessinent
les contours d'une génération parfois torturée mais aussi porteuse de rêve et
prise d'ailleurs".
Amandine Pohu,
Le Monde d’En-Bas
Dans un paragraphe d’une quinzaine de lignes minimum, vous
expliquerez clairement l’origine de notre cité.
Kerian
soupira. La fin de l’année approchait et il n’avait aucune envie de travailler
à ce genre de choses. Le contrôle d’histoire devant lequel il se trouvait n’avait
rien de très intéressant. Kerian savait tout cela. À quoi bon le lui demander
dans une copie qu’il jetterait aussitôt qu’on la lui aurait rendue ? Il perdait
un temps fou alors qu’à cet instant il aurait pu se trouver à l’Académie d’Ébène.
Malgré tout, il s’empara de la longue plume argentée qui se tenait penchée dans
le porte-plume posé sur le bureau, et commença à écrire. Notre belle cité, entièrement construite en bois ensorcelé, a
été bâtie au sommet des immenses arbres de la forêt dite enchantée. Nous
ignorons si elle existe depuis toujours ou si des êtres venus d’En-Bas auraient
eu l’idée de sa réalisation. Nos explorateurs ont découvert bien des documents racontant
la Catastrophe, survenue il y a plusieurs milliards d’années.
C’est un des moments les plus importants de l’histoire de la
Grande Cité : les êtres d’En-Bas, humains comme nous, ont été victimes de la
Terre que les eaux ont subitement inondée. Face à ce phénomène terrible, plusieurs
peuples ont décidé de monter habiter dans les arbres. Un document, retrouvé
récemment par notre très célèbre explorateur Eilan construite de bois non enchanté. Au fil des
années, la découverte de la magie a permis la résistance de ce bois et le
confort y a enfin été possible, car des sortilèges puissants assurent la
légèreté de la Grande Cité. Ainsi, les arbres ne ploient pas et de grands
bâtiments ont pu être érigés sans risque d’écroulement. Plus personne n’est
jamais retourné En-Bas depuis la Catastrophe, car on suppose que l’eau y est
toujours présente et notre peuple, ne sachant plus nager depuis de nombreuses
générations, préfère ne pas s’y risquer de peur de se noyer.
Voilà
qui devrait faire l’affaire, pensa Kerian en reposant sa plume et en prenant sa
tête dans ses mains quelques secondes afin de retrouver un peu d’inspiration et
de réfléchir à d’éventuels oublis. Mais non, il semblait qu’il avait tout dit.
Il jeta un coup d’oeil à la question suivante sans grand enthousiasme. Dans un paragraphe argumenté, vous traiterez la question : «
La Grande Cité est-elle la première puissance mondiale ? » Enfin une bonne question ! Malheureusement, ce que
l’adolescent avait à dire sur ce sujet n’était sûrement pas ce que le
professeur d’histoire et géographie attendait. Mais peu importait, il voulait s’exprimer
librement et mettre ses idées au clair. Sentant l’inspiration monter en lui, il
reprit sa plume si rapidement qu’il fit tomber sa règle sur le sol. Tous les
élèves levèrent les yeux de leurs copies pour le dévisager. Le professeur
voulut observer ce qui se passait puis, voyant qu’il n’y avait pas grand-chose
d’intéressant, se replongea dans sa lecture silencieuse, allant et venant entre
les tables.
Noémie Éloy,
Journal intime d’un vampire
Après
un long dimanche pluvieux, je rentrais chez moi, longeant les murs
vermoulus de la rue inondée. Sous mes pas, l’eau semblait se frayer un chemin,
se faufilant dans les moindres recoins de ce sol vieilli par la vie. Quand soudain
je trébuchai sur un petit livret noir à reliure ambrée. Intriguée, je me
baissai pour le ramasser. Malgré les trombes d’eau tombées durant toute la
semaine, le carnet était miraculeusement intact et sec, j’en conclus que son
possesseur venait à l’instant de l’égarer. Personne dans les parages. Curieuse
de nature, je décidai de le ramener chez moi pour en examiner le contenu. À
peine rentrée, je montai avec empressement dans ma chambre. Les mains
tremblantes, la respiration haletante, je l’ouvris et pus déchiffrer sur la
première page écrite d’une main nerveuse :
JOURNAL
INTIME D’U N VAMPIRE
Vendredi
28 octobre
3h02. Réveil en sueur, j’ai besoin de sang… Ma tête tourne, ma vue
se brouille, mes membres se raidissent, mes lèvres sont comme figées par l’envie,
mes poils se dressent à chacun de mes frissons. Je ne sais plus qui je suis
quand je me trouve dans cet état ! J’ai peur de moi-même, de ce que je suis
capable de ressentir lorsque mes crocs n’ont plus, depuis longtemps, effleuré
de chair fraîche, bu de sang nouveau, ce limpide et délicieux breuvage qui m’enivre.
J’ai également peur de ne pouvoir résister, de me laisser envahir une fois de
plus par ce que me commande mon corps… Mes pulsions ne doivent en aucun cas
prendre le pas sur ma raison, il faut que je leur tienne tête, que je me prouve
que je ne suis pas réduit à l’état de pantin. Je dois m’occuper l’esprit, les
mains, la mâchoire, et ne plus y penser sous peine d’être possédé par cet être
perfide et sans scrupules qu’est la concupiscence de mes plaisirs qui, je le
sais, me poussera à rechercher une nouvelle victime. Chasser ses yeux perçants,
ne pas sentir la montée d’adrénaline m’envoûter, ne pas perdre toute notion de
nature humaine.
Vite,
trouver quelque chose à faire ! Se préparer un bon breuvage et puis, diantre,
adviendra ce qu’il adviendra…
5 h 30. Je l’ai encore fait, j’ai recommencé, je m’en veux
horriblement… Je me dégoûte ! Qui suis-je réellement pour décider ainsi de la
vie d’innocents ? Suis-je destiné à n’être qu’un humanoïde perdu en ce bas
monde, égaré dans une société gangrenée par la corruption et la déchéance ? Je
ne suis qu’une lamentable créature sous l’emprise du mal, assoiffée de sang.
Pourtant, j’arrive encore, Dieu seul sait comment, à m’accrocher à ce monde qui
n’est désormais plus tout à fait mien…
20 h 34. La question du jour en cours de psychologie analytique était
d’une banalité exemplaire : «Comment vous décririez-vous ? » J’ai, tout d’abord,
hésité à formuler ma réponse, ayant peur de choquer, d’attirer l’attention par
trop de franchise. Finalement, je me suis lancé et j’ai écrit d’une traite,
sans réfléchir :
«Me voici tel que je suis : un mètre quatre-vingt-dix,
cheveux bruns mi-longs, yeux noirs, visage aux traits assez fins, regard
souvent vague et égaré. Méfiant par nature, dégoûté par la cruauté du monde,
Maud Lecacheur,
Kronen
Je
suis dans le train, entourée d’inconnus que
je ne connais pas. Ne cherchez pas le pléonasme, cherchez l’insistance. Je me
suis assise au fond du dernier compartiment, désert. J’ai préféré fuir les
autres passagers que de toute façon je ne reverrai jamais. Seule, je suis
seule. L’ennui ne tarde pas à se faire sentir : cette foisci, pas de
physionomie à dévorer, pas de scène à décomposer. Dommage, ça tue le temps.
Parfois même, ça instruit. Je m’humilie un peu en m’y rabaissant, mais peu
importe, je redoute trop l’ennui. La crainte a raison de mon orgueil : comme
les gens qui s’emmerdent dans l’avion, dans la voiture ou dans le train, je
regarde par la fenêtre.
La
fenêtre. J’observe longuement, songe à ce qui peut tant fasciner les gens, mais
je demeure perplexe.
Les
paysages ne m’ont jamais attirée. Certes, c’est peut-être apaisant, magique,
angoissant ; mais pas de mystère, pas d’échange. Et puis c’est beau, c’est
laid, mais ça n’a pas l’intensité du visage. Je me lasse vite de la fenêtre. Je
n’en ai tiré qu’une chose: dehors il pleut. Il pleut fort. Si fort qu’on
croirait que c’est la nuit, si fort qu’on ne saurait dire où l’on est. Je suis
là au milieu de toute cette pluie. Je me sens oppressée par ces millions de
gouttes. Oppressée, encore plus seule. J’ai froid. Le train part dans quatre
minutes. Un inconnu pousse la porte du compartiment, il a quitté le sien pour
plus de tranquillité sans doute. Il me regarde, me demande s’il peut rester là,
en face de moi ; je lui réponds que oui, les places ne sont pas réservées. Je n’essaie
pas de freiner l’adrénaline. Non, je la laisse envahir mon cerveau, puis je me
délecte de la suite.
J’exulte,
je m’extasie, je m’excite. Enfin une vraie physionomie, et pas des moindres. Il
est brun, aux yeux verts. C’est déjà beaucoup. Mais la délicatesse de ses
traits s’impose, je dirais presque avec trop d’harmonie. Il a le cou comme une
tige, gracile et élancé, c’est sublime, on n’en est que plus ébloui par son
visage.
Fantasmer,
voilà un bon passe-temps. Je suis les lignes, les belles lignes de son menton,
de sa mâchoire ; les belles lignes de son front, de ses tempes. J’aime les
hommes linéaires. Chez lui, c’est fin, c’est délicat. Délicat comme chez la
femme. C’est harmonieux, et il le sait. Il s’est assis sur la banquette, de
façon à ce que je ne manque aucun de ses gestes. Je ne suis pas idiote, je sais
bien que ma présence n’est qu’un détail. Il connaît les femmes… J’aimerais le
connaître, qu’il me connaisse, pour tuer le temps. Les meilleures discussions
naissent de l’ennui. Hélas, je n’ai que deux heures.
Il
sort un livre de son sac, d’une main experte l’ouvre à la bonne page. Serait-ce
un homme qui lit ? Il gagne un point. Je me tortille en tous sens pour tenter
de déchiffrer le titre, en vain. Ah ! Je saurai.
–
Vous lisez ?
–
Hum… Oui. C’est un roman très récent, écrit par une femme.
–
Je vois… Ensemble, c’est tout d’Anna Gavalda ?
–
Hum… Non. Cherche du côté de la Belgique.
Une pensée
pour cet auteur que j’adule. Évidemment. S’il la lit, j’ai une chance
inattendue, une sorte de brèche pour faire basculer la conversation. Mais c’est
étrange, voire quasi inconcevable qu’un type comme lui puisse lire une femme
comme elle. Après tout, combien de gens lisent réellement de nos jours ?
Surtout ses livres à elle.
Hermine Lefebvre de Martens,
Le Médaillon mystérieux
Je tournai la tête, mes rivaux étaient encore loin. Je pressai cependant mon étalon noir, Tornade. Le cheval
banda ses muscles et d’un élan puissant accéléra encore. Ses sabots foulaient
la piste dans un bruit de tonnerre et sa crinière qui claquait au vent me
fouettait le visage. La ligne d’arrivée était proche maintenant. J’entendais
les acclamations de la foule massée près des tribunes. Ivre de joie, je
franchis l’arrivée en hurlant. Tornade, emporté, ne s’arrêta que quelques
dizaines de mètres plus loin. Il était blanc de sueur et avait l’air exténué.
Entouré par la foule vociférante, je sautai à terre, le pris par la bride pour
le faire marcher. Mes jambes tremblaient de fatigue et de la tension accumulée pendant
la course, mais je ne m’en rendais pas compte. J’avais gagné.
Des
hommes debout sur les gradins agitaient leur chapeau ; les femmes, plus
modérées, applaudissaient gaiement. Parmi des visages inconnus, j’aperçus enfin
Hélène de Gloire, fille du gouverneur de l’île et soeur de mon pire ennemi,
Alain de Gloire. Elle me salua de la tête en souriant.
Je
m’inclinai et, cueillant une fleur, y posai un doux baiser avant de la brandir
dans sa direction. Elle rougit tout en acceptant le présent. J’étais fou d’elle
depuis son arrivée trois ans auparavant. Ses longs cheveux blonds ondulaient
dans son dos, recouverts par un large chapeau orné de dentelles. Qu’elle me
semblait belle dans sa robe blanche ! Ses beaux yeux bruns brillaient,
rayonnant d’étoiles de lumière. Je parvins à grand-peine à détourner mon regard
d’elle.
Je
vis Alain arriver. Il était quatrième et furieux. Il sauta de son cheval
épuisé, jeta les rênes à un palefrenier et quitta le terrain à grands pas. Je
ne pus résister à l’envie de lui adresser un geste de victoire. Il me lança un
regard incendiaire, mais ne s’arrêta pas. Haussant les épaules, je détournai la
tête et observai l’arrivée des concurrents. Quelques minutes plus tard, les
derniers coureurs terminèrent le parcours. La grande course annuelle de Verte
Baie venait de s’achever. Je rejoignis mes amis John Swur et Albert Manch. Ils
étaient arrivés respectivement troisième et septième. Nous nous félicitâmes mutuellement.
La course de Verte Baie était éprouvante pour les hommes comme pour les
chevaux. Il fallait une attention de tous les instants pour ne pas buter sur le
terrain difficile ou éviter ses rivaux acharnés. Un grand silence se fit
soudain. Le juge Bored allait proclamer les résultats. Nous nous rapprochâmes,
fendant la foule. L’homme, debout sur son estrade, avait l’air un peu ridicule
avec sa lourde perruque poudrée. Il remplaçait le gouverneur sous prétexte d’un
léger malaise de celui-ci. Je savais que ce dernier avait en fait craint de
perdre la face si son fils n’arrivait pas premier, ce que je trouvais risible.
M. Bored toussa une ou deux fois puis, déroulant un parchemin, annonça : –
Voici maintenant les résultats de la vingtième course de Verte Baie. Est
vainqueur Jack Spadassin sur Tornade !
Sous les
applaudissements de la foule, je m’approchai de la tribune et grimpai à côté de
lui. Il me serra la main, assurant que c’était « magnifique qu’un cavalier
aussi jeune montre tant de qualités », qu’il espérait me « voir rejoindre
bientôt l’armée de Sa Majesté » et ainsi de suite. Son discours dura une bonne
dizaine de minutes. J’avais du mal à me retenir de bâiller, j’étais épuisé
après la rude course, mais le juge parlait, parlait et parlait. À la fin, au
moment où, perdant patience, j’allais lui sauter à la gorge, il me remit une
médaille dorée ainsi qu’une énorme coupe d’argent. Je le remerciai et,
embarrassé de ces présents,
Ludivine Manric
Parce que c’était toi, parce que c’était moi
–
Et tu promets de ne le raconter à personne ?
–
T’inquiète pas ! Je l’emporterai dans la tombe.
–
Ce sera le symbole de notre amitié. Ça formera un lien entre nous que rien ne
pourra briser.
–
J’ai une idée. Tu as un don avec ta plume. Ton avenir est dans l’écriture. Et
moi je ne suis douée que pour le dessin, la BD. Cette histoire, aucune de nous
ne la publiera par respect pour l’autre. Mais si l’autre n’est plus là ?
–
Si l’une de nous meurt, notre amitié disparaîtra. Alors la survivante publiera
cette histoire. Moi en BD, toi en roman. Ce sera en mémoire de la défunte.
–
Tu veux dire que notre récit remplacera celle qui aura disparu?
–
Oui, en gros c’est ça.
–
Mais un livre ne peut remplacer un être cher !
–
Cela dépend du contenu. Et cette histoire représente notre amitié,
notre
lien.
–
D’accord!
Sarah
me tendit un bout de verre. Elle s’était déjà fait une entaille. Je pris la
lame et la pressai contre mon doigt.
–
Allez, tends ta main, fit Sarah.
Et
nos sangs se mêlèrent, scellant ainsi notre destin.
–
Sonia, réveille-toi !
J’ouvre
lentement les yeux. Mathieu est penché au-dessus de moi.
–
Tu vas être en retard à ton rendez-vous.
–
Veux pas y aller !
–
Debout, marmotte !
Je
me lève tant bien que mal et me dirige vers la salle de bains.
Mathieu
me suit en me racontant sa journée d’hier. Son patron lui a donné une promotion
; il est le meilleur journaliste de sa rédaction.
Ça
m’énerve. Moi, je n’arrive à rien. Toutes les maisons d’édition refusent mes
manuscrits. Trop long, trop court, pas assez intéressant. Tous les prétextes
sont bons.
–
Hé, tu m’écoutes ? s’exclame le grand journaliste.
–
Oui, oui.
–
Tu vas faire quoi après ton rendez-vous ?
–
Je vais proposer mon roman à différentes maisons d’édition.
Puis
je vais me faire jeter comme d’habitude et je vais rentrer préparer le repas
pour le champion de la maison, celui qui a réussi.
–
Jalouse !
–
Qui, moi ? dis-je innocemment.
–
Tes histoires sont très bien et tu seras une grande romancière, affirme Mathieu
en me prenant tendrement dans ses bras. Mais ses câlins ne me consolent pas. Je
me délivre de son étreinte et me dirige vers la porte d’entrée.
–
Bon, j’y vais. À ce soir.
Dehors, l’air
est frais. Je marche tranquillement jusqu’au métro. Paris est bruyant. Trop
bruyant. J’aimerais être dans une maison perdue au fin fond de la cambrousse.
Je m’échappe dans mon rêve et m’imagine déjà en train de m’occuper des poules
et de ramasser les oeufs dans ma grande ferme. Une douleur me ramène
brutalement à la réalité. Le temps de comprendre ce qui m’arrive et je me
retrouve
Paola Termine,
Pleure pas trop fort
18
h 30, c’est ce qu’indique le réveil sur mon bureau. Nous sommes mercredi, je n’ai pas fait mes devoirs. Je ne
compte pas les faire. Qu’estce que font la plupart des jeunes quand ils n’ont
rien à faire ? Ils regardent la télé, ou ils jouent à l’ordi, les plus intellos
lisent. Moi, je déteste lire. Je ne regarde pas la télé non plus. Je suis une
fille, mais je ne passe pas des heures au téléphone. Le matin, je m’habille
avec le premier jeans et le premier T-shirt de mon placard. Je mange un bol de
céréales et je vais en cours quand j’en ai le courage. Je ne suis pas « fashion
» ni « gothique ». Je suis tout simplement moi. Mais bon, passons à autre chose
avant que ça ne devienne saoulant.
Je vais
dans la cuisine prendre un morceau de chocolat. Il y a Lucas qui regarde la
télé dans le salon et ma mère est au travail. Vous voulez savoir où est mon
père ? Même si vous ne voulez pas le savoir, je vais vous le dire. Il est en
prison. Pour trafic de drogue. Il s’en prend pour sept ans. Ma mère ne veut
plus entendre parler de lui. Moi non plus. Lucas le connaît à peine. Il a foutu
la merde dans toute la famille. Pourquoi il a fait ça ? Bonne question ! Je ne
sais pas et je ne veux pas le savoir. Vous commencez un peu à me connaître. À
être intrigué par cette histoire. Ou peut-être pas. Bref, je continue. Je suis
donc dans la cuisine à manger mon chocolat. J’ai déjà pris le courrier et jeté
les lettres de l’école. Il faut que Lucas prenne sa douche. Je m’approche de la
télé et je l’éteins.
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Copyright Héloïse d'Ormesson 2007