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08-11-2007 20:54

Pour Clara

Extraits des six nouvelles lauréates du premier prix Pour Clara

Jeunes écrivains primés

Pour Clara
Editions Héloïse d’Ormesson
256 pages, 10 euros

Le premier Prix Clara 2007, destiné aux écrivains de moins de 17 ans, a été remis par Christine Albanel, la ministre de la Culture, à six auteurs (Amandine Pohu, Noémie Eloy, Maud Lecacheur, Hermine Lefebvre, Ludivine Manric et Paola Termine) retenus parmi plus de 600 adolescents qui ont participé à un grand concours de nouvelles organisé en collaboration avec le quotidien L’Actu.  

Les six textes ont été rassemblés dans un recueil intitulé "Pour Clara" que publient les Editions Héloïse d’Ormesson. Le prix a été créé en mémoire de Clara, une adolescente décédée en 2006 des suites d'une malformation cardiaque. Les bénéfices de l'opération seront versés à l'association pour la recherche en cardiologie de l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris.

Le jury 2007, présidé par Erik Orsenna, et qui comprenait notamment quatre adolescents, a choisi six textes qui "dessinent les contours d'une génération parfois torturée mais aussi porteuse de rêve et prise d'ailleurs".


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Amandine Pohu,
Le Monde d’En-Bas

Dans un paragraphe d’une quinzaine de lignes minimum, vous expliquerez clairement l’origine de notre cité.

Kerian soupira. La fin de l’année approchait et il n’avait aucune envie de travailler à ce genre de choses. Le contrôle d’histoire devant lequel il se trouvait n’avait rien de très intéressant. Kerian savait tout cela. À quoi bon le lui demander dans une copie qu’il jetterait aussitôt qu’on la lui aurait rendue ? Il perdait un temps fou alors qu’à cet instant il aurait pu se trouver à l’Académie d’Ébène. Malgré tout, il s’empara de la longue plume argentée qui se tenait penchée dans le porte-plume posé sur le bureau, et commença à écrire. Notre belle cité, entièrement construite en bois ensorcelé, a été bâtie au sommet des immenses arbres de la forêt dite enchantée. Nous ignorons si elle existe depuis toujours ou si des êtres venus d’En-Bas auraient eu l’idée de sa réalisation. Nos explorateurs ont découvert bien des documents racontant la Catastrophe, survenue il y a plusieurs milliards d’années.

C’est un des moments les plus importants de l’histoire de la Grande Cité : les êtres d’En-Bas, humains comme nous, ont été victimes de la Terre que les eaux ont subitement inondée. Face à ce phénomène terrible, plusieurs peuples ont décidé de monter habiter dans les arbres. Un document, retrouvé récemment par notre très célèbre explorateur Eilan   construite de bois non enchanté. Au fil des années, la découverte de la magie a permis la résistance de ce bois et le confort y a enfin été possible, car des sortilèges puissants assurent la légèreté de la Grande Cité. Ainsi, les arbres ne ploient pas et de grands bâtiments ont pu être érigés sans risque d’écroulement. Plus personne n’est jamais retourné En-Bas depuis la Catastrophe, car on suppose que l’eau y est toujours présente et notre peuple, ne sachant plus nager depuis de nombreuses générations, préfère ne pas s’y risquer de peur de se noyer.

Voilà qui devrait faire l’affaire, pensa Kerian en reposant sa plume et en prenant sa tête dans ses mains quelques secondes afin de retrouver un peu d’inspiration et de réfléchir à d’éventuels oublis. Mais non, il semblait qu’il avait tout dit. Il jeta un coup d’oeil à la question suivante sans grand enthousiasme. Dans un paragraphe argumenté, vous traiterez la question : « La Grande Cité est-elle la première puissance mondiale ? » Enfin une bonne question ! Malheureusement, ce que l’adolescent avait à dire sur ce sujet n’était sûrement pas ce que le professeur d’histoire et géographie attendait. Mais peu importait, il voulait s’exprimer librement et mettre ses idées au clair. Sentant l’inspiration monter en lui, il reprit sa plume si rapidement qu’il fit tomber sa règle sur le sol. Tous les élèves levèrent les yeux de leurs copies pour le dévisager. Le professeur voulut observer ce qui se passait puis, voyant qu’il n’y avait pas grand-chose d’intéressant, se replongea dans sa lecture silencieuse, allant et venant entre les tables.

Noémie Éloy,
Journal intime d’un vampire

Après un long dimanche pluvieux, je rentrais chez moi, longeant les murs vermoulus de la rue inondée. Sous mes pas, l’eau semblait se frayer un chemin, se faufilant dans les moindres recoins de ce sol vieilli par la vie. Quand soudain je trébuchai sur un petit livret noir à reliure ambrée. Intriguée, je me baissai pour le ramasser. Malgré les trombes d’eau tombées durant toute la semaine, le carnet était miraculeusement intact et sec, j’en conclus que son possesseur venait à l’instant de l’égarer. Personne dans les parages. Curieuse de nature, je décidai de le ramener chez moi pour en examiner le contenu. À peine rentrée, je montai avec empressement dans ma chambre. Les mains tremblantes, la respiration haletante, je l’ouvris et pus déchiffrer sur la première page écrite d’une main nerveuse :

JOURNAL INTIME D’U N VAMPIRE

Vendredi 28 octobre

3h02. Réveil en sueur, j’ai besoin de sang… Ma tête tourne, ma vue se brouille, mes membres se raidissent, mes lèvres sont comme figées par l’envie, mes poils se dressent à chacun de mes frissons. Je ne sais plus qui je suis quand je me trouve dans cet état ! J’ai peur de moi-même, de ce que je suis capable de ressentir lorsque mes crocs n’ont plus, depuis longtemps, effleuré de chair fraîche, bu de sang nouveau, ce limpide et délicieux breuvage qui m’enivre. J’ai également peur de ne pouvoir résister, de me laisser envahir une fois de plus par ce que me commande mon corps… Mes pulsions ne doivent en aucun cas prendre le pas sur ma raison, il faut que je leur tienne tête, que je me prouve que je ne suis pas réduit à l’état de pantin. Je dois m’occuper l’esprit, les mains, la mâchoire, et ne plus y penser sous peine d’être possédé par cet être perfide et sans scrupules qu’est la concupiscence de mes plaisirs qui, je le sais, me poussera à rechercher une nouvelle victime. Chasser ses yeux perçants, ne pas sentir la montée d’adrénaline m’envoûter, ne pas perdre toute notion de nature humaine.

Vite, trouver quelque chose à faire ! Se préparer un bon breuvage et puis, diantre, adviendra ce qu’il adviendra…

5 h 30. Je l’ai encore fait, j’ai recommencé, je m’en veux horriblement… Je me dégoûte ! Qui suis-je réellement pour décider ainsi de la vie d’innocents ? Suis-je destiné à n’être qu’un humanoïde perdu en ce bas monde, égaré dans une société gangrenée par la corruption et la déchéance ? Je ne suis qu’une lamentable créature sous l’emprise du mal, assoiffée de sang. Pourtant, j’arrive encore, Dieu seul sait comment, à m’accrocher à ce monde qui n’est désormais plus tout à fait mien…

20 h 34. La question du jour en cours de psychologie analytique était d’une banalité exemplaire : «Comment vous décririez-vous ? » J’ai, tout d’abord, hésité à formuler ma réponse, ayant peur de choquer, d’attirer l’attention par trop de franchise. Finalement, je me suis lancé et j’ai écrit d’une traite, sans réfléchir :

«Me voici tel que je suis : un mètre quatre-vingt-dix, cheveux bruns mi-longs, yeux noirs, visage aux traits assez fins, regard souvent vague et égaré. Méfiant par nature, dégoûté par la cruauté du monde,

Maud Lecacheur,
Kronen

Je suis dans le train, entourée d’inconnus que je ne connais pas. Ne cherchez pas le pléonasme, cherchez l’insistance. Je me suis assise au fond du dernier compartiment, désert. J’ai préféré fuir les autres passagers que de toute façon je ne reverrai jamais. Seule, je suis seule. L’ennui ne tarde pas à se faire sentir : cette foisci, pas de physionomie à dévorer, pas de scène à décomposer. Dommage, ça tue le temps. Parfois même, ça instruit. Je m’humilie un peu en m’y rabaissant, mais peu importe, je redoute trop l’ennui. La crainte a raison de mon orgueil : comme les gens qui s’emmerdent dans l’avion, dans la voiture ou dans le train, je regarde par la fenêtre.

La fenêtre. J’observe longuement, songe à ce qui peut tant fasciner les gens, mais je demeure perplexe.

Les paysages ne m’ont jamais attirée. Certes, c’est peut-être apaisant, magique, angoissant ; mais pas de mystère, pas d’échange. Et puis c’est beau, c’est laid, mais ça n’a pas l’intensité du visage. Je me lasse vite de la fenêtre. Je n’en ai tiré qu’une chose: dehors il pleut. Il pleut fort. Si fort qu’on croirait que c’est la nuit, si fort qu’on ne saurait dire où l’on est. Je suis là au milieu de toute cette pluie. Je me sens oppressée par ces millions de gouttes. Oppressée, encore plus seule. J’ai froid. Le train part dans quatre minutes. Un inconnu pousse la porte du compartiment, il a quitté le sien pour plus de tranquillité sans doute. Il me regarde, me demande s’il peut rester là, en face de moi ; je lui réponds que oui, les places ne sont pas réservées. Je n’essaie pas de freiner l’adrénaline. Non, je la laisse envahir mon cerveau, puis je me délecte de la suite.

J’exulte, je m’extasie, je m’excite. Enfin une vraie physionomie, et pas des moindres. Il est brun, aux yeux verts. C’est déjà beaucoup. Mais la délicatesse de ses traits s’impose, je dirais presque avec trop d’harmonie. Il a le cou comme une tige, gracile et élancé, c’est sublime, on n’en est que plus ébloui par son visage.

Fantasmer, voilà un bon passe-temps. Je suis les lignes, les belles lignes de son menton, de sa mâchoire ; les belles lignes de son front, de ses tempes. J’aime les hommes linéaires. Chez lui, c’est fin, c’est délicat. Délicat comme chez la femme. C’est harmonieux, et il le sait. Il s’est assis sur la banquette, de façon à ce que je ne manque aucun de ses gestes. Je ne suis pas idiote, je sais bien que ma présence n’est qu’un détail. Il connaît les femmes… J’aimerais le connaître, qu’il me connaisse, pour tuer le temps. Les meilleures discussions naissent de l’ennui. Hélas, je n’ai que deux heures.

Il sort un livre de son sac, d’une main experte l’ouvre à la bonne page. Serait-ce un homme qui lit ? Il gagne un point. Je me tortille en tous sens pour tenter de déchiffrer le titre, en vain. Ah ! Je saurai.

– Vous lisez ?

– Hum… Oui. C’est un roman très récent, écrit par une femme.

– Je vois… Ensemble, c’est tout d’Anna Gavalda ?

– Hum… Non. Cherche du côté de la Belgique.

Une pensée pour cet auteur que j’adule. Évidemment. S’il la lit, j’ai une chance inattendue, une sorte de brèche pour faire basculer la conversation. Mais c’est étrange, voire quasi inconcevable qu’un type comme lui puisse lire une femme comme elle. Après tout, combien de gens lisent réellement de nos jours ? Surtout ses livres à elle.

Hermine Lefebvre de Martens,
Le Médaillon mystérieux

Je tournai la tête, mes rivaux étaient encore loin. Je pressai cependant mon étalon noir, Tornade. Le cheval banda ses muscles et d’un élan puissant accéléra encore. Ses sabots foulaient la piste dans un bruit de tonnerre et sa crinière qui claquait au vent me fouettait le visage. La ligne d’arrivée était proche maintenant. J’entendais les acclamations de la foule massée près des tribunes. Ivre de joie, je franchis l’arrivée en hurlant. Tornade, emporté, ne s’arrêta que quelques dizaines de mètres plus loin. Il était blanc de sueur et avait l’air exténué. Entouré par la foule vociférante, je sautai à terre, le pris par la bride pour le faire marcher. Mes jambes tremblaient de fatigue et de la tension accumulée pendant la course, mais je ne m’en rendais pas compte. J’avais gagné.

Des hommes debout sur les gradins agitaient leur chapeau ; les femmes, plus modérées, applaudissaient gaiement. Parmi des visages inconnus, j’aperçus enfin Hélène de Gloire, fille du gouverneur de l’île et soeur de mon pire ennemi, Alain de Gloire. Elle me salua de la tête en souriant.

Je m’inclinai et, cueillant une fleur, y posai un doux baiser avant de la brandir dans sa direction. Elle rougit tout en acceptant le présent. J’étais fou d’elle depuis son arrivée trois ans auparavant. Ses longs cheveux blonds ondulaient dans son dos, recouverts par un large chapeau orné de dentelles. Qu’elle me semblait belle dans sa robe blanche ! Ses beaux yeux bruns brillaient, rayonnant d’étoiles de lumière. Je parvins à grand-peine à détourner mon regard d’elle.

Je vis Alain arriver. Il était quatrième et furieux. Il sauta de son cheval épuisé, jeta les rênes à un palefrenier et quitta le terrain à grands pas. Je ne pus résister à l’envie de lui adresser un geste de victoire. Il me lança un regard incendiaire, mais ne s’arrêta pas. Haussant les épaules, je détournai la tête et observai l’arrivée des concurrents. Quelques minutes plus tard, les derniers coureurs terminèrent le parcours. La grande course annuelle de Verte Baie venait de s’achever. Je rejoignis mes amis John Swur et Albert Manch. Ils étaient arrivés respectivement troisième et septième. Nous nous félicitâmes mutuellement. La course de Verte Baie était éprouvante pour les hommes comme pour les chevaux. Il fallait une attention de tous les instants pour ne pas buter sur le terrain difficile ou éviter ses rivaux acharnés. Un grand silence se fit soudain. Le juge Bored allait proclamer les résultats. Nous nous rapprochâmes, fendant la foule. L’homme, debout sur son estrade, avait l’air un peu ridicule avec sa lourde perruque poudrée. Il remplaçait le gouverneur sous prétexte d’un léger malaise de celui-ci. Je savais que ce dernier avait en fait craint de perdre la face si son fils n’arrivait pas premier, ce que je trouvais risible. M. Bored toussa une ou deux fois puis, déroulant un parchemin, annonça : – Voici maintenant les résultats de la vingtième course de Verte Baie. Est vainqueur Jack Spadassin sur Tornade !

Sous les applaudissements de la foule, je m’approchai de la tribune et grimpai à côté de lui. Il me serra la main, assurant que c’était « magnifique qu’un cavalier aussi jeune montre tant de qualités », qu’il espérait me « voir rejoindre bientôt l’armée de Sa Majesté » et ainsi de suite. Son discours dura une bonne dizaine de minutes. J’avais du mal à me retenir de bâiller, j’étais épuisé après la rude course, mais le juge parlait, parlait et parlait. À la fin, au moment où, perdant patience, j’allais lui sauter à la gorge, il me remit une médaille dorée ainsi qu’une énorme coupe d’argent. Je le remerciai et, embarrassé de ces présents,

Ludivine Manric
Parce que c’était toi, parce que c’était moi

– Et tu promets de ne le raconter à personne ?

– T’inquiète pas ! Je l’emporterai dans la tombe.

– Ce sera le symbole de notre amitié. Ça formera un lien entre nous que rien ne pourra briser.

– J’ai une idée. Tu as un don avec ta plume. Ton avenir est dans l’écriture. Et moi je ne suis douée que pour le dessin, la BD. Cette histoire, aucune de nous ne la publiera par respect pour l’autre. Mais si l’autre n’est plus là ?

– Si l’une de nous meurt, notre amitié disparaîtra. Alors la survivante publiera cette histoire. Moi en BD, toi en roman. Ce sera en mémoire de la défunte.

– Tu veux dire que notre récit remplacera celle qui aura disparu?

– Oui, en gros c’est ça.

– Mais un livre ne peut remplacer un être cher !

– Cela dépend du contenu. Et cette histoire représente notre amitié,

notre lien.

– D’accord!

Sarah me tendit un bout de verre. Elle s’était déjà fait une entaille. Je pris la lame et la pressai contre mon doigt.

– Allez, tends ta main, fit Sarah.

Et nos sangs se mêlèrent, scellant ainsi notre destin.

– Sonia, réveille-toi !

J’ouvre lentement les yeux. Mathieu est penché au-dessus de moi.

– Tu vas être en retard à ton rendez-vous.

– Veux pas y aller !

– Debout, marmotte !

Je me lève tant bien que mal et me dirige vers la salle de bains.

Mathieu me suit en me racontant sa journée d’hier. Son patron lui a donné une promotion ; il est le meilleur journaliste de sa rédaction.

Ça m’énerve. Moi, je n’arrive à rien. Toutes les maisons d’édition refusent mes manuscrits. Trop long, trop court, pas assez intéressant. Tous les prétextes sont bons.

– Hé, tu m’écoutes ? s’exclame le grand journaliste.

– Oui, oui.

– Tu vas faire quoi après ton rendez-vous ?

– Je vais proposer mon roman à différentes maisons d’édition.

Puis je vais me faire jeter comme d’habitude et je vais rentrer préparer le repas pour le champion de la maison, celui qui a réussi.

– Jalouse !

– Qui, moi ? dis-je innocemment.

– Tes histoires sont très bien et tu seras une grande romancière, affirme Mathieu en me prenant tendrement dans ses bras. Mais ses câlins ne me consolent pas. Je me délivre de son étreinte et me dirige vers la porte d’entrée.

– Bon, j’y vais. À ce soir.

Dehors, l’air est frais. Je marche tranquillement jusqu’au métro. Paris est bruyant. Trop bruyant. J’aimerais être dans une maison perdue au fin fond de la cambrousse. Je m’échappe dans mon rêve et m’imagine déjà en train de m’occuper des poules et de ramasser les oeufs dans ma grande ferme. Une douleur me ramène brutalement à la réalité. Le temps de comprendre ce qui m’arrive et je me retrouve

Paola Termine,
Pleure pas trop fort

18 h 30, c’est ce qu’indique le réveil sur mon bureau. Nous sommes mercredi, je n’ai pas fait mes devoirs. Je ne compte pas les faire. Qu’estce que font la plupart des jeunes quand ils n’ont rien à faire ? Ils regardent la télé, ou ils jouent à l’ordi, les plus intellos lisent. Moi, je déteste lire. Je ne regarde pas la télé non plus. Je suis une fille, mais je ne passe pas des heures au téléphone. Le matin, je m’habille avec le premier jeans et le premier T-shirt de mon placard. Je mange un bol de céréales et je vais en cours quand j’en ai le courage. Je ne suis pas « fashion » ni « gothique ». Je suis tout simplement moi. Mais bon, passons à autre chose avant que ça ne devienne saoulant.

Je vais dans la cuisine prendre un morceau de chocolat. Il y a Lucas qui regarde la télé dans le salon et ma mère est au travail. Vous voulez savoir où est mon père ? Même si vous ne voulez pas le savoir, je vais vous le dire. Il est en prison. Pour trafic de drogue. Il s’en prend pour sept ans. Ma mère ne veut plus entendre parler de lui. Moi non plus. Lucas le connaît à peine. Il a foutu la merde dans toute la famille. Pourquoi il a fait ça ? Bonne question ! Je ne sais pas et je ne veux pas le savoir. Vous commencez un peu à me connaître. À être intrigué par cette histoire. Ou peut-être pas. Bref, je continue. Je suis donc dans la cuisine à manger mon chocolat. J’ai déjà pris le courrier et jeté les lettres de l’école. Il faut que Lucas prenne sa douche. Je m’approche de la télé et je l’éteins. 

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