« Qui ne saute pas n’est pas Français ! » Les 79 312 veinards venus assister à ce premier match du Mondial ont la banane. Et on les comprend. Depuis le temps qu’on l’attendait ce match.
Dans les allées qui mènent au monument le plus célèbre de Saint-Denis, devant la basilique, ça sent la friture et la merguez. La bière coule à flot. On chante, on danse entre Argentins et Français.
Plus d’une heure avant le coup d’envoi, les travées sont pleines. Sous une chasuble verte, bleue, rouge ou jaune (selon le coin du stade), les supporteurs crient leur joie. La cérémonie peut commencer.
Des légendes du ballon ovale font leur entrée sur le terrain. A l’applaudimètre, c’est le Néo-Zélandais Jonah Lomu qui sort vainqueur, devant l’Argentin Diego Dominguez, l’Irlandais Keith Wood et le Français Jean-Pierre Rives.
Mais ce n’est rien à côté de ce qui attend les 30 véritables héros de la soirée pour leur arrivée sur la pelouse. Devant tant d’honneur, et un peu l’enjeu d’un tel match, l’Argentin Rodrigo Roncero laisse échapper une larme au moment des hymnes.
En bons danseurs de tangos, les Sud-Américains imposent d’entrée de jeu leur pas de danse. Felipe Contepomi peut ainsi inscrire les trois premiers points du Mondial sur une pénalité de 25 mètres, à droite des poteaux. Et sous les huées des spectateurs encore.
Quelques sifflets (déposés par les organisateurs sur chacun des sièges) sont également adressés à David Skrela, dont le pied est loin d’être parfait ce soir, mais on est loin du public de « bourgeois de m... » décrié un jour par Bernard Laporte.
Et quand Horacio Agulla, seul non-professionnel sur le carré vert, chipe au vol une passe mal-ajustée de Rémy Martin, on craint le pire. Il arrive pourtant par l’essai de Corleto. L’arrière météorite du Stade Français connaît trop bien le terrain de Saint-Denis pour ne pas terminer derrière la ligne française, aussi bien défendue que la célèbre Maginot sur ce coup.
De retour des vestiaires, le public sait qu’il peut jouer un rôle. Il pousse derrière la cocotte française. Il entonne même la Marseillaise pour reprendre espoir. La percée de Rougerie, et surtout l’entrée en jeu de « Chabal, Chabal » permet d’y croire.
Mais rien n’y fait. Au coup de sifflet final, les gauchos peuvent exulter « Vamos Argentina » , la fête est un peu gâchée pour les autres. Les travées se vident en vitesse alors que des notes de tango envahissent le Stade de France.





































