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Mis à jour 30-08-2007 21:36

Au Franprix, on ne casse pas que les prix

Malgré une série d’agressions sur son personnel, le Franprix des Franc-Moisins garde le rideau ouvert

Mahmed Abderrahmen, responsable du Franprix, a subi trois agressions dont la dernière, la plus grave, le 29 août.

Mahmed Abderrahmen, responsable du Franprix, a subi trois agressions dont la dernière, la plus grave, le 29 août. Photo : A.C./ Metro

Depuis trois mois, cette enseigne de Franc-Moisins est régulièrement la cible d'attaques.

Depuis trois mois, cette enseigne de Franc-Moisins est régulièrement la cible d'attaques. Photo : A.C./Metro

Jeudi, en milieu d’après-midi, Mahmed Abderrahmen s’extirpe péniblement du Palais de Justice de Bobigny. La mine grave, le directeur du Franprix du quartier des Franc-Moisins à Saint Denis s’agrippe de toutes ses forces à une béquille, témoin d’une agression perpétrée la veille au sein de son magasin.La troisième en trois mois de présence.

Malgré les douleurs, ce quadragénaire d’origine tunisienne se dit soulagé. Celui qui, il y a encore quelques jours, en appelait au Président de la République dans le conflit qui l’oppose à certains jeunes de la cité de Seine-Saint-Denis, a été entendu. En une journée, le directeur de cabinet de la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie et le procureur de la République de Bobigny sont venus lui apporter leur soutien. L’affaire est entendue : Mahmed n’abdiquera pas.

« Menaces et provocations »
Visite des lieux. Allées propres et ombragées d’arbres naissants, immeubles à taille humaine, les Franc-Moisins ont perdu leur réputation sulfureuse d’antan. La rénovation urbaine liée à la Coupe du monde 98 n’y est pas étrangère. C’est ici que s’est ouvert il y a trois mois un Franprix. Son directeur, Mahmed Abderrahmen a voulu mettre fin à la notion de « self-service » que subissait l’ancienne enseigne. « Avant, les jeunes venaient se servir sans payer. Avec moi, ce n’était pas possible », explique l’intéressé.

Au final, trois agressions, dont la dernière, le 29 août, au cours de laquelle il est violemment molesté à coup de batte de base-ball par une vingtaine de jeunes prenant d’assaut le magasin. « Ils sont arrivés de nulle part », explique Matata Son, responsable de la sécurité. « Grâce à mes vigiles et à l’arrivée rapide de la police, on a pu éviter un drame ».

« Totale solidarité »
« J’avais entendu parler de tentative de racket et d’intimidation » explique Aïcha, 36 ans, mère au foyer. « Il a raison de ne pas se laisser faire. Je viens faire mes courses chez lui aujourd’hui, comme pour le soutenir ». « Ce n’est pas le far-west ici », s’insurge Ibrahima, 51 ans, agent d’assurance. « C’est une minorité qui provoque. Ils ont trouvé plus malin et déterminé qu’eux. »

Au sein de la cité, certains parlent d’une attitude de « défiance » du patron des lieux. « Il te regarde toujours comme si tu allais voler un truc », lâche Nourdine, 24 ans, sans emploi. « Faut pas faire du commerce si t’aimes pas que les gens rentrent chez toi. » « Les esprits vont se calmer », tempère Ali, son cousin. « C’est important que les commerces de proximité restent ouverts. C’est le seul du coin. Alors, s'il faut mettre des policiers devant le magasin pour rassurer tout le monde, pourquoi pas. Peut-être même qu’ils aideront à porter les courses. »

La parole à : Mahmed Abderrahmen, directeur du Franprix

Témoignages

• Sofia, 29 ans, professeur des écoles
« J’étais dans le magasin avant-hier, pendant l’agression. C’étaient vingt jeunes qui venaient pour faire la loi et pour casser gratuitement. Mais il ne faut pas faire une généralité. Il y a 10 000 habitants aux Franc-Moisins. Ce n’est pas parce qu’une bande de jeunes fait parler d’elle que tous leurs voisins sont complices. Il faut les punir et ne pas jeter l’opprobre sur ce quartier. Des gens très bien vivent ici. Comme moi ».

• Djamila, 62 ans, retraitée
« Il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu. Ils devraient se parler, plutôt que de tout casser comme ça. Dès le départ, ce sont les poings qui ont parlé. Toute cette violence, c’est pas possible. Il faut trouver une solution. Il a besoin de sécurité dans son magasin ? Pourquoi il n’engage pas des jeunes de la cité pour faire ce travail ? Là au moins, je suis sûre qu’il n’y aura plus de vols. »

• Hakim, 19 ans, garagiste
« On va pas en parler pendant des semaines. Il y a eu provocation, représailles, et voilà, les choses vont se calmer. Personne n’a envie de voir des flics à demeure devant le magasin. Je comprends le patron, des mecs viendraient dans mon garage pour une « happy-hour », ça m’énerverait. Reviens dans une semaine, tout sera calmé. »
 

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