Jeudi, en milieu d’après-midi, Mahmed Abderrahmen s’extirpe péniblement du Palais de Justice de Bobigny. La mine grave, le directeur du Franprix du quartier des Franc-Moisins à Saint Denis s’agrippe de toutes ses forces à une béquille, témoin d’une agression perpétrée la veille au sein de son magasin.La troisième en trois mois de présence.
Malgré les douleurs, ce quadragénaire d’origine tunisienne se dit soulagé. Celui qui, il y a encore quelques jours, en appelait au Président de la République dans le conflit qui l’oppose à certains jeunes de la cité de Seine-Saint-Denis, a été entendu. En une journée, le directeur de cabinet de la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie et le procureur de la République de Bobigny sont venus lui apporter leur soutien. L’affaire est entendue : Mahmed n’abdiquera pas.
« Menaces et provocations »
Visite des lieux. Allées propres et ombragées d’arbres naissants, immeubles à taille humaine, les Franc-Moisins ont perdu leur réputation sulfureuse d’antan. La rénovation urbaine liée à la Coupe du monde 98 n’y est pas étrangère. C’est ici que s’est ouvert il y a trois mois un Franprix. Son directeur, Mahmed Abderrahmen a voulu mettre fin à la notion de « self-service » que subissait l’ancienne enseigne. « Avant, les jeunes venaient se servir sans payer. Avec moi, ce n’était pas possible », explique l’intéressé.
Au final, trois agressions, dont la dernière, le 29 août, au cours de laquelle il est violemment molesté à coup de batte de base-ball par une vingtaine de jeunes prenant d’assaut le magasin. « Ils sont arrivés de nulle part », explique Matata Son, responsable de la sécurité. « Grâce à mes vigiles et à l’arrivée rapide de la police, on a pu éviter un drame ».
« Totale solidarité »
« J’avais entendu parler de tentative de racket et d’intimidation » explique Aïcha, 36 ans, mère au foyer. « Il a raison de ne pas se laisser faire. Je viens faire mes courses chez lui aujourd’hui, comme pour le soutenir ». « Ce n’est pas le far-west ici », s’insurge Ibrahima, 51 ans, agent d’assurance. « C’est une minorité qui provoque. Ils ont trouvé plus malin et déterminé qu’eux. »
Au sein de la cité, certains parlent d’une attitude de « défiance » du patron des lieux. « Il te regarde toujours comme si tu allais voler un truc », lâche Nourdine, 24 ans, sans emploi. « Faut pas faire du commerce si t’aimes pas que les gens rentrent chez toi. » « Les esprits vont se calmer », tempère Ali, son cousin. « C’est important que les commerces de proximité restent ouverts. C’est le seul du coin. Alors, s'il faut mettre des policiers devant le magasin pour rassurer tout le monde, pourquoi pas. Peut-être même qu’ils aideront à porter les courses. »




































