Si Brad Pitt s'était appelé Brad Proutt, ses films auraient eu 30 % de spectateurs en moins. Ben oui. Toujours concernant le cinéma, une étude très sérieuse a établi que les gens qui ont les yeux bleus aiment les films allemands. Saviez-vous également que la pizza augmente sensiblement l’intelligence et la vitalité sexuelle ?

Sur tout ça, et surtout sur n'importe quoi, le site Scientists of America (SoA), lancé courant juin, vous fournit une explication, plausible a priori, fausse évidemment. SoA est le site SOS pour ceux qui veulent briller en société mais qui ont bien du mal à étayer leurs thèses farfelues d'arguments de poids. Le but du site est de les assister dans leurs efforts rhétoriques, et de donner à leurs affirmations péremptoires un appui scientifique véritable. Pas fastoche.

Pour ce faire, des experts-qui
-ont-un-nom-d’experts-qui-s’y
-connaissent alimentent le site : Regis G. Curge, Belinda S. Kapooh, Seymour Silk, Jenny L. Voight…
Derrière ces signatures se cache en réalité le concepteur du site, Jean-Noël Lafargue, «enseignant très sérieux, en vrai » (il tient à le préciser) d’arts plastiques à Paris-VIII. Avec sa petite équipe de quatre personnes, "tous des scientifiques dont un prof de maths de Normal Sup’ », ils écrivent des articles "scienticomorphes" sur les sujets qu’on leur commande.

Un bon mensonge est plein de vérité

Ecrire des bobards sérieux, mine de rien, c'est tout un art. Jean-Noël Lafargue nous en livre la recette : « Première chose : il faut des phrases rapides à lire, difficiles à vérifier, du genre « une étude menée par un laboratoire de recherche aux Etats-Unis ». Ensuite, le ton doit être neutre, l'écriture blanche, plate, sans emphase ni enthousiasme. Autre chose, très importante : il faut mettre en avant des choses vraies. Un bon mensonge contient surtout de la vérité. »

Cet enseignement, Jean-Noël Lafargue l’a tiré de son expérience en tant qu’administrateur pour Wikipedia. Il s'est rapidement rendu compte que la validité scientifique d'un texte tient davantage à sa forme qu’à son fond. « Si l’on dit des bêtises d'un ton suffisamment docte, ça passe. En revanche, si ce que l'on écrit est vrai mais que l’écriture n’est pas savante, alors ça risque de ne pas être pris au sérieux. »

Puisque la forme importe tant, l’habillage du site est en anglais (les articles sont en français). En effet, « lorsque l’on veut prouver quelque chose, mieux vaut sortir une référence éloignée, justifie Jean-Noël Lafargue. Faire référence à des savants américains a l'air plus vrai que si on parle d'un savant du Limousin ! »

Les articles des Scientists of America tirés d’études qui n’existent pas sont tellement  irréprochables (dans la forme) que de vrais scientifiques sont tombés dans le panneau. Un statisticien a même contacté Jean-Noël Lafargue pour qu’il lui communique les références de la fameuse étude selon laquelle le taux de réussite au baccalauréat est proportionnel à l’intérêt du tournoi de Roland-Garros.

Etre pris au sérieux même en disant n’importe quoi… Effrayant non ? « C’est même assez dramatique, renchérit Jean-Noël Lafargue. Mais ce site fait office de piqûre de rappel : il ne faut pas lire en diagonale et se méfier des infos que l’on nous donne. Et, surtout, il faut garder à l’esprit que la vérité, qu’elle soit dans la forme ou dans le fond, est toujours variable. »