Ce que j’ai refusé, c’est le côté inhumain de la situation des SDF, et le fait qu’en démocratie on accepte des choses qu’on ne devrait pas cautionner.

Sur le modèle des Enfants de Don Quichotte, un campement a été installé hier soir dans le centre de Rome. Sollicité par les organisateurs, Augustin Legrand nous raconte les quatre jours passés dans la capitale italienne et en profite pour dénoncer le blocage de la situation en France.

Où en est l’action des Don Quichotte ?
Je suis en train de bouillir mais je reste sur le coin du ring. Je ne veux pas qu’on se mette tout le monde à dos et entendre dire : “Les Don Quichotte, ils veulent tout, tout de suite.” Alors, on engrange le maximum d’infos en attendant d’être le plus légitime possible pour agir. Mais je suis très inquiet du silence des autorités. La situation parisienne est très tendue, avec un surengorgement de l’ensemble des structures. Une nouvelle réunion est prévue le 5 juillet. Ma hantise, c’est que la loi du 8 janvier [le droit opposable au logement, ndlr] dernier ne soit pas appliquée. Mais nous avons maintenant un réseau très fort de citoyens, et s’ils veulent 2 000 tentes à Paris, sur les berges de la Seine, ils les auront.

Avez-vous l’intention d’étendre votre action ?
Oui, notre arme est en train d’être utilisée ailleurs. Nous avons été contactés par des Belges, des Espagnols. J’ai même vu qu’au Québec des associations ont lancé un ultimatum au gouvernement. On a l’intention de monter un réseau européen, pour que dans toutes les grandes villes des actions aient lieu.

Qu’êtes-vous allé faire à Rome ?
Mettre en place ce type d’action, c’est très simple. Mais souvent, à force d’être au contact de cette misère, tu perds une espèce de révolte, tu prends trop de recul. Ce que j’ai refusé, c’est le côté inhumain de la situation, et le fait qu’en démocratie on accepte des choses qu’on ne devrait pas cautionner. Depuis hier, une mobilisation est organisée sous le pont Garibaldi, au bord du Tibre. A l’origine, ils avaient prévu de ne rester qu’une soirée. Je les ai convaincus que c’était impossible, qu’il ne fallait pas avoir peur du poids des responsabilités et ne pas se contenter d’une opération de communication. A Rome, ce sont des camps de 800, 1 000 personnes qui sont installés sous l’autoroute, avec plein de gosses qui vivent sur la terre battue, en compagnie des rats.