Le 7 avril 2007, Dua Khalil Aswad, une jeune femme originaire de la communauté non musulmane des Yezidis, est lapidée en public dans la ville de Bashika (nord de l’Irak) par un groupe d’hommes, dont certains sont membres de sa famille. Son crime ? Etre sortie avec un garçon musulman sunnite.
Des centaines de personnes ont assisté à sa mort, qui aurait même été filmée par certains sur leur téléphone mobile. Environ deux semaines plus tard, 23 ouvriers yezidis étaient assassinés dans ce qui ressemble à un acte de représailles. Des crimes d’honneur sont fréquemment signalés en Irak – notamment dans la région du Kurdistan. Le représentant d’Amnesty International dans la région, Zahir Janmohamed, revient sur ce ceux-ci.
Quelle est l’ampleur du phénomène en Irak ?
L’Irak est moins touché que certains autres pays, comme la Jordanie ou la bande de Gaza, où les crimes d’honneur sont légion. Mais peut-être est-ce dû au fait que la société irakienne a été pendant de longues décennies complètement repliée sur elle-même. Rien n’en filtrait, car ni les journalistes ni les groupes de défense des droits de l’homme ne pouvaient témoigner de tels crimes.
Quelles sont les conditions politiques et culturelles qui autorisent de tels actes ?
Je pense que les crimes d’honneur se développent quand il y a une certaine complaisance du gouvernement et de la justice à leur égard. C’est ce qu’on observe en Irak où l’Etat est dans une situation de délitement total et ne jouit que d’une faible légitimité pour faire respecter les droits des citoyens. Il y a aussi des raisons culturelles. Dans de nombreuses communautés, de telles attaques à l’encontre des femmes sont tolérées. Dans bien des cas, les autorités morales de ces communautés ne se manifestent pas quand une femme est visée. Et cela ne concerne pas seulement les crimes d’honneur.
Comment faire de la défense du droit des femmes une priorité en Irak, alors que les problèmes sont si nombreux ?
Le gouvernement irakien doit en effet se battre sur tous les fronts : contre le terrorisme, contre le sectarisme religieux, contre la
faillite de ses propres institutions. Aujourd’hui, les droits de l’homme y sont bafoués en permanence, même si le pays a été “libéré”. Je ne dirai pas que
nous vivons des jours plus sombres que ceux du temps de Saddam Hussein, mais la situation est extrêmement préoccupante.



































