Mis à jour 30-05-2007 09:46

Le doute plane sur EADS

Ses dirigeants auraient eu vent des retards de l’A380 avant de vendre leurs titres

Le coprésident exécutif allemand d’EADS Thomas Enders, Louis Gallois, son homologue français, et le directeur financier Hans Peter Ring, le 9 mars dernier à Munich. 

Le coprésident exécutif allemand d’EADS Thomas Enders, Louis Gallois, son homologue français, et le directeur financier Hans Peter Ring, le 9 mars dernier à Munich. 

Photo : afp

Lagardère chez l’AMF

Après le directeur général délégué d’EADS, Jean-Paul Gut, le 22 mai, le gendarme de la Bourse a entendu hier son coprésident, Arnaud Lagardère. Selon Le Canard enchaîné de ce matin, un document compromettant aurait été saisi lors d’une perquisition menée en juin 2006 chez un dirigeant du groupe Lagardère. L’homme d’affaires a pourtant toujours affirmé n’être au courant de rien dans cette affaire de délit d’initiés. 

La maison mère d’Airbus est à nouveau dans la tourmente, et ses dirigeants plus que jamais sur la sellette. L’affaire des éventuels délits d’initiés au sein d’EADS a connu un nouveau rebondissement hier : selon La Tribune, le conseil d’administration du groupe aurait évoqué, contrairement à ce qu’il affirme, les retards “conséquents” de l’Airbus A380 le 7 mars 2006. C’est à partir de ce jour que ses dirigeants ont commencé à vendre leurs stock-options pour réaliser d’énormes bénéfices. Cette nouvelle information a été dévoilée alors que le coprésident français du groupe européen, Arnaud Lagardère, a été entendu hier par l’Autorité des marchés financiers (AMF), dans le cadre de ces possibles délits d’initiés.

De grosses plus-values
Les dirigeants du groupe auraient donc exercé leurs stock-options en toute connaissance de cause. Au lendemain du conseil du 7 mars 2006 a été annoncé un bénéfice 2005 record de 1,68 milliard d’euros (+ 39%). Or la veille, selon La Tribune, un nouveau plan interne de  production avait revu à la baisse les livraisons de l’A380 en 2007, celles-ci passant à 24 appareils au lieu des 29 prévus. EADS s’est défendu hier d’avoir communiqué cette information au conseil, expliquant qu’elle était “sans conséquence financière, et n’avait donc pas de raison” de remonter. Mais la coïncidence a de quoi troubler : ce conseil a ouvert une période réglementaire de trois semaines pendant laquelle les cadres dirigeants ont pu exercer leurs stock-options et revendre les titres.

Les plus-values ont atteint jusqu’à 2,5 millions d’euros pour Noël Forgeard, alors coprésident exécutif d’EADS. Un avant-goût des 8,5 millions d’euros qu’il a reçus quelques mois plus tard, à son départ. Les grands actionnaires privés, DaimlerChrysler et Lagardère, ont, quant à eux, décidé de vendre chacun 7,5% du capital, pour un bénéfice de 2 milliards. Ils ont eu du nez : le lendemain de l’annonce, le 13 juin, du nouveau retard, ces paquets d’actions n’auraient plus valu que 1,15 milliard, après la chute vertigineuse du titre.    

“Une nouvelle éthique du capitalisme est nécessaire”

Les chiffres

85 %. des 800 dirigeants du groupe possédant des stock-options les auraient exercées
entre le 8 et le 28 mars 2006, selon La Tribune.

2,5. C’est, en millions d’euros, la plus-value réalisée par Noël Forgeard pour la vente de ses actions issues de stock-options. Celles de ses enfants ont rapporté un million d’euros supplémentaire. Le directeur général délégué, Jean-Paul Gut, a quant à lui réalisé une plus-value de 1,15 million d’euros.

10 000. C’est le nombre de suppressions de postes prévues chez Airbus par le plan de restructuration Power 8. 

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