Assise dans le lounge d’une fameuse plage cannoise, l’actrice semble être chez elle sur la Croisette même si son film, La Disparue de Deauville, un thriller qu'elle a réalisé, n’est pas présenté au Festival.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de repasser derrière la caméra ?
Comme naturellement. C’est un état qui me plaît. J’aime ça et j’ai l’impression que dans la réalisation, je le réalise moi, concrètement. Plus, en tout cas, que tout ce que j’ai connu dans ma vie. Ça remplit toutes mes cases, quoi.
 
C’est un scénario assez complexe, assez original…

Merci, pour moi c’est un compliment ! (Rires) Les thrillers sont toujours un genre un peu complexe parce qu’il faut jouer avec les informations, avec le mystère, avec le suspense. Et puis aujourd’hui, le public est très éduqué, il a vu beaucoup de choses. Pour les suspendre à votre cou, déjà il faut arriver à être malin. C’est un genre très très particulier, très difficile. Les idées, elles viennent de tout, de partout, de la vie, quoi. L’idée, elle est dans un hôtel parce que dans un hôtel, il y a forcément eu un meurtre un jour. Je suis sûre que dans tous les hôtels il y a eu un meurtre ou quelque chose d’autre. L’idée part de là, elle se dit : « Qu’est-ce qui se passe derrière cette porte au fond du couloir ? » On est déjà dans un suspense quand on est dans un hôtel, quand on rentre le soir tout seul dans le couloir. C’est plein d’histoires… C’est une suite d’idées qui s’accrochent les unes aux autres comme une locomotive, comme un train.
 
Est-ce que vous redoutez les critiques ?

Oui, forcément. Je mentirais si je disais non. Je me dis qu’il faut que je me protège contre ça, il ne faut pas que je les lise ! Bon, on vit dans un monde libre, on a le droit de s’exprimer. Du moment où on s’expose à faire quoi que ce soit, il faut s’attendre à être critiquée. Pourtant, ce ne sont pas les critiques qui vont faire changer les choses. Ça peut faire du mal, ça peut vous heurter. Ce qui compte c’est que ça ne vous empêche pas de faire des choses. Ça c’est le plus important. Maintenant le film va sortir, ça y est il est parti, quoi. Moi ce qui m’intéresse, c’est le processus de fabrication des choses. J’adore ! Je n’ai pas à parler, je n’ai pas à m’expliquer sur les choses, je les fais, vous voyez ? Et ça c’est très jouissant. Ça me protège du reste du monde aussi. C’est une fuite, un petit peu, on n’est pas obligés d’affronter la réalité. Après, on l’affronte… mais un monde en soi qui est merveilleux.
 
Pensez-vous déjà à un autre projet à réaliser ?

Non. J’ai très envie de m’y mettre, mais j’ai passé beaucoup de temps sur celui-là, j’ai fait d’autres choses en même temps. Là, j’ai besoin de me ressourcer un peu, de me renourrir un peu. Et puis voilà, ça va venir.   
 
Comment avez-vous choisi vos acteurs
?
C’est une famille. D’abord j’écris des personnages, et une fois que mes personnages sont bien ancrés dans une réalité sociale, historique, et je sais qui ils sont, quand je les rencontre et que je les croise pour de vrai, je sais que c’est eux. Quand vous connaissez bien quelqu’un, même si vous ne l’avez pas vu depuis très longtemps, vous le reconnaissez tout de suite quand vous le voyez parce que vous connaissez cette personne, parce que vous l’avez écrite, vous l’avez travaillée, vous êtes entrée dans sa tête, dans son cœur, vous vous êtes posée toutes les questions qu’il se posait… Et tant que je n’ai pas ce déclic-là, ce n’est pas le bon acteur.
 
Vous abordez également des sujets comme l’inceste et jusqu’où on peut aller par amour...
Il y a beaucoup de thèmes dans le film, mais l’amour est un thème universel. De toute façon, on parle toujours d’amour. Même en n’en parlant pas, c’est une façon de l’éviter… On dit toujours l’amour, l’amour, c’est merveilleux, ça sauve beaucoup de choses, et c’est vrai. Mais l’amour peut être très dévastateur aussi. Trop d’amour donne aux gens des permissions qu’ils n’ont pas le droit de prendre. L’amour peut être quelque chose de destructeur. Les gens ont le sentiment qu’ils peuvent s’approprier l’autre. La mère et la relation avec le fils – elle qui étouffe cet enfant parce qu’elle l’aime, parce qu’il lui appartient. C’est terrible. Ou l’amour qui va jusqu’à l’inceste, ou les gens qui ne se créent pas de limites, et parce qu’ils aiment ils prennent. L’amour peut faire beaucoup, beaucoup de mal. Et en même temps, un manque total d’amour, l’indifférence, c’est terrible de ne pas se sentir aimé, de ne pas se sentir soutenu. Parce que c’est un film ambivalent. On n’est pas que dans le blanc ou dans le noir. Tout a un bon ou un mauvais côté. Moi, j’aime bien jouer là-dessus parce que ce sont mes propres interrogations, parce que je pense que Sarko et Ségo, les deux existent et les deux ont quelque chose à dire et les deux représentent des opposés qui se complètent et qui font partie de la nature humaine. Je ne pense pas qu’aujourd’hui il puisse avoir des systèmes. Les systèmes, c’est ce qui a tué tout. Ça ne peut pas être qu’une chose – que masculin, que féminin… Et les mélanges, les paradoxes, c’est toute l’ambiguité de la nature humaine et c’est ce que j’essaye de traiter dans mes films en gardant un côté ludique et excitant et intéressant. Il ne faut pas faire un film philosophique, mais c’est quand même des thèmes qui forcément reviennent toujours.
 
Qu’évoque Cannes pour vous, une habituée de la Croisette ?
Le cinéma, dans toutes ses ambiguités, dans tous ses paradoxes, dans son côté merveilleux et pathétique, dans son côté glamour et pauvre. C’est tout ça Cannes, c’est le cinéma. J’aime bien faire un parallèle entre le cinéma et la vie parce que je pense que la vie devrait prendre un peu d’exemple sur le cinéma. C’est le cinéma qui le prend sur la vie. Mais si la vie pouvait être comme le cinéma, parfois ça ne serait pas mal parce que chacun aurait sa chance. On n’a pas besoin d’être fils de ou d’avoir fait des écoles. Tout le monde a sa chance, un peu quand même. C’est exprimer des choses, c’est partir dans un monde d’enfance, d’insouciance. En même temps, c’est concret, c’est réel, c’est du travail, c’est du business. C’est une métaphore sur la vie qui n’est pas mal. Et Cannes, bon, c’est l’euphorie, la frénésie, c’est tout ça, mais il y a beaucoup de gens qui sont tout seuls dans leur chambre, les grandes stars aussi qui s’ennuient toutes seules dans leurs chambres… Elle se sentent seules au monde à Cannes !
 
Pourquoi n’avez-vous pas choisi de présenter votre film au Festival ?

Non, non, non ! (Rires) On ne veut pas être mangé tout cru ! Le film est très exposé de toute façon, donc Cannes c’est bien pour exposer les films pour qu’on en parle et tout, mais il y a aussi le revers de la médaille : vous pouvez aussi vous faire descendre et on n’a pas besoin de ça ! C’est par choix qu’on n’a pas voulu présenter le film à Cannes. Par contre, il sort pendant Cannes.  
 
Martin Scorsese fait un masterclass la semaine prochaine. Vous avez une question pour lui ?
Auriez-vous un rôle pour moi ?