L’impact du commerce équitable sur les populations locales est-il positif ?
Chez Alter Eco, entre 2002 et 2006, on a payé nos produits 88% plus cher en moyenne que les prix du marché. Outre des revenus supplémentaires aux producteurs labellisés Max Havelaar, cela se traduit par le versement d’une prime de développement destinée à des projets collectifs comme la construction d’un pont ou d’une école. Pour être certifiés, les producteurs payent mais ceux qui n’ont pas les moyens peuvent bénéficier du fonds de certification. Chez Alter Eco 25% du prix final retourne au pays d’origine contre 8% pour un produit appliquant les cours du marché.
Est-ce une autre forme de dépendance des petits producteurs vis-à-vis des marchés mondiaux?
Les petits producteurs étaient déjà dépendants des marchés mondiaux et soumis aux cultures d’exportation. Et les prix sont tombés tellement bas qu’ils se sont retrouvés dans une situation d’extrême pauvreté. Ils sont dépendants du système depuis bien longtemps.
Passer par la grande distribution revient-il à trahir le commerce équitable ?
J’ai d’abord essayé de passer par des boutiques associatives. Mais ce fut un échec. La rentabilité et les débouchés étaient bien trop insuffisants. En 2002 je me suis tourné vers la grande distribution, là où tout le monde fait ses courses. On ne peut pas rendre le commerce équitable responsable de tout, du salaire des caissières et du reste. Pour l’instant, c’est un début mais on ne peut pas prendre en otage le commerce équitable alors que le débat est plus large : il s’agit aussi de se demander pourquoi on recherche systématiquement le prix le plus bas.
Le label Max Havelaar est-il légitime ?
C’est le label le plus exigeant. Quand l’association Max Havelaar est né, en 1988, ils n’étaient que deux. Ils ont atteint un niveau international en 1998. L’évolution a été très rapide et mettre en place un système de certification dans 84 pays pour 600 organismes de production, c’était un vrai challenge. Il reste des améliorations à apporter mais il faut bien démarrer. C’est comme pour le bio : au début, le cahier des charges était géré par un organisme
privé, puis, progressivement, le gouvernement a légiféré.
Le prix pour le consommateur se justifie-t-il ?
Nos prix sont marginalement plus chers que ceux des produits non équitables. Si les acteurs économiques n’y voient pas leur intérêt, le commerce équitable n’a pas d’avenir. L’important, c’est aussi de maximiser les débouchés pour les producteurs. S’il y a des contraintes partout, il ne pourra pas se développer. Dire que le commerce équitable est une arnaque, c’est jouer le jeu des multinationales qui veulent que rien ne change.


































