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Mis à jour 27-04-2007 09:46

Commerce équitable: pour ou contre

Tristan Lecomte: “Environ 25% du prix final retourne au producteur”

Tristan Lecomte, PDG d’Alter Eco

Tristan Lecomte, PDG d’Alter Eco Photo : DR

L’impact du commerce équitable sur les populations locales est-il positif ?
Chez Alter Eco, entre 2002 et 2006, on a payé nos produits 88% plus cher en moyenne que les prix du marché. Outre des revenus supplémentaires aux producteurs labellisés Max Havelaar, cela se traduit par le versement d’une prime de développement destinée à des projets collectifs comme la construction d’un pont ou d’une école. Pour être certifiés, les producteurs payent mais ceux qui n’ont pas les moyens peuvent bénéficier du fonds de certification. Chez Alter Eco 25% du prix final retourne au pays d’origine contre 8% pour un produit appliquant les cours du marché. 

Est-ce une autre forme de dépendance des petits producteurs vis-à-vis des marchés mondiaux?
Les petits producteurs étaient déjà dépendants des marchés mondiaux et soumis aux cultures d’exportation. Et les prix sont tombés tellement bas qu’ils se sont retrouvés dans une situation d’extrême pauvreté. Ils sont dépendants du système depuis bien longtemps.

Passer par la grande distribution revient-il à trahir le commerce équitable ?
J’ai d’abord essayé de passer par des boutiques associatives. Mais ce fut un échec. La rentabilité et les débouchés étaient bien trop insuffisants. En 2002 je me suis tourné vers la grande distribution, là où tout le monde fait ses courses. On ne peut pas rendre le commerce équitable responsable de tout, du salaire des caissières et du reste. Pour l’instant, c’est un début mais on ne peut pas prendre en otage le commerce équitable alors que le débat est plus large : il s’agit aussi de se demander pourquoi on recherche systématiquement  le prix le plus bas.

Le label Max Havelaar est-il légitime ?
C’est le label le plus exigeant. Quand l’association Max Havelaar est né, en 1988, ils n’étaient que deux. Ils  ont atteint un niveau international en 1998. L’évolution a été très rapide et mettre en place un système de certification dans 84 pays pour 600 organismes de production, c’était un vrai challenge. Il reste des améliorations à apporter mais il faut bien démarrer. C’est comme pour le bio : au début, le cahier des charges était géré par un organisme
privé, puis, progressivement, le gouvernement a légiféré.

Le prix pour le consommateur se justifie-t-il ?
Nos prix sont marginalement plus chers que ceux des produits non équitables. Si les acteurs économiques n’y voient pas leur intérêt, le commerce équitable n’a pas d’avenir. L’important, c’est aussi de maximiser les débouchés pour les producteurs. S’il y a des contraintes partout, il ne pourra pas se développer. Dire que le commerce équitable est une arnaque, c’est jouer le jeu des multinationales qui veulent que rien ne change.

Christian Jacquiau, économiste

Christian Jacquiau, économiste Photo : DR

Christian Jacquiau: “On s’achète un peu de bonne conscience”

L’impact du commerce équitable sur les populations locales est-il positif ?
A la base, l’idée était d’assurer une juste répartition du prix payé par le consommateur. Les petits producteurs sont concernés, bien sûr, mais tout le reste de la filière devrait également en profiter, jusqu’au salaire de la caissière de l’hypermarché.

Est-ce une autre forme de dépendance des petits producteurs vis-à-vis des marchés mondiaux?
Tout à fait. On continue d’abandonner les cultures vivrières au profit d’une culture d’exportation. Comme il faut du volume, c’est la plupart du temps un contexte de monoculture qui épuise les sols et les nappes phréatiques. Les employés travaillent dans des conditions sanitaires déplorables, sans protection face aux pesticides. Comme ils n’ont pas les moyens d’acheter ces produits, il arrive que certains crèvent de faim à côté des champs de quinoa pour bobos du Nord.

Passer par la grande distribution revient-il à trahir le commerce équitable ?
Quand vous jetez un œil aux partenaires de Max Havelaar, c’est édifiant : Nestlé, Accor, McDo, Starbucks, etc. et même Dagris, un producteur d’OGM.  C’est une démarche de marché, de niche qui leur permet en plus de pallier un déficit d’image et de faire du marketing à pas cher.

Le label Max Havelaar est-il légitime ?
Il n’y a pas de label. Pour être reconnu comme label, il faut disposer d’un cahier des charges, d’un système de contrôle indépendant et avoir recours à un organisme de certification lui-même indépendant et agréé par les pouvoirs publics. Max Havelaar ne remplit pas les deux dernières conditions. Le système de certification FLO est détenu à 100% par FLO qui fédère les différents Max Havelaar dans le monde. C’est comme si un candidat au permis de conduire s’attribuait à lui-même le permis.

Le prix pour le consommateur se justifie-t-il ?
C’est le producteur, qui doit payer pour être référencé dans le système Max Havelaar et le brave consommateur qui assument le surcoût. Les grands groupes qui sont responsables de ces inégalités eux font exactement les mêmes bénéfices, commerce équitable ou non. Ils ne diminuent pas leurs marges. Le commerce équitable est devenu un commerce de l’équitable. En payant plus cher, on s’achète un peu de bonne conscience. On reste dans la charité et on n’a rien réglé.



à lire

Le commerce sera équitable, de Tristan Lecomte, ed. Eyrolles, 453 p, 29,90 euros

à lire

Les coulisses du commerce équitable, de Christian Jacquiau, ed. Les mille et une nuits, 471p, 22 euros

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