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Mis à jour 04-04-2007 16:01

Les bonnes feuilles

Petit florilège des suggestions de Guillaume de La Croix, énoncées dans "Laissez-moi sortir la France de ce mauvais pas, mes 101 propositions"

8.
Confier le ministère de la Justice à l’homme qui connaît le mieux en France les rouages de notre système judiciaire : Bernard Tapie.

Cet autodidacte mérite le respect. Voilà quelqu’un qui n’a pas fait d’études de droit et qui est aujourd’hui l’un des plus grands spécialistes de la chose judiciaire. Cour d’assises, cour d’appel, Cour de cassation, Tribunal civil, Tribunal de commerce, Tribunal correctionnel, Tribunal de première instance : toutes ces juridictions n’ont plus aucun secret pour cet homme. Les juges français, il les connaît quasiment tous. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que cet homme d’affaires est surtout un homme d’affaires judiciaires. Alors, s’il y a une personne en France qui sait ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans notre justice, c’est bien Bernard Tapie. Avouez tout de même que nous serions bien inspirés de profiter de son expérience juridique quasiment encyclopédique. Confions-lui alors sans tarder la mission de diriger et de réformer l’institution judiciaire qui en a tant besoin. Privons la France d’un grand acteur mais offrons-lui en échange le meilleur garde des Sceaux qu’elle ait jamais connu.

9.
Réduire notre dépendance énergétique vis-à-vis du pétrole et du nucléaire en installant des éoliennes dans les couloirs de tous les partis politiques, à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans tous les endroits où l’on brasse beaucoup d’air.

L’Allemagne compte près de 19 000 éoliennes. L’Espagne plus de 11 000. Mais savez-vous combien nous avons d’éoliennes en France ? Moins de 1 000 ! Comment expliquer la modestie de ce parc alors que notre pays est particulièrement exposé au vent à l’ouest et au sud ? Comment expliquer ces mauvais chiffres alors que notre pays est de surcroît l’un des plus grands producteurs mondiaux de vent ? En effet, nous n’avons pas de pétrole, mais par chance nous avons su créer une énergie renouvelable que beaucoup de nations nous envient. Le moyen leplus simple d’ailleurs d’apprécier l’importance de cette production d’air est de recenser le nombre de discours que prononcent chaque année nos responsables politiques et d’en étudier le vide toujours plus abyssal. Je propose donc que nous profitions au plus vite de cette particularité française somme toute heureuse pour assurer – gratuitement – une partie de nos besoins en électricité. Ardent défenseur de la cause écologiste, je suggère également que nous réduisions de façon spectaculaire la pollution de l’air en décidant de fermer les usines à gaz que sont par exemple les cabinets ministériels et autres commissions parlementaires. J’en ai l’intime conviction : le respect de l’environnement ne s’imposera véritablement que si nos responsables politiques montrent l’exemple.

11.
Permettre aux chômeurs de longue durée d’échanger certains de leurs organes contre un CDI.

Le constat est simple : on peut tous vivre avec un seul rein, mais pas sans emploi. Un organe contre un CDI. L’idée peut paraître saugrenue, voire cruelle, mais sachez que de nombreux Français sont prêts à donner véritablement de leur personne pour retrouver un travail stable. Après tout, un rein ne pèse pas plus de 150 grammes. Le petit sacrifice que consentirait à faire un individu en se délestant de ce léger organe vous semble-t-il excessif en échange d’un emploi ? Le chômage est une plaie dans notre société. Pourquoi ne pas faire appel à la médecine pour la cicatriser ? Néanmoins, il me paraît indispensable de fixer dès à présent les limites de ce dispositif anti-chômage. Ainsi l’administration devra refuser avec la plus grande fermeté les dons de cœurs et de cerveaux en échange d’un emploi mieux rémunéré. Les services de l’État devront veiller également à ce que l’organe présenté par le demandeur d’emploi soit bien le sien, et non par exemple celui d’un membre de sa famille pas forcément consentant ou, pire, celui d’un innocent agressé et atrocement mutilé en pleine rue par ce chômeur totalement désespéré.

13.
Soigner l’ambiance sonore dans les hôpitaux français en diffusant en boucle dans les chambres et dans les salles d’opération la chanson de Michel Polnareff On ira tous au paradis.

Il y a urgence à s’occuper des hôpitaux, les conditions d’accueil des malades et de ceux qui viennent leur rendre visite laissant véritablement à désirer. Après avoir réfléchi de longues semaines sans trouver de solutions adéquates à ce problème, une idée m’est soudainement venue à l’esprit : pourquoi ne pas faire appel au talent de Michel Polnareff pour redonner le moral aux visiteurs de ces établissements ? En rappelant sans cesse aux patients, à leurs familles et à leurs amis que le paradis est ouvert et promis à tous, la célèbre chanson aura sans nul doute un effet bénéfique sur le moral des gens. Ainsi rassurés sur le futur, ils ne verront plus, j’en suis convaincu, la mort de façon aussi sinistre. On savait que la musique adoucissait les mœurs. On va découvrir à présent qu’elle adoucit aussi la mort.


14.
Exiger des chaînes de télé une meilleure représentativité de la diversité culturelle et ethnique de notre pays en obligeant tous les animateurs ou journalistes qui apparaissent à l’antenne à se peindre le visage en marron clair le lundi, en marron foncé le mardi, en jaune le mercredi, en rose le jeudi, en blanc pâle le vendredi, en blanc très pâle le samedi et en rouge le dimanche.

Officiellement la télévision française est passée à la couleur en 1967. On peut néanmoins se rendre compte en allumant son poste que cela n’est pas tout à fait vrai. À croire que le PAF a les gens de couleur dans le pif ! Et ce n’est pas l’arrivée d’Harry Roselmack quelques jours par an en remplacement de PPDA qui convaincra les Français du contraire.
Les responsables de TF1, de France Télévisions, de Canal + et des autres chaînes rechignent encore à confier la présentation régulière de leurs journaux télévisés et de leurs grandes émissions de prime time à des personnes de couleur ou d’origine étrangère, car ils sont sans doute persuadés que la France ne compte que des racistes. Peut-être ont-ils raison. C’est pourquoi je propose d’opérer par étapes et d’obliger dans un premier temps les chaînes à transformer par le maquillage leurs journalistes et animateurs actuels en représentants des minorités vivant dans notre pays. NB : par respect pour les téléspectateurs et dans un souci de crédibilité, je déconseille toutefois aux présentateurs de chercher à imiter les accents africain, asiatique ou autres correspondant à la couleur de leur maquillage. L’exercice est bien trop périlleux : n’est pas Michel Leeb qui veut.


25.
Payer les fonctionnaires au noir.

L’idée est révolutionnaire : proposer aux salariés du secteur public une meilleure rémunération (de l’ordre de 25 % supplémentaires par rapport à aujourd’hui) mais sans fiche de paie et par conséquent sans couverture sociale, ni pension de retraite. Ce système facile et rapide à mettre en place offrirait aux fonctionnaires une hausse inégalée de leur pouvoir d’achat. Il permettrait également à l’État, en s’exonérant du paiement des charges salariales normalement dues et en stoppant le versement d’allocations retraite à deux millions de personnes, de réaliser non seulement d’importantes économies mais aussi de baisser de manière conséquente les impôts de tous les Français. Pour que nos dépenses ne soient plus dans le rouge, faisons travailler les fonctionnaires au noir. C’est aussi simple que cela.

34.
Confier à Patrick Sébastien le soin d’écrire une chanson gaie en remplacement de notre Marseillaise à l’air un peu démodé et aux paroles pour le moins contestables.

Donnez-moi une seule bonne raison pour que notre République, si mal en point, se prive plus longtemps du talent du compositeur et de l’interprète hors pair du Petit bonhomme en mousse. Mettons un terme à ce snobisme qui veut que toutes les personnes aimées du grand public soient des êtres vulgaires et décérébrés et faisons toute confiance au roi incontesté des mariages, des fêtes de village et des campings pour nous concocter un nouvel hymne national populaire et de bon goût. Depuis plusieurs années, grâce à Patrick Sébastien, les Français font tourner leurs serviettes blanches au-dessus de leurs têtes. Demain, donnons-leur envie de faire tourner dans les airs n’importe quel tissu tricolore : drapeau, écharpe, bonnet... Oui, demain, ce sont peut-être même des soutiens-gorge et des slips qui s’agiteront lorsqu’on entamera cette nouvelle Marseillaise. Remarque : une démonstration aussi excessive de patriotisme – si elle a lieu – ne doit pas nous embarrasser. Je pense que lorsqu’il s’agit d’afficher sa fierté d’être français, rien n’est exagéré ni grossier.

75.
Jouer le second tour de l’élection présidentielle à pile ou face.

La France va mal. Qu’ils soient économiques ou sociaux, tous les indicateurs confirment son déclin depuis plus de trente ans. Nos présidents successifs se sont tous révélés incapables de résoudre les problèmes de notre nation. Mais posons-nous cette question : qui a choisi ces hommes ? C’est une évidence, notre pays se porterait bien mieux si son peuple acceptait de ne plus vouloir être souverain et de s’en remettre à Dieu (au sort pour les non-croyants). Mesure démagogique par excellence, le suffrage universel est une erreur monumentale et suicidaire. Il est en effet totalement insensé de laisser au peuple français le soin de désigner celui ou celle qui détiendra dans ses mains durant cinq ans tous les pouvoirs de l’État. Insuffisamment conscients des réels enjeux nationaux autant qu’internationaux, trop intéressés par la seule image médiatique des candidats à l’élection présidentielle, les citoyens de notre pays ne sont pas aptes à prendre cette décision capitale. Je propose donc de faire confiance au hasard – qui fait souvent bien les choses – pour effectuer ce choix primordial. Je vous le répète : finissons-en avec le suffrage universel. Et de grâce, n’organisons pas de référendum pour l’abolir. Les Français se tromperaient une nouvelle fois en décidant de le maintenir.

78.
Demander à une grande chaîne de télévision d’inviter de nouveau Patrick Bruel à donner son avis sur l’actualité ou la politique.

Nos compatriotes se souviennent encore avec émotion et respect des propos pleins de bon sens tenus en 1991 par le célèbre chanteur à l’émission 7/7 d’Anne Sinclair. Dans une France totalement déboussolée, il serait judicieux, je crois, de réinviter monsieur Bruel dans une grande émission politique en prime time. Ne lui donnons pas rendez-vous dans dix ans car il sera peut-être trop tard pour notre pays. Plus que jamais, les Français ont besoin des lumières de ce grand artiste pour appréhender le monde complexe qui les entoure et les angoisse. Et plus que jamais, ils ont besoin de rire.
NB : si le chanteur est indisponible, pourquoi ne pas faire appel à Sophie Marceau pour le remplacer ?

93.
Proposer une grosse somme d’argent à Bill Clinton pour qu’il accepte de diriger notre pays durant les cinq prochaines années.

Cet ancien président américain, qui jouit en France d’une très belle cote de popularité, est non seulement encore jeune mais également disponible sur le marché de l’emploi. Personne ne peut contester que monsieur Clinton a fait preuve de grandes qualités professionnelles et humaines dans l’exercice du pouvoir suprême durant les huit années qu’il a passées à la Maison-Blanche. Dépêchons-nous de l’engager avant qu’un autre pays ne pense à le faire. Promettons-lui des wagons entiers de cigares de sa marque préférée et le nombre de petites stagiaires qu’il désire dans son bureau. Je vous en conjure, ne laissons pas passer cette incroyable opportunité qui s’offre enfin à notre nation

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