Tout blanc. Sans nuance, pour une neutralité assurée. Mais le résultat est fade, le verso du bulletin de vote... vide. Et la fibre artistique des designers s’en trouve toute titillée. Du moins celle des créateurs visuels de l’agence Mandchou, dirigée par Fred Ginisty. Ils ont lancé mi-février, sur le site www.verso-vote.fr , un concours de design du verso du bulletin de vote, ouvert jusqu’au soir du second tour.

Le bulletin, pas les affiches ? « Oui, parce qu’on s’intéresse aux valeurs qui créent de l’universel. Un dimanche tous les cinq ans, la classe politique suspend ses pouvoirs et les remet aux citoyens, via le bulletin de vote. Ca crée un élan collectif incroyable, et ce sont les fameuses valeurs de Liberté, Egalité, Fraternité qui sont réaffirmées. Et que nous voulons illustrer », justifie Fred Ginisty. Que les citoyens donnent un peu de vie à ce symbole républicain majeur, qu’ils se le réapproprient en s’amusant, voilà le but (dans le fond éminemment politique, même si a-partisan) de ce concours.

La seule contrainte : créer un verso universel, le même pour tous les candidats. « Et respecter scrupuleusement la neutralité, sans propagande, sans racisme, sans ostracisme ni anti-républicanisme », ajoute encore Fred Ginisty.

Esthétique et manipulation

Cette idée un peu saugrenue n’a pas pour unique but d’accroître la visibilité de cette agence artistique. Elle est le résultat d’une réflexion d’ordre philosophique. « Penser à l’esthétique, c’est d’abord penser à l’autre », indique le designer, qui poursuit : « On peut toujours considérer qu’en politique l’esthétique est faite pour séduire, voire manipuler. Je ne vois pourtant pas ça comme ça. L’esthétique sert également à rendre son message clé distinct de celui des autres, à affirmer sa particularité via des signes. Or, dans cette campagne, il y a un déficit de beau. Le design général est d’un conformisme affligeant. De A à Z, la campagne est une émission de signes vilains. C’est à se demander si les candidats ont recours à des communicants ! »

Enfants, adultes, groupes, entreprises, classes de primaire ou maisons de retraite, tous sont invités à participer. Parce que, après tout, « les présidents, ce sont les Français ». Une fois tous les cinq ans, oui.