Chapitre 44
Un doublé et des affaires…
"Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps."
Abraham Lincoln

Tout comme la noix est dans sa coquille, vous diront les philosophes chinois – qui sont innombrables -, un bien gît souvent dans le reliquat d’un mal. Privé de Coupe d’Europe – mais aussi épargné par les fatigue qu’elle occasionne- l’OM trouva donc des forces et une motivation supplémentaires pour briller l’année d’après sur le plan national.
Et ce n’est sans doute pas tout à fait une coïncidence si le club olympien réalisa en cette année 1989 le second doublé de son histoire, au terme d’une saison riche en événements de toutes sortes, le volet sportif, superbe, trouvant un sacré prolongement dans le domaine des "affaires" !
Affaire Cantona, affaire Germain-Di Méco, affaire Tigana, affaire Maradonna, sans oublier le départ de Banide et la mise en retrait de Hidalgo : l’OM, parallèlement à ses succès, ne cessa de faire parler de lui cette saison-là.
Laquelle commença donc par un double coup de théâtre, avec l’esclandre d’Eric Cantona, après un match à Strasbourg (3-2), à l’encontre du sélectionneur national, Henri Michel, traité de "sac à merde" (le fameux " Un jour, je serai si fort qu’il faudra choisir entre lui et moi"), puis le remplacement de Gérard Banide, après deux journées de compétition seulement. "J’avais constaté que les mêmes causes étaient en train de produire les mêmes effets, alors que les joueurs n’étaient plus les mêmes…", commenta Bernard Tapie en annonçant sa décision.
De fait, de profonds remaniements étaient intervenus dans l’effectif et, cette fois, c’est un recrutement particulièrement judicieux qui avait été effectué, Gaëtan Huard, Philippe Thys, Philippe Vercruysse, Franck Sauzée, Bruno Germain, donnant une dynamique nouvelle à l’équipe.
Sous la direction de Gérard Gili, elle allait accomplir un sans-faute, depuis cette série de douze matches dans défaites effectuée dès l’abord, entre août et octobre 1988, jusqu’à cette enthousiasmante finale de Coupe, synonyme de doublé, enlevée devant Monaco (4-3) et le valeureux Marcel Dib, auteur de deux buts pour l’ASM.
Un match superbe, l’une des plus belles finales de l’histoire, inoubliable à plus d’un titre et surtout pour Jean-Pierre Papin, qui passa à la postérité en marquant trois buts à Jean-Luc Ettori (avant lui, seul le Nantais, Eric Pécout avait réussi un tel triplé, lors de la finale 1979) et frôla même un record historique en manquant la transformation d’un penalty ! Papin, qui pour célébrer cet instant hors du commun, eut l’audace enfantine de demander au président de la République l’autorisation de lui faire une bise ! "Le penalty ? Si je le marque, je suis recordman pour l’éternité… Comme Just Fontaine avec ses treize buts en Coupe du monde (en 1958 en suède) ! Et dire que je n’en avais jamais raté un depuis le début de ma carrière ! Mais je m’en fiche. On a gagné et j’ai fait la bise au Président."
Un triomphe personnel aussi pour le calme Gérard Gili, Marseillais prophète en sa ville, qui avait su tirer le meilleur parti d’un groupe il est vrai remarquable et animé par un état d’esprit tout à fait extraordinaire. "Je vois deux raisons majeures à nos succès, déclara-t-il au lendemain de la finale à Eugène Saccomano, sur Europe 1. La première est d’ordre psychologique. Le titre, la finale, c’est la victoire d’une bande de copains, le phénomène est extrêmement rare dans un groupe, quel qu’il soit. La seconde explication découle de la première : le collectif est naturel. Au moindre raté, on s’engueule et on éclate de rire."
Michel Hidalgo rendit de son côté un hommage appuyé au jeune entraîneur provençal : "Au pied levé, il a pris cette équipe en début de saison, sans savoir exactement où il allait. Il a su, par son calme et sa force de conviction, faire passer ses idées et imposer un jeu offensif, indispensable au Stade-Vélodrome." Car, à Marseille, excepté en période de crise, gagner ne suffit pas : il faut aussi produire du jeu ! Franck Sauzée, auteur d’un but décisif en championnat le 5 mai contre le PSG (1-0), résumé parfaitement cela : "Les Parisiens étaient huit à défendre. A Marseille, si on jouait comme ça, les gens nous jetteraient des pierres. Et ils auraient raison…"

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