Mis à jour 22-02-2007 15:07
"L'OM fait partie du bagage culturel du Marseillais"
Alain Pecheral, journaliste, est l'auteur de "La Grande Histoire de l'OM".

Alain Pecheral, auteur de "La grande Histoire de l'OM"
Photo : DR
Alain Pecheral a suivi l’OM durant 27 ans, en tant que journaliste au Provençal puis à La Provence. Il est aujourd’hui journaliste et statisticien à L’Equipe. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur le club. La Grande Histoire de l’OM a été publié pour la première fois en 1984 puis actualisé en 1991, en collaboration avec Lucien Grimaud, aujourd’hui décédé. Dans sa nouvelle édition, Alain Pecheral a recueilli de nouveaux témoignages, retrouvé de nouveaux documents et intégré l’histoire du club depuis 1991.
Vous publiez la nouvelle édition de votre Grande Histoire de l’OM. Qu’y a-t-il de nouveau ?
J’ai d’abord intégré les 15 dernières années, mais en m’attelant à ne pas donner trop d’importance aux années Tapie. C’est bien sûr un moment fort de l’histoire du club, mais ce ne sont finalement que huit ans dans l’histoire d’un club qui en a 108 ! Ensuite, je ne pouvais bien sûr pas me réapproprier le travail de mon collègue, aujourd’hui décédé et à qui je redns hommage. J’ai donc tout repris depuis le début. Avec de nouvelles sources, puisque j’ai vieilli et connais de plus en plus de monde (rires) et qu’aujourd’hui, avec Internet, les nouveaux magazines, on trouve de plus en plus d’infos sur l’OM. J’ai également actualisé les statistiques, avec un important cahier de données sur toute l’histoire de l’équipe.
Pas trop difficile d’être objectif quand on parle de l’OM ?
Quand je suivais l’OM en tant que journaliste, je me devais d’être objectif. Bien sûr, au Provençal, on avait toujours une tendresse particulière pour le club, mais on avait aussi parfois la dent dure. Là, dans un livre, on peut davantage se laisser aller.
L’OM est toujours le club le plus populaire en France. Comment expliquez-vous cet engouement, même quand les résultats ne sont pas au rendez-vous ?
En fait, j’ai du mal à l’expliquer. Peut-être est-ce le fait qu’à l’OM, c’est comme aux Galeries Lafayette, il se passe toujours quelque chose ! Mais l’OM n’a pas toujours été populaire. Je me souviens que lorsque j’ai débuté en 1970, l’OM était sifflé partout. Aujourd’hui, ça a changé et, à part quelques bastions d’hostilité, le club est applaudi.
La conséquence des résultats du club dans les années 1990 ?
Peut-être y a-t-il eu un effet Tapie, mais pas seulement. J’entraîne aujourd’hui un club féminin en région parisienne et sur 100 joueuses, la moitié sont fans de l’OM ! Et beaucoup sont nées après 1993. L’amour du public pour son équipe fascine sans doute les gens, de même que cette image rebelle. L’OM a toujours eu des conflits avec les instances fédérales, souvent en marge.
Beaucoup d’observateurs affirment que le club serait en train de se banaliser. Partagez-vous ce sentiment ?
Je ne crois pas. Le club connaît certes plus de stabilité depuis deux saisons, et c’est d’ailleurs, à mon avis, la source des bons résultats. Mais le niveau de popularité est intacte et l’on est toujours à l’affût d’un événement important à l’OM. On le voit encore avec l’affaire Kachkar ces derniers jours.
Justement, comment analysez-vous ces histoires autour du repreneur du club ?
Je n’ai pas encore rencontré Jack Kachkar et je manque sans doute d’éléments pour juger de la fiabilité des informations. Mais je pense qu’on a toujours tendance à s’emballer devant l’OM. On a tellement été habitués par les affaires que l’on se précipite tête baissée sur des rumeurs, y compris nous journalistes. Il faut faire attention.
Quel bilan tirerez-vous de l’ère Louis-Dreyfus ?
Sportivement, c’est un échec, même s’il faut tout de même signaler qu’il y a eu deux finales de Coupe de l’UEFA. Mais humainement, je trouve qu’on a été injuste avec lui. Il a peut-être récupéré la moitié de l’argent qu’il avait investi grâce à son statut de président d’Adidas et la vente de maillots, mais la somme qu’il a investie personnellement reste considérable. C’est rare de nos jours car l’époque des mécènes est terminée.
Etes-vous inquiet pour l’avenir du club ?
Non. Il y aura toujours quelqu’un pour reprendre l’OM. Marseille, c’est un formidable accélérateur de notoriété. Quand quelqu’un veut se faire connaître, et qu’il a la passion du football, c’est l’idéal. Et l’institution OM restera toujours : cela fait partie du bagage culturel du Marseillais, la passion se transmet de père en fils.
Et si vous deviez ne retenir qu’un dirigeant…
Difficile à dire car tous les "grands" présidents sont des personnages ambigus et cela ne s’est jamais bien terminé, que ce soit pour Marcel Leclerc ou Bernard Tapie. Donc je dirais René Dufaure de Montmirail, le premier président et fondateur du club.
Un joueur…
Sans hésiter Josip Skoblar. Des statistiques impressionnantes, des buts à la Papin, mais avec un style jaillissant. Le plus grand de tous. Je citerais aussi Dragan Stojkovic qui était sans doute le plus doué, mais a souvent été blessé.
Et dans l’effectif actuel ?
J’aime beaucoup Samir Nasri. Il a une place à prendre en équipe de France, j’en suis certain. Sans compter qu’il n’a que 20 ans. J’espère que l’OM pourra le garder très longtemps.
Un match en particulier ?
Statistiquement, ce serait OM-Montpellier en 1998, où Marseille était mené 4-0 à la mi-temps et l’emporte finalement 5-4. Mais je n’y assistais pas personnellement. Alors je dirais un OM-Nantes de Coupe de France en 1979, l’année où Nantes gagne la compétition d’ailleurs. A l’aller, Nantes avait gagné 3-1. Au retour au Vélodrome, Nantes mène 2-0 au bout d’un quart d’heure de jeu. Le public commence à siffler et puis l’OM remonte. Jusqu’à gagner 4-2. Insuffisant pour se qualifier, mais très fort émotionnellement.
Les extraits du livre
Chapitre 18 : Monsieur le Président
Chapitre 44 : "Un doublé et des affaires"





