Mis à jour 12-02-2007 07:40

La parole à Corinne Lepage

Corinne Lepage, avocate de 16 communes du littoral breton souillées par la marée noire, est aussi la candidate écologiste du parti Cap 21 à la présidentielle.

Corinne Lepage

Corinne Lepage

Sept ans après la catastrophe, le procès s’ouvre enfin…
Je fais partie des avocats qui se sont impliqués dans cette affaire depuis 1999.  Cela fait sept ans que nous suivons toutes les procédures, que nous affrontons toutes les difficultés. Je
suis heureuse que cette audience puisse avoir lieu. Il y a quelques mois de cela, rien n’était si sûr.

Qu’attendez-vous de ce procès ?
Que les responsabilités soient établies, en particulier, celle de Total. Cette société occupe un rôle central : elle a choisi le bateau et elle est propriétaire de la cargaison. Que Total ait beaucoup d’argent n’est pas ce qui nous intéresse le plus, contrairement à ce qu’avance l’avocat de cette société. Le but des parties civiles, c’est que ce type de désastre ne se reproduise plus. Amener Total à la barre devrait nous y aider. 

Est-il compliqué d’établir la responsabilité de la marée noire ?
Il y a dans ce procès une vraie difficulté juridique : celle d’établir la responsabilité financière de Total. Parce que nous sommes dans un système de convention internationale où
les affréteurs, ceux qui choisissent les bateaux, se sont arrangés pour ne jamais pouvoir être mis en cause.

Y a-t-il déjà eu une amélioration de la législation depuis la catastrophe de l’Erika ?
Les directives Erika 1 et Erika 2 ont été votées au niveau communautaire et ont contribué à plus de transparence. Mais, au final, les pétroliers ont toujours gain de cause car les règles de la responsabilité n’ont pas été modifiées.

Dans ce procès, les bénévoles qui ont aidé au nettoyage des côtes ne sont pas représentés…
Rien ne les empêche pourtant de se porter partie civile. Ils peuvent le faire jusqu’au jour de l’audience. Il est vrai que la question de la cargaison et de sa toxicité n’a pas été suffisamment étudiée. Or on sait que les substances ramassées par ces milliers de bénévoles étaient cancérigènes, et on le savait depuis le début. Le ministère de l’Environnement de l’époque a sous-estimé le danger. La question de la cargaison, je me la pose depuis 2000 et je compte bien l’aborder au procès.

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