Mis à jour 05-12-2006 20:08
"Le modèle économique français est mort"
Interview de Christian Blanc, ex-pdg d’Air France, auteur de "La croissance ou le chaos".

Christian Blanc
Photo : DR
La situation de l’économie française vous parait préoccupante ?
Le défaut de croissance, qui dure depuis 20 ans, freine tout développement économique et social. L’impôt sur le revenu ne sert plus qu’à rembourser les intérêts de la dette. C’est le second poste budgétaire français. Jamais depuis la seconde guerre mondiale nous n’avons connu une telle situation ! La classe politique a été globalement insuffisante. Personne ne s’est demandé pourquoi d’autres pays ont des taux de croissance de près de 3%. En tant qu’homme d’action, j’ai eu la chance de voir comment le Canada ou la Suède ont redressé leur situation en dix ans. Et cela sans parler des problèmes des retraites et de l’administration. Le modèle économique français est mort
Vous proposez une "méthode Blanc" pour y remédier…
On ne peut pas vivre avec une certaine idée de la France qui ne correspond plus à la réalité. Il faut dire la vérité aux gens. Ceci à droite comme à gauche. Dans cette France en chute libre, le choix de l’économie de l’innovation s’impose. Comme dans tous les pays développés, le XXIème siècle devra se baser sur la matière grise. Les capacités de nos chercheurs, universités et entreprises doivent être mises en synergie. C’est une économie de réactivité dans laquelle ces acteurs ont besoin d’être en contact et de s’accorder une confiance réciproque. Les régions sont pour cela l’échelon le plus adapté. Il est nécessaire d’en finir avec l’organisation jacobine à la française.
Les candidats à la présidentielle vous entendent-ils?
Nicolas Sarkozy a lu mon livre. S’il reste à savoir quelle en sera sa traduction, il est celui qui a donné le plus d’éléments sur sa stratégie. En se fondant sur les dépenses, le programme socialiste a 30 ans d’âge avant de naître. J’espère néanmoins que Ségolène Royal exprimera ses idées sur la régionalisation de l’économie. Pour le moment, François Bayrou n’est encore que dans un positionnement. Mais je leur mettrai une pression terrible. Parce que si ces questions ne sont pas au cœur de la campagne, cela finira par une exclusion sociale généralisée. Ce livre ne s’adresse d’ailleurs pas qu’à ces candidats, mais à l’ensemble des Français.






