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23-11-2006 17:55

Le fils de l'Homme invisible

Le 1er chapitre du roman de François Berléand (Stock)

Le livre

I
Effet d'annonce
Ça s'est passé en hiver.
J'en suis sûr parce que mon père ne boit de la vodka qu'en hiver. Je n'ai pas encore tout à fait onze ans. On est un soir de semaine, je ne sais plus trop lequel. Pas un mercredi, en tout cas, parce que le mercredi j'ai l'habitude d'aller dormir chez mamie. Ce n'est pas un samedi non plus, sinon le lendemain je n'aurais pas école, donc c'est un jour de semaine.
Mes mains. Il faut que je regarde mes mains. Parce qu'on vient de me dire quelque chose de très important que je dois immédiatement vérifier. Alors j'écarte les doigts, j'observe les paumes, le tranchant, le dos, les lignes aussi. Je connais très bien les lignes de ma main. Surtout ma ligne de vie. Ma babouchka la trouve d'ailleurs un peu courte. Ma babouchka, c'est la maman de papa. Elle est russe, c'est pour ça qu'on l'appelle babouchka. La maman de maman est française, elle, on l'appelle mamie. Tous les jeudis, quand je vais déjeuner chez babouchka, elle demande à voir ma ligne de vie. Pour vérifier. Elle me dit : « Donne-moi ta main, que je surveille. » Quand elle a fini de surveiller, en général, elle soupire. Bien sûr, elle dit aussi que ce n'est pas grave du tout mais je sens bien qu'elle espère tout de même la voir pousser. Alors, tous les matins, au réveil, moi aussi je vérifie. J'aime beaucoup ma babouchka et j'aimerais bien lui faire plaisir.
Mais là, si je regarde ma main, ce n'est pas pour surveiller ma ligne de vie. C'est seulement pour voir ma main. Pour voir si je la vois, ma main. Et là, pas de doute, je la vois. Donc, c'est bizarre et ça tombe assez mal.
Bien sûr, je suis encore un peu sous le choc de ce qu'on vient de m'apprendre mais il ne faut pas que ça m'empêche totalement de réfléchir. Je dois réagir. Voilà, je viens d'avoir une autre idée. Je vais enlever mes chaussures et mes chaussettes pour regarder mes pieds. Il faut que je le fasse discrètement parce que je devine que maman n'aimerait pas trop me voir toucher mes pieds pendant qu'on est à table. Quelques contorsions plus tard, voilà mes chaussures rangées sous ma chaise, mes chaussettes tire-bouchonnées dedans, et mes doigts de pied qui s'égaient sur les barreaux de la chaise. Je leur jette un rapide coup d'œil. Pas de doute possible, ils sont bien là tous les dix, certes un peu congestionnés par les chaussettes, mais bon. En tout cas, ils sont visibles. Je ne regarde pas leurs lignes, aux pieds, parce que babouchka ne m'a jamais expliqué à quoi elles correspondaient.
Vraiment, je n'y comprends plus rien. Je vais essayer autrement. Je vais fermer les yeux une seconde puis les ouvrir d'un coup. Mais rien : mes pieds sont toujours là. Je l'ai peut-être fait trop vite ? Ils n'auront pas eu le temps de faire ce qu'ils avaient à faire. Je ferme donc à nouveau les yeux et compte cette fois jusqu'à cinq. Toujours là ! Peut-être qu'en clignant des yeux à toute vitesse ? Non, ce n'est pas ça non plus. Oh ! Ça ne va pas être simple.
Et pourtant, depuis quelques instants, je le sais : je suis le fils de l'Homme invisible.
Je m'appelle François Berléand, j'ai presque onze ans et je ne prends pas la parole sans y avoir été invité par un adulte. Je mange de tout, même si je n'ai pas une grande passion pour les carottes bouillies, les endives ou les épinards. Mais ce que je déteste par-dessus tout, c'est le chou-fleur. Sinon, je ne pose pas spécialement de problèmes. Dans ma chambre, j'ai un piano, un Teppaz, un bureau et une grande armoire en teck. Je suis AB négatif, ce qui est déjà très rare, et je suis le fils de l'Homme invisible.
Je viens tout juste de l'apprendre. Le dîner est presque terminé. Je m'ennuie un peu, il y a bien longtemps que je n'écoute plus la conversation des grandes personnes. Les meilleurs amis de mes parents sont là : Raymonde et Jacques, André et Denise, et Dolly sans personne avec elle depuis sa séparation. Le cercle intime. Tout ce petit monde parle dans toutes les langues : en russe, en allemand, et bien sûr aussi en français, pour qu'on puisse suivre, maman, mon frère et moi. Même si moi, le plus souvent, je ne suis pas.
Je pense à autre chose. Enfin, c'est-à-dire que je ne pense à rien. Ça m'arrive souvent. Souvent aussi, je regarde sans voir. Je suis ailleurs. Là et pas là. À l'école, ça m'attire parfois quelques ennuis. À la maison, jamais : ma mère en rit, mon père s'en moque, mon frère en profite, bref, en famille, on s'arrange. Mais ce soir, pour une fois, je regarde vraiment. C'est cette tenture vieil or qui m'intrigue toujours. Ma mère vient de la faire accrocher au mur de la salle à manger. Elle en a placé une dans le salon aussi. Tout a commencé quand mon père s'est mis à fabriquer des couvre-téléphones en velours ornés d'un galon ton sur ton et qu'il en a offert un à ma mère. Vieil or ! Maman a d'abord été perplexe quant au coloris et au style, et c'était bien normal. Mais, pour des raisons très mystérieuses, elle a finalement décidé de faire du couvre-téléphone vieil or la pièce maîtresse de l'appartement, celle autour de laquelle s'organiserait dorénavant toute sa décoration. C'est pour cela que la moquette est vieil or maintenant. Et les murs aussi. Ça va avec le tout petit cache-téléphone, et du coup, elle a raison : lui, on le voit moins. Heureusement, on n'a rien changé dans ma chambre. Mais quand même, j'aimais mieux mon appartement avant, quand il était moins doré. Qu'un couvre-téléphone ait pu provoquer autant de bouleversements, qu'il ait entraîné tellement de modifications, c'est une grande leçon, surtout qu'il est tout petit. Moi, comme j'ai seulement onze ans presque, ça me fait forcément un peu réfléchir, tout ça. C'est riche de promesses. Voilà à quoi je pensais quand papa a prononcé cette phrase : « Toi, de toute façon, tu es le fils de l'Homme invisible ! »
Pourquoi il a dit ça ? À qui il parle ? Qui est le fils de l'Homme invisible ? Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Cette phrase m'a immédiatement sorti de ma rêverie. Je me suis tordu le cou pour dévisager les uns après les autres tous les hommes autour de la table. Ma mère m'a dit de fermer ma bouche. Je lui ai obéi, comme d'habitude, mais j'ai quand même continué à scruter tous les visages pour comprendre qui était l'heureux élu : Jacques, André ou mon frère Philippe ? Il n'y a pas d'autres garçons dans la pièce, c'est donc forcément l'un d'eux.
Je regarde ces hommes. Alors, qui a la chance d'être le fils de l'Homme invisible ? Et pourquoi tout le monde me fixe maintenant avec un grand sourire ? Leur sourire est d'ailleurs en train de se transformer en un fou rire général. Je ris aussi mais, sincèrement, je ne sais pas très bien pourquoi.
Mon père a insisté : « Tu es vraiment lent, François. Mais oui... toi ! »
Hein ? Mais qu'est-ce qu'il raconte ? C'est moi ? C'est lui ? Je suis le fils de l'Homme invisible ? Comment est-ce possible ? C'est papa, l'Homme invisible ? Mais non, lui, c'est mon père ! Alors j'ai un nouveau père ? Un autre ? Et je suis son fils ? Non ! Si ? Et pourquoi ça fait rire tout le monde ? C'est drôle ? Non, pas vraiment.
Je suis plutôt mal à l'aise. Me dire ça sans aucune préparation, et devant tout le monde en plus, non, décidément, cette révélation aurait mérité un peu plus de discrétion.
Parce que c'est sacrément important, si je suis le fils de l'Homme invisible. À l'école, je vais devenir le chef. C'est énorme.
À cet instant, je pique un fard terrible. Je viens de comprendre pourquoi papa n'a pas pris les précautions élémentaires avant de me dire la vérité. Il n'a pas sa voix gentille. Sa voix est pâteuse, enrouée par l'alcool. Il a recommencé : il est ivre.
C'est ainsi depuis son infarctus. À cause du médecin qui a dit à papa : « L'alerte est sérieuse. La cigarette, c'est fini si vous voulez voir l'hiver. Par contre, je vous autorise le vin à table. »
Papa n'a pas voulu comprendre. Il n'a plus jamais fait la différence entre un verre de vin et une bouteille entière. Depuis, ses journées commencent souvent avec un grand verre de bourbon. Au déjeuner, il boit une bouteille de vin à lui tout seul et le soir, en rentrant, il ne se refuse jamais un whisky bien tassé. Pendant le dîner, il boit à nouveau une bouteille de vin. Nettement plus, s'il y a des amis. Et de la vodka, quand c'est l'hiver.
Ça s'est donc passé en hiver, et maintenant, il est ivre.
Ivre, mais sûr de lui.
Invisible ? Incroyable ! Dans ma tête, je revois l'Homme invisible, mon feuilleton du samedi, celui que je regarde chez mamie, la maman de maman – nous on n'a pas la télévision –, le crayon qui écrit tout seul, le chapeau qui flotte dans les airs, le méchant mis à terre par mon héros en bandelettes avec son manteau gris.
Ainsi je suis son fils ! J'ai donc les mêmes pouvoirs ? Ben oui, certainement, sinon je ne vois pas l'intérêt de me le dire. Mais maintenant que je le sais, il faut que j'y regarde d'un peu plus près. C'est pour ça que j'ai ôté mes chaussures et mes chaussettes. Et ça n'a pas vraiment marché. Du coup, je vais les remettre et m'y prendre autrement. Je vais serrer mes mains sur mes genoux et les remonter sur mes cuisses. Là, attendre un long temps et soudain, baisser les yeux. Rien à faire, mes mains restent là, visibles. À moins que... Peut-être suis-je le seul à les voir ? Mon excitation est à son comble. Il faut absolument que j'aille vérifier tout cela.
Maman remarque que je commence à me dandiner sur ma chaise, c'est une espèce de signal entre nous, et elle me donne enfin la permission de sortir de table.
Mon cœur bat très fort. Je me lève comme si de rien n'était, tourne au bout du couloir, et me précipite dans la salle de bains.
Je fixe mon image dans la glace, la réplique exacte de ce que j'étais la dernière fois que je me suis lavé les mains avant de passer à table.
Les cheveux courts, la raie de côté bien dessinée. Seul mon regard a changé : il est incrédule. Je me mets à réfléchir : pourquoi est-ce que je me vois dans le miroir ? La joue collée au mur, je me penche pour tenter de déceler autre chose que moi. Nouvel échec. Pourtant, quelque chose doit forcément être différent.
Perplexe, je retourne dans la salle à manger et demande à mon frère s'il veut bien me suivre. Nous nous retrouvons tous les deux face à la glace qui nous renvoie fidèlement nos images. Je passe la main devant notre reflet : tout est désespérément semblable à nous deux. Il a la gentillesse de ne pas me poser de questions mais il me dévisage tout de même longuement. Ce n'est pas très surprenant, mon frère a l'habitude, depuis que je suis né, de me regarder de travers. Donc, je ne peux rien déduire de ce test-là.
Une autre idée me traverse. Elle est tardive, c'est vrai, mais lumineuse : la famille est peut-être tout entière invisible. Oui mais alors, les amis, comment peuvent-ils nous voir ? Peut-être à notre contact, acquièrent-ils eux aussi des pouvoirs particuliers ? Ou pas. On va bien voir avec Raymonde.
Revenu dans la salle à manger où les adultes poursuivent la soirée, je me campe près d'elle et lui fais un très joli sourire pour lui demander de venir avec moi. Ça ne prendra qu'un instant. Elle m'aime vraiment beaucoup, ne me dit pas souvent non, le sourire que je lui ai adressé était particulièrement réussi et la voilà donc à son tour devant le miroir de la salle de bains, souriant à son reflet dans la glace. J'y suis aussi, dans ce reflet, mais moi je ne souris plus du tout.
L'incompréhension et la tristesse commencent à m'envahir. Nous voir ainsi tous les deux, tels qu'en vrai, en dit long sur le peu de maîtrise que j'ai de ma nouvelle vie.
Raymonde me quitte, elle aussi sans poser de questions ni faire de commentaire, si ce n'est son index posé à l'horizontale sur sa tempe et auquel elle impulse un léger mouvement rotatif.
Je prends une chaise dans ma chambre et retourne dans la salle de bains. Grimpé sur la chaise, j'examine le miroir dans sa hauteur et me regarde encore : rien à faire, toujours cette présence idiote.
J'essaie autre chose. J'essaie tout. Je me mets à genoux. Puis je monte seulement une main. Puis l'autre. Enfin je bondis tout entier. Je renouvelle l'opération par la droite, par la gauche. Chaque fois, même résultat, même punition : je me vois. C'est une catastrophe.
Je reste prostré, perdu dans mes pensées. Alors, je suis invisible, oui ou non ? Je m'observe encore dans la glace, fais une ou deux grimaces supplémentaires et je comprends enfin : c'est la glace qui n'est pas bonne. Elle est fausse.
Il faut absolument que je retraverse l'appartement pour vérifier mon image dans d'autres miroirs, mais pour ça je dois passer par la salle à manger et me retrouver devant tout le monde sans savoir très bien qui je suis, visible ou pas. C'est le genre de situation très inconfortable qui réclame bien sûr un peu de courage. Mais du courage, je n'en manque pas ! Je profite de n'avoir dit bonsoir à personne en particulier pour saluer chacun de manière plus personnelle. Je retiens ma respiration et embrasse en apnée Jacques, Raymonde et Dolly, puis, le plus discrètement possible, je jette un regard en direction de la baie vitrée. Tous sont là dans le reflet. Et moi avec. Je commence à être vraiment désespéré. Qu'est-ce que tout cela veut dire ? Je me dirige vers la vitre, la touche, m'accroupis, répète la même opération que dans la salle de bains, gauche droite, droite gauche, de part et d'autre du reflet : toujours là. Je fais un demi-tour sur moi-même pour me regarder de dos, puis de côté : rien, toujours rien, mon image encore. Je me retourne vers ma mère, espérant trouver dans son regard un indice ou au moins du réconfort. Mais là, c'est tout un public que je découvre ! À l'évidence tout le monde me voit. Ils sont perplexes, suspendus à mes prochains gestes, dont ils ne comprennent ni le sens ni la logique. J'ai sûrement l'air un peu bête et puis il y a un long silence.
Je me contente d'esquisser un sourire gêné et je pars vers le salon, où le miroir soleil va sûrement confirmer ce que je cherche. Mais, tandis que je franchis le pas de la pièce, j'entends maman me dire d'une voix ferme que ma chambre est de l'autre côté. Juste le temps de me revoir encore dans le soleil et d'en conclure que je suis en train de passer une vraiment sale soirée.

C'est donc en vaincu que j'entre dans ma chambre. En fermant les volets, j'aperçois furtivement mon reflet dans la fenêtre mais je n'ai même plus assez de force pour m'en plaindre. Ni même m'en étonner. Je me couche, effondré. J'éteins la lumière. Je pense qu'il est vraiment ingrat d'être invisible et de ne pas arriver à le voir. Je sens bien qu'il y a une immense contradiction, un paradoxe même, mais je suis trop petit pour connaître le mot, encore moins sa signification et donc je reste là, à souffrir en silence d'une situation qui m'échappe. Aucun raisonnement ne vient à mon secours, c'est sûrement dans l'action que je vais découvrir la vérité.
Je décide de me relever dans le noir. Dernière tentative de la soirée, c'est promis. Je me dirige en tâtonnant vers la fenêtre, l'ouvre et la referme, et là, ça y est : je ne me vois plus ! Plus du tout ! Ça y est ! C'est fait ! Oui sauf que non, parce que, là, c'est normal que je ne me voie plus, puisque je ne vois plus rien du tout. Il fait nuit noire dans ma chambre. J'ai triché, somme toute. La démonstration est viciée, je ne suis pas idiot non plus. Je ne vais pas me mettre à croire n'importe quoi.
Tant pis, cette fois, ça suffit. Je me recouche et m'enfouis sous mes draps, tout entier dans mes pensées, les larmes pas loin du tout. C'est alors que ma mère entre dans ma chambre pour me border, comme elle le fait tous les soirs. Elle est extraordinaire, ma mère, même si c'est aussi la mère de mon frère. Je l'entends dire : « Mais où est François ? »
Elle me cherche. Bon sang, elle ne me voit pas, elle me cherche ! Enfin. Quel bonheur ! Sous les draps, je retiens ma respiration. Je la devine qui s'aventure derrière les rideaux, sous le bureau, à gauche du piano. Elle va et vient dans ma chambre en répétant plusieurs fois mon nom avec des nuances d'incrédulité et d'inquiétude dans la voix. Elle me cherche dans le placard puis sous le lit. Elle est tout près de moi mais elle ne me voit toujours pas. Elle vient de sortir de ma chambre. Je l'entends qui m'appelle dans le salon. Il faudrait peut-être que je la rassure, que je lui dise que je suis là, invisible mais néanmoins là, et que bien sûr tout ça ne change rien : je l'aime autant qu'avant. C'est pourquoi, quand elle revient dans ma chambre, je sors ma tête de sous les draps et lui tends les bras.
Ce rituel a lieu tous les soirs, mais je m'en fiche pas mal, il vient enfin de prendre tout son sens. Maintenant, c'est vrai, j'en suis sûr, elle me cherche parce que je suis invisible. Délicieux moment, tellement exaltant. Je suis invisible, je le sais, je viens d'entrer dans le monde du merveilleux.
Vient alors le moment des câlins et de l'immense amour de ma mère. Je me love contre elle, en écoutant ses baisers sonores. Je ferme les yeux et m'abandonne au délicieux supplice de ses chatouilles. Au bout d'un long moment, toujours trop court, la sentence tombe : « Bonne nuit », m'embrasse-t-elle.
Je ne lui parle de rien, attentif, comme elle, à feindre l'ignorance. Je respecte son silence, maman adorée, si soucieuse de m'épargner l'angoisse de l'invisibilité. Onze années à me protéger, quel travail ! Je comprends que je dois passer une épreuve. Papa m'a dit « la chose », maintenant je dois faire seul mon apprentissage. Maman me regarde de ses beaux yeux pers, violets ce soir, pareils à son chandail, puisque c'est sa particularité à elle : ses yeux s'assortissent à la couleur des vêtements qu'elle porte, et comme elle a un chandail violet... Mais elle s'en va.
Je reste là, les yeux ouverts, les yeux fermés. Mon lit m'apaise lentement. Comme toutes les nuits, pour m'endormir, je bouge la tête de droite à gauche, de gauche à droite, lentement d'abord, puis de plus en plus vite. Je sens maintenant que j'ai le vertige, tout tourne, le sommeil va arriver. Je suis bien.

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