Mis à jour 23-11-2006 15:49

François Berléand : "Je crois que je suis très très maso"

L’acteur publie un roman autobiographique

Le livre

Le fils de l’Homme invisible
Auteur : François Berléand
Editions : Stock, 210 pages, 17 euros 

Pourquoi cet ouvrage ?
J’avais cette idée en tête depuis l’an 2000. J’avais parlé de mon enfance dans une émission de Fogiel et j’ai reçu un courrier d’une femme qui m’a émue. Elle disait qu’elle avait une fille de trente ans qui, après la mort de sa sœur aînée qu’on lui avait cachée, s’est réfugiée dans un mutisme.  Pour elle, mon témoignage pouvait l’aider. Moi, c’est La Côte sauvage de Jean-René Huguenin qui m’a sauvé. Si mon livre peut sauver des gens, tant mieux.

Qu’est ce qui a été le plus dur à écrire ?
La seconde partie sur la trisomie. Il y a un changement de style : le début est plutôt drôle, ensuite, l’univers est beaucoup plus pénible. Le plus difficile était de parler de cette trisomie sans lasser le lecteur avec de longs passages sur mon mal-être.

Quelle est la part de roman dans ce livre ?
C’est à 98% de la vérité. A quelques exceptions près : je ne suis pas sorti tout nu de la classe, j’étais torse nu. J’ai un peu forcé le trait, c’est tout. Mais j’étais vraiment un gaucher contrarié, mon frère m’a appris que le Père Noël n’existait pas, je me suis sorti de la trisomie grâce à mon analyse, j’ai vraiment cru que j’étais le fils de l’Homme invisible…

Avez-vous fait des coupes ?
Oui, notamment sur mon frère. Je disais des choses encore plus méchantes sur lui. De toute façon, il m’en veut beaucoup. Pourtant, à la fin de l’ouvrage, je lui demande de me pardonner. C’est vrai qu’il n’a pas le beau rôle mais ce livre n’est pas une attaque contre lui. Pour lui, j’ai tout inventé. Il n’a pas ressenti tout ça, mais moi, j’ai souffert. Il n’a jamais joué le rôle du grand frère, il ne m’a jamais aidé…

Le regard des gens a-t-il changé depuis la sortie du livre ?
Mon frère était en colère. Ma tante était bouleversée. Elle m’a dit qu’elle ne s’était rendue compte de rien, elle n’avait pas vu que je souffrais, elle n’avait pas réalisé que ma mère était le déclencheur de tout ça. Elle n’a pas compris pourquoi je n’avais rien dit, pourquoi je trouvais du plaisir à aller mal. Je crois que je suis très très maso (rires) ! Et puis je dis les choses, et tant pis si ça fait mal.

Aujourd’hui vous êtes heureux…
Oui, maintenant, je prends la vie du bon côté. C’est une forme de cynisme. Je veux rire de tout.

Vos projets en tant qu’acteur ?
Je viens de finir le Claude Chabrol, La Fille coupée en deux, dans lequel je joue un pervers. Début décembre, je vais commencer les répétitions pour une pièce de théâtre à la Gaîté Montparnasse sur le cancer. J’y joue un professeur de médecine qui fait des miracles.

Pensez-vous adapter votre livre au cinéma ?
J’aimerais bien, mais il me faut un producteur. Si je fais un film dans ma vie, ce sera celui-là.

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