Mis à jour 05-10-2006 09:09

“Les mots de la faim”

Dans Face à l’anorexie. Le visible et l’invisible*, la psychanalyste Virginie Megglé aide à comprendre et à soigner un mal dont elle a elle-même souffert durant de longues années.

Les modèles sociaux ne sont pas la cause de l'anorexie 

Les modèles sociaux ne sont pas la cause de l'anorexie 

Photo : Florence Durand / SIPA

Face à l'anorexie

Éd. Eyrolles, 262 p., 20 euros 

L’anorexie fait peur. Les regards se remplissent souvent d’effroi face à cette “figure de la mort”, selon l’expression de Virginie Megglé. La psychanalyste met en garde contre cette réaction de rejet qui ne peut qu’amplifier la souffrance ressentie par la personne anorexique.

En plein débat sur la maigreur des mannequins, taxés de mauvais exemples et pointés du doigt, les témoignages recueillis par Virginie Megglé permettent de dépasser une polémique par trop réductrice. “On peut se réjouir que le côté iconographique des filles porte-manteaux ne soit plus encensé mais ça ne changera rien”, selon la spécialiste.

Car “se focaliser sur la nourriture et le poids”, c’est le premier écueil à éviter. Contexte et modèles sociaux peuvent renforcer la souffrance mais ils n’en sont pas la cause. Mal de vivre, l’anorexie peut aussi être considérée comme un langage dont les codes s’enracinent aux sources de l’histoire familiale.

Se sentir de trop
Le refus de la nourriture, loin d’être un chantage exercé sur l’autre, renvoie à un dégoût de vivre manifesté par une personne qui, à un moment de sa vie, “s’est sentie de trop”, explique Virginie Megglé. Hypersensibilité, figure parentale absente ou au contraire étouffante, blessures d’enfance font souvent partie des composantes d’un mal qui se déclenche lors de passages importants : naissance, adolescence mais aussi vieillesse.

Si les garçons ne représentent que 10% des anorexiques, leur nombre tend à augmenter, relève Virginie Megglé. Elle-même raconte “être passée par toutes les étapes difficiles de l’anorexie, de l’âge de quinze ans jusqu’à la trentaine”. Elle a connu “l’horreur de l’hôpital, où on a voulu la forcer à manger en la coupant du monde”.

Aujourd’hui “maman d’une grande fille qui va bien”, Virginie Megglé souligne l’importance de trouver le bon thérapeute qui saura entendre “les mots de la faim”. Il faut surtout “beaucoup de bienveillance”, conclut la psychanalyste en guise de message adressé aux “bien-portants”. 

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